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[Interview] Vincent Ségal : rencontre autour de sa venue au festival Jazz’N’Klezmer

[Interview] Vincent Ségal : rencontre autour de sa venue au festival Jazz’N’Klezmer

03 novembre 2013 | PAR Delphine Habert

Vincent Ségal et Alain Jean-Marie seront sur scène le 12 novembre, dans le cadre du festival Jazz’N’Klezmer, pour un projet musical autour de l’œuvre du musicien Larry Harlow, pianiste et multi-instrumentiste de salsa. A cette occasion, Vincent Ségal nous a consacré quelques minutes de son temps pour répondre à nos questions.

 

 

 

Vous êtes un musicien qui a collaboré avec des artistes venant d’univers musicaux très variés (reggae, hip hop, rap, musique contemporaine, jazz ou encore rock et musique pop), que vous évoque la musique klezmer ?

La musique klezmer était la musique populaire qu’on jouait en Europe Centrale, surtout avant la Seconde Guerre Mondiale, dans des villages où la musique était très présente et foisonnante. Avec la guerre, de nombreuses personnes ont été forcées de voyager et d’immigrer d’une région à une autre et d’adapter leur musique aux lieux. Le lien entre le jazz et le klezmer est devenu très fort, beaucoup de réfugiés et descendants d’Europe Centrale qui sont arrivés à New York ont continué à jouer de la musique klezmer, mais avec une nouvelle interprétation, s’adaptant ainsi à leur nouvel environnement. Nombre de musiciens qui jouaient cette musique d’Europe de l’Est se sont intéressés à la musique des années 1930-1940 qui était le jazz. Ces musiciens avaient laissé un paysage musical fort chez eux et étaient en même temps ouverts à créer de nouvelles choses. Réciproquement, beaucoup de musiciens nord-américains ont adopté la musique klezmer. Je pense par exemple à Don Byron qui connaissait le clarinettiste Mickey Katz et lui a rendu hommage. Quand Laurence Haziza, la directrice du festival Jazz’N’Klezmer, m’a contacté, je lui ai tout de suite dit que je connaissais bien la musique klezmer mais que j’en jouais peu. L’idée du festival Jazz’N’Klezmer est de réunir des courants musicaux, ce qui m’a tout de suite plu. Et connaissant le parcours de Larry Harlow, j’ai alors proposé de faire quelque chose autour de son œuvre.

Vous avez eu le choix entre plusieurs lieux pour présenter ce projet, pourquoi avoir choisi la Synagogue Copernic ?
On m’a proposé Copernic et j’ai accepté. Jouer dans une synagogue me paraissait intéressant, j’y suis allé souvent mais je n’ai jamais eu l’occasion d’y jouer.

Pourquoi avoir choisi de vous pencher sur l’œuvre de Larry Harlow ?
Larry Harlow est un pianiste de salsa et surtout un des fondateurs de la Fania. La Fania est un label de musique de salsa qui réunissait un ensemble de musiciens parmi les plus prestigieux de New York. Pendant des années, j’ai écouté des disques et visionné les concerts de Larry Harlow en croyant qu’il était cubain. Un jour, en regardant une vidéo, je remarque qu’il porte un T-shirt avec un mot écrit en hébreu, cela m’a intrigué. J’ai alors appris que son vrai nom était Lawrence Ira Kahn. Il a grandi à Brooklyn autour de musiciens qui auraient pu jouer de la musique klezmer. Sa mère était chanteuse d’opéra et son père musicien de jazz. Lui connaissait très bien la musique classique et avait travaillé dans des écoles prestigieuses. C’est adolescent qu’en trainant dans les rues de Spanish Harlem, un quartier portoricain et cubain de New York, il a commencé à s’intéresser à la musique qu’il entendait dans la rue, et il s’est dit que cette musique lui correspondait. Dans la Fania aussi, comme dans le jazz, énormément de musiciens venaient d’Europe de l’Est. C’était le cas de Barry Rogers, un tromboniste très connu en salsa. Ses parents et ses grands-parents chantaient dans les synagogues, son vrai nom est Rogenstein. Je pense aussi à Lew Soloff, ou encore au violoniste Lewis Kahn, de très grands musiciens de salsa.

