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Le chant des Sirènes : nouvel album d’OrelSan

Le chant des Sirènes : nouvel album d’OrelSan

29 septembre 2011 | PAR Olivier Handelsman

Dans sa chanson « Logo dans le ciel », OrelSan annonçait : « J’ai tout mis dans mon album [Perdu d’Avance, sorti en 2009], y’aura pas d’deuxième ». C’était sans compter un virage artistique radical, né de sa rencontre avec le succès et des artistes tels que Oxmo Puccino, Toxic Avenger, Diversidad ou 1995. Un deuxième opus chargé en musiques électro et en beats agressifs envahit en ce moment-même les bacs et les oreilles des jeunes, à tel point que deux jours avant sa sortie officielle, Le Chant des Sirènes est devenu l’album le plus attendu en précommande sur iTunes en France, et depuis le 26 septembre, le plus téléchargé sur cette plate-forme.

OrelSan, de son vrai nom Aurélien Cotentin, n’est pas un rappeur lover, swagg ou gangsta. C’est un jeune Normand moyen, geek, sans réel échec scolaire et bercé d’illusions jusqu’à ce que la vie lui rappelle ses prérogatives. Comme il l’annonce depuis le début il a « Peur de l’échec » et du « Changement », il se sait « Perdu d’avance », ne passe que des « Soirées ratées » et sait que tout va « Finir mal ». Toutes ces chansons qui relèvent plus de l’autocritique que de la complainte geignarde, qui parlent de thèmes touchant les adolescents et les jeunes adultes, OrelSan les a écrites avec humour ou amertume, conscient de n’être qu’une goutte dans l’océan des artistes essayant de percer, comme de celui des hommes autour du jeune homme toujours plus déçu de ses propres ratés et conscient de devenir tout ce qu’il s’était interdit d’être.

Ce rappeur caennais est le prototype du petit bourgeois blanc cherchant dans la culture hip-hop une revanche sur sa pire crainte, ne pas avoir de raison de se plaindre. En assumant complètement cette identité, et prétendant être parmi les plus allergiques au rap conscient au monde, OrelSan va de personnage en personnage, incarne un rappeur des années 1990, un dragueur minable, un amoureux infidèle, un amant pris en traître, un cocu désespéré, un fêtard incapable de toute retenue, un misanthrope suicidaire, un fan de manga et de culture geek prétentieux ou un simple passant dans le métro.

OrelSan choque par ses rimes approximatives, son vocabulaire tantôt ordurier, tantôt recherché, ses histoires difficiles à comprendre sans expérience de la vie d’un jeune des vingt dernières années, et ses provocations immorales. Sur le fond rien n’a changé : Le Chant des Sirènes démontre qu’avec une plus grande maturité, OrelSan n’abandonne ni son style ni ses idées, passe du rire désespéré aux larmes ironiques, vit dans les mangas et un substrat d’ambition désabusée qu’aucun autre rappeur français ne montre. En témoigne sa participation au collectif hip-hop européen Diversidad, où il représente après Abd Al-Malik, la Caution et Cut Killer, le nouveau rap français.

Sa nouvelle image (cheveux, perte de poids, collaborations avec des artistes tels que Jena Lee, Luce de la Nouvelle Star, 1995, look de super-héros vaincu) contraste avec sa dégaine de jeune fan de hip-hop de province habituelle. Ses critiques acerbes de la société, sans oublier la police, les patrons les hommes politiques (mais sans leur accorder une place privilégiée), agressent les Parisiens, les Marseillais, les provinciaux, les fonctionnaires, les alcooliques, les pauvres, les homosexuels revendicateurs, les extrémistes et intolérants, les associations bien-pensantes, les religions, les syndicats, les agressifs « piranhas dans leur banlieue », les sportifs, la jeunesse dorée et les chanteurs engagés.

N’hésitant pas à citer et à remercier ses collaborateurs, anciens ou nouveaux, à rendre hommage à ses racines hip-hop des années « 1990 », à rappeler l’époque du scratch, du graffiti artistique, du breakdance, de la soul infiniment liée à la « street culture » (culture urbaine), cet amoureux du rap « à l’ancienne » vit encore à moitié dans son enfance. Un autre aspect en est apparent avec les nombreuses mentions qu’il fait des manga, séries et autres dessins animés tels que Dragon Ball Z, One Piece, Death Note, SanKuKaï et Gundam. Mélangeant toutes ces influences sans jamais tomber dans le catalogue lassant, OrelSan réalise un syncrétisme de toutes les valeurs de la jeunesse actuelle.

Pas un aspect de sa vie ne nous échappe : la peur de perdre un ami tourmenté par l’isolement et la dépression, la nostalgie des origines du rap, les nouvelles technologies, les difficultés avec les filles, le retour à son groupe Casseurs Flowteurs avec son ami Gringe, ses musiques presque toutes composées par son autre ami Skread (qui a composé pour Diam’s, Nessbeal, Booba…), sa collaboration avec les DJ de Cookin’ Soul (eux aussi de Diversidad). OrelSan se lance, explose en vol, et décolle à nouveau, plus abîmé et plus expérimenté que jamais. Plus de prétention et de dérision que jamais dans ses punchlines, l’artiste se moque de son propre public, et les remercie sans aucune fierté.

« Plus rien ne [l’]étonne » donc. En permanence branché sur Facebook, sortant des clips aux effets spéciaux plus élaborés et plus drôles que jamais, et des freestyles tournés dans sa chambre, OrelSan ne fait que ce qu’il aime, et sait qu’il a plus de défauts que de qualités. Et alors ? Ni homophobe, ni misogyne, ni hargneux ni condescendant, il compte aller au bout de ses aspirations, reconnaît commettre des erreurs, et tient à ressortir dans le paysage gangsta/banlieue imposé par ses collègues rappeurs.

Moins préoccupé par ses ventes que par la sortie du dernier jeu vidéo sur lequel il passera ses prochaines nuits avec ses amis d’enfance, ce personnage a défrayé la chronique musicale (l’incident de la chanson « Sale pute » a divisé la classe politique et mobilisé le ministre de la Culture en sa faveur) pour ne plus jamais la quitter.

OrelSan, « Le chant des sirènes », Wagram, 13 euros.

OrelSan sera en Concert au Bataclan le 14 décembre prochain. Réservation, ici.

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Olivier Handelsman
Olivier Handelsman est étudiant en master de management à Grenoble École de Management, et étudie en échange à la Simon Fraser University de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) au second semestre 2013-2014. Licencié de Sciences Économiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Olivier est intéressé par la micro-économie, l'entrepreneuriat, le management stratégique, de l'innovation, de la musique, des systèmes d'information et des nouvelles technologies. Olivier Handelsman a été scénariste de courts et longs-métrages en machinima (images de synthèse issues de jeux vidéo), et a une expérience professionnelle de pigiste dans différents médias tels que le journal Le Point (hors-série Références), PC Jeux et Millenium Source, ainsi que d'auditeur de service client, de programmeur Visual Basic et de démonstrateur produit.

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