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La beauté de Larché et Rousseau, la folie de Adam Ben Ezra, le feu de Fatoumata Diawara et la flûte iconique de Magic Malik  à Jazz sous les Pommiers

La beauté de Larché et Rousseau, la folie de Adam Ben Ezra, le feu de Fatoumata Diawara et la flûte iconique de Magic Malik à Jazz sous les Pommiers

01 juin 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce vendredi 31 mai, la 38e édition de Jazz sous les Pommiers commençait sa route vers la clôture, le 1er juin. Une journée placée sous le signe du pointu et du généreux

Tout commence pour nous dans la Cathédrale avec le très chic duo français composé de Jean-Marc Larché aux saxophones alto et soprano et Yves Rousseau à contrebasse. Tous les deux composent, ensemble, depuis 20 ans. Et c’est cette fraternité qui se diffuse dans le transept. Yves Rousseau, pour la petite histoire, fut le premier résident de Jazz sous les Pommiers, en 1990. Leur jazz est d’une beauté qui touche au sublime. Les instruments sont ici détournés sans effet. Naturellement, de façon déconcertante, le sax se fait clavecin et la contrebasse ligne de basse. Ils croisent les mélodies baroques, se paient le luxe de réinterpréter avec un talent fou Les variations Goldberg ou nous invitent à entendre une écriture très contemporaine avec un bel esprit d’escalier.  Leur dernier album, Music for a While est sorti en 2017. L’immense surprise de la journée.

Sans grande transition,  nous entrons au Cinéma pour la plus grande attente de la journée : il s’agissait de voir en vrai le prodige Adam Ben Ezra. Le contrebassiste israélien est aussi multi-instrumentiste. Sur scène, on voit un piano, des pédales, un ordinateur et une contrebasse. Mais c’est seul qu’il vient activer tous les instruments dans un système de sample très emprunté à la grammaire hip hop. Le son est délirant,  une fusion world et jazz à la tessiture orientale.  Homme orchestre donc, cela a beaucoup été écrit, mais c’est vrai, il s’amuse à détourner la contrebasse, pour le coup, avec beaucoup d’effets, en l’utilisant comme une  Darbouka. Il convoque ses origines qui viennent de tout le monde arabe. C’est une leçon d’exil où, en juif errant, il traverse la musique comme les pays.  

Il a choisi pour ce set de puiser dans son répertoire autant produit sur youtube que sur ses albums (Pin Drop, Can’t Stop RunningAdam Ben Ezra).  Ce concert ouvert et clôt par « Can’t stop running  » est aussi l’occasion de le découvrir libéré des pluralités. Seul, vraiment seul, au piano, il excelle dans un toucher puissant. Il est bon en tout, et passe de la flûte à la contrebasse avec une facilité éblouissante. Il sera à Paris le 5 novembre au Café de la Danse pour la sortie de son prochain album.

Changement de style et d’ambiance pour le concert suivant, qui a déjà commencé quand Ben Ezra était encore sur scène. Nous arrivons dans une Salle Marcel Hélie survoltée.  LA diva malienne Fatoumata Diawara règne sur la scène dans une large robe blanche et la tête couronnée d’une coiffe bleue. Elle est accompagnée de Jean Baptiste Gbadoe aux percussions, Sekou Bah à basse, Yacouba Kone à la  guitare et aux incroyables pompes pailletées et Arecio Smith aux claviers. Elle, à la voix particulière, puissante et perchée convoque les luttes féministes. Mais, sur cette route, sa reprise de « Sinnerman » de Nina Simone nous laisse sur notre faim. Le dénuement sincère de la géniale pianiste semble maltraité par une orchestration massive qui perd en sincérité. Elle qui est la voix de la sorcière Karaba dans Kirikou envoûte réellement le public. Il est debout, il saute, chante sur les ordres de la star. Sento est sorti en 2018 chez Shanchie Records.

Nous terminons cette belle soirée par un passage à la Cave des Unelles où Magic Malik, le flûtiste de Laurent Garnier, St Germain, DJ Oil, Air, Hocus Pocus ou Steve Coleman proposait son nouveau projet Magic Malik & Jazz Association qui vient de sortir chez Pias.  En compagnie du trompettiste coutançais Olivier Laisney, Stefano Lucchini  à la batterie, Maxime Sanchez au  piano et Damien Varaillon à la contrebasse, il livre des morceaux libres et surprenants à la manière de Thelonious Monk. Le duo flûte/trompette déploie une belle écoute qui transporte Coutances dans les caves de Saint-Germain-des-Prés. 

Aujourd’hui, le Festival va fermer ses portes sur une journée qui s’annonce très dense. Anne Paceo, l’artiste associée du Théâtre de Coutances jouera à 15H45 sa nouvelle création Alegria. Andy Emler et Dave Liebman seront en duo dans la Cathédrale à 19h, Ron Carter pour Foursight Salle Marcel Hélie à 21H15 et le flûtiste découvert justement ici il y a quelques années, Joce Mienniel sera à 22H30, également au théâtre.

 

Visuel :© EN &ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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