Expos
L’Art comme pont entre les différences à l’Hôtel de Ville

L’Art comme pont entre les différences à l’Hôtel de Ville

03 novembre 2013 | PAR Sonia Hamdi

Il ne vous reste plus que quelques jours pour aller voir l’exposition Art Brut-Absolument Excentrique à l’accueil de l’Hôtel de Ville de Paris. La visite est entièrement gratuite et se déroule depuis le 1er octobre jusqu’au 9 novembre. Il s’agit de la continuité d’une autre exposition, «Exil», présentée en 2011 au Couvent des Cordeliers. Cette exposition est plus vaste et donne une plus large visibilité aux artistes. Elle est initiée par le CEAH (Collectif Evénementiel Art et Handicap) et soutenue par la mairie de Paris. Pour reprendre les mots de Bertrand Delanoë, il s’agit «d’un manifeste vivant de la diversité.

[rating=4]

absolument-excentrique-image1Venez découvrir les œuvres émouvantes et surprenantes de plus de 163 artistes en situation de Handicap, dont ‘MEB’, l’artiste précurseur du mouvement. L’art est un moyen d’entrer dans leur univers sensible et poétique. N’en ratez pas l’occasion!

Une exposition, des univers différents

L’Art Brut, est, selon Jean Dubuffet -le peintre qui l’a théorisé au 20ème siècle-, un art indemne de culture artistique, oeuvrant en dehors des normes esthétiques convenues. C’est le cas des œuvres présentées, faites au sein de 25 ateliers de création médico-sociaux et associatifs différents, «destinées à faire résonner un art brut et singulier dans l’art contemporain» selon les commissaires scénographes de l’exposition, Catherine de Saint-Etienne et Nathalie Allard.

L’exposition est rythmée par la poésie: un acteur, Julien Saada prête sa voix à des poèmes et des textes qui accompagnent le visiteurs et qui aident à la compréhension de l’univers des artistes présentés, un univers à multiples facettes. Les œuvres vont de l’acrylique sur toile, à la poterie, en passant par le dessin. Chacun y exprime son ressenti à travers le matériau qui lui sied le mieux, avec lequel il a le plus de sensibilité. Le tout est d’un rendu plutôt lumineux, plein de couleurs vives. Ingrid, une artiste de l’ESAT Ménilmontant exprime très bien l’idée: «J’adore mettre les choses que je dessine en couleur, sinon, ça serait triste».

Il y a pourtant un coin, qui échappe à la règle: «le cabinet des curiosité» est une pièce sombre, dans laquelle les jeux de lumières viennent sublimer des œuvres situées dans de petites ‘cases noires’. Cela invite le visiteur à passer sa tête à l’intérieur afin de mieux y découvrir les œuvres exposées. On entre littéralement dans l’univers de l’artiste.

Plusieurs de vos sens seront requis afin que la visite soit exhaustive: la vue donc, l’ouïe, mais également le toucher! L’exhibition est ouverte à tous types de handicaps et accessible en fauteuil roulant. Pour les mal-voyants, des œuvres présentées en braille amènent à la découverte par le toucher, mêlant plusieurs matériaux donnant littéralement corps à l’oeuvre. Ce sont des interprétations tactiles d’œuvres choisies: les étudiants de l’atelier de Design textile de l’Ecole Olivier de Serres, ENSAAMA, à Paris ont joué avec les matières et les volumes: broderies, dentelles, fourrures, sérigraphie à l’encre gonflante… le tout est d’un rendu surprenant.

L’Art comme outil de compréhension de ‘l’Autre’

Un artiste de l’ESAT Ménilmontant illumine l’exposition de sa présence: Fathi Oulad Ben Abid, une forte personnalité, un perfectionniste, toujours le sourire aux lèvres. Un exemple de courage et de volonté. «Pour moi, la vie a basculé le 27/07/97» se souvient-il avec précision. Après un terrible accident sur le périphérique, il tombe dans le coma et ses blessures sont graves. «Il fallait que je trouve quelque chose qui me raccroche au Monde après 5 ans d’hospitalisation», confie-t-il. Et c’est dans l’Art qu’il a trouvé ce moyen. Il a mis du temps avant d’accepter de travailler à l’ESAT: «quand tu ne t’acceptes pas toi même, comment veux tu accepter les autres» lâche-t-il avec un sourire triste. Son inspiration vient du Monde, autour de lui: «L’extérieur est ma télévision, ma réalité. En me voyant, les gens me jugent. Alors moi, je les utilise en tant qu’écran, et ça m’amuse!» plaisante-t-il.

Vous aurez droit, avec un peu de chance, à une de ses visites guidées qui vous éclairera sur le sens de ses œuvres. Il vous racontera la manière dont il polit soigneusement ses œuvres à la cuillère, et ses techniques de cuissons, d’enfumage, et tout ce qui donne de la beauté à ses créations, pour la plupart