Musique
[Live report] Lior Shoov au Café de la Danse

[Live report] Lior Shoov au Café de la Danse

16 octobre 2016 | PAR Elie Petit

Emotions, surprises, vie, ce mardi au Café de la Danse. Lior Shoov, l’indescriptible, donnait sa définition de la joie, dans une série d’exercices d’optimisme absolument irrésistibles.

A tout concert, il faut une première partie. Ce soir, c’est Roland Satterwhite qui s’y colle. Le chanteur, né au Canada, joue du violon depuis 30 ans mais préfère, pour l’occasion, prendre l’alto, qu’il pratique depuis 6 mois. Sa femme, et une nouvelle maîtresse, dit-il.

Il en joue, à l’horizontal, comme d’une guitare, dans un blues/country novateur, en anglais dans le texte. Virtuose, il en joue extrêmement vite, sauf pour la chanson de l’escargot qui marquera les esprits. « Il faudrait, qu’il bouge » dit-il de l’animal dont on suit couplet après couplet la traversée d’une Interstate multivoie.

Parfois une allusion à la politique mondiale en achevant une chanson sur une allusion au siège d’Alep ou à la présidentielle américaine. Parfois en vers dans sa Gradutation song ou avec un public qui entonne avec lui « Set yourself free, take your work seriously ». Une improvisation au violon et un téléphone qui sonne. On est gêné puisqu’en plus, ça dure. C’est le sien. Une alarme. L’heure de sortir de scène. Tout était prévu.

Tout était prévu, sauf que l’artiste du soir rejoigne le centre de la scène à quatre pattes, quasiment en rampant. Lior Shoov a son micro attaché et préfère commencer à genoux. Elle performe en français mais aussi en anglais, en hébreu, un peu en arabe et dans un simili de langues africaines. Peut-être des langues imaginaires aussi. Sûrement.

Elle excelle en percussion corporelle. Elle joue l’abandonnée, qui s’est elle-même abandonné à ses envies, ses instincts artistiques. Elle se balade, gratte les enceintes et parle et chante et hurle et chuchote de son accent israélien, dans son micro greffé au col. On sait à ce moment que plus qu’un concert, on va explorer une infinité des propositions artistiques. Enfin, une partie, d’une infinité.

Elle vit depuis 8 ans en France et comme ceux qui ont découvert une langue, elle la recompose et forment des jeux de mots originaux et des rimes nouvelles. Rafraichissant. Elle enchaine des morceaux au kalimba, une piano à pouce africains. Au ukulele aussi . Elle raconte et chante son parcours avec, par moments, des accents de Regina Spektor. Elle joue de ses mains, des ses pieds, de sa bouche. C’est fascinant, réussi et drôle.

Comment décrire ce jeu de clochettes à terre, le beatbox, les tubes à vents ? Elle rappelle qu’elle vient d’une formation de cirque de rue. Mais elle est encore plus que cela. Sa sincérité est celle d’une artiste minérale, organique. Il n’y a pas que peu de frontières entre elle, les éléments de la scène. Même le public. Et les lampes suspendues, qu’elle fait se balancer. Elles brillent tandis qu’elle joue du Hang drum ajoutant aux sons qui résonnent quelques glissandos amusants.

Lior Shoov est un génie méconnue. A peine quelques vidéos par-ci par-là sur Internet.

Elle fait vivre ses émotions, gesticule, explose littéralement. Elle exprime son besoin de trouver la patience. C’est comique et très sérieux, cette lamentation optimiste. Elle prend un jeu d’enfant et le transforme en jeu d’adulte. Le son est extraordinaire, le rap est mythique. Elle se parle à elle-même et au public à la fois. « Tu te laisses pas être fragile ».

C’est très théâtral aussi. Elle fait participer le public qui participait, de fait, depuis le début. Son spectacle est une célébration de la vie, à chaque épisode proposé. Qu’elle interrompt parfois au milieu, quand elle en a marre. Une leçon.

On pense à du Helios Azoulay dans la performance. La forme est légère et le propos fantasque. Elle raconte ses jeux nocturnes, faits de voeux secrets. Et propose au public de chanter, d’improviser. Un homme commence timidement, puis un femme, sous les applaudissements conquis de ces héros courageux. Puis c’est ma voisine qui miaule. Pas d’hypnose ici, juste un lâcher prise, une confiance.

Après ces experiences, c’est la chanson pour la paix. C’est un public reconnaissant qui s’apprête à quitter la salle. Elle remercie sa prod, Horizon, qui dit-elle la fait avancer pas à pas, toujours en reflexion, « pour être juste ». C’est exactement ça.

De la rue à la scène, du duo final, dansé, avec une amie, d’un autre avec Satterwhite dans un numéro de saltimbanques magnifiques, Lior Shoov soulève la réalité, transcende l’amitié, comme du Gondry en direct. Comme un personnage du dernier Jadorowsky. Comme un nouvel enfant sauvage du livre de la jungle, elle est extirpée d’une réalité et en dévoile une autre, magicienne, pleine de poésie.

Le public se lève pour applaudir et remercier, un bel esprit libre, rare en ce monde. Elle semble perdue, ébahie. Mais elle sait bien ce qu’elle a et transmet. Elle l’accepte, le celebre et le rend, humble. C’est dur de parler sans musique. Les idées sont faîtes pour être chantées.

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Elie Petit
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