Quand on écoute la musique de Larry Harlow, on l’identifie tout de suite à de la salsa, on n’imagine pas qu’il a cette culture klezmer. Musicalement parlement, quels sont les éléments spécifiques à la musique klezmer dans l’œuvre de celui que l’on surnomme « el Judio Maravilloso »?
Les gens considèrent la salsa comme une musique assez gaie et faite pour danser. Connaissant le contexte et les paroles de la Fania, je la ressens comme une musique triste. On danse et on évacue beaucoup de souffrance. Quand Larry Harlow joue, j’entends de la musique cubaine mais j’entends aussi autre chose. Quand on parle de musique liée à l’Islam ou au monde hébraïque, on parle de musique modale. Par rapport à la musique classique ou au jazz où il y a des changements d’accords tout le temps, la musique modale reste sur la même tonique et la manière de chanter est alors développée d’une toute autre manière, c’est très flagrant quand on écoute de la musique arabe et de la musique klezmer. J’entends cela dans la musique afro-cubaine de Larry Harlow.

On connaît le talent d’Alain Jean-Marie, pianiste accompagnateur de grands jazzmen, comment en êtes- vous venu à travailler avec lui ? N’est-ce pas un défi d’interpréter de la salsa avec seulement deux instruments ?
Quand j’ai appris que je jouerais à Copernic, je voulais que ce soit avec Alain Jean-Marie, un pianiste de jazz que j’apprécie beaucoup. Quand on est tous les deux on joue toujours de manière acoustique, ce qui sera parfait dans cette synagogue. On va jouer de manière très dépouillée, et en même temps essayer de jouer de façon rythmée, pour créer quelque chose de dansant, même si cela est sujet à risque. Je ne suis pas assez spécialiste pour pouvoir reconstruire un orchestre de salsa à Paris mais ce qui m’intéresse est de montrer ce que cette musique afro-cubaine m’a renvoyé, une musique dont j’ai été imprégné durant toute mon adolescence. Alain en a aussi été imprégné parce qu’il a grandi en Guadeloupe où les gens écoutent beaucoup cette musique mais, en même temps, il n’en a jamais vraiment joué. Cela m’intéressait de jouer avec quelqu’un qui n’est pas spécialiste mais dont la manière de jouer est très liée à celle des Caraibes.

Vous êtes-vous inspirés d’albums ou de compositions spécifiques de Larry Harlow ?
Toutes les compositions sont celles de Larry Harlow, mises à part deux musiques liées à Copernic. Nous allons jouer des morceaux qu’il a écrits pour la Fania. Plus spécifiquement, nous avons choisi des morceaux autour d’Ismael Miranda, parce qu’ils ont beaucoup travaillé ensemble.

Si vous deviez conseiller aux lecteurs une chanson ou une composition de Larry Harlow?
Je conseillerais une vidéo où Larry Harlow et son orchestre jouent dans le quartier de Spanish Harlem. L’orchestre interprète Abran Paso, un morceau que Larry Harlow a co-composé avec Ismael Miranda. C’est une très belle vidéo.

Quels sont vos futurs projets?
Avec Cyril Atef nous allons fêter nos 15 ans autour de Bumcello, on joue et on se croise souvent, on continue à avoir quelques dates. De mon côté, je pars avec Oxmo Puccino au Mali, je retrouve aussi Ballaké Sissoko. On continue à jouer ensemble, cela fait des années qu’on est amis. Je reviens ensuite pour le festival Jazz’N’Klezmer, puis repars en Tunisie pour jouer avec Oxmo.

Retrouvez Vincent Ségal le 12 novembre prochain à la Synagogue Copernic, en compagnie du pianiste Alain Jean-Marie, dans le cadre du festival Jazz’N’Klezmer.
Pour plus d’informations sur le festival: http://jazznklezmer.fr.

Visuel : © Julien Mignot

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Delphine Habert

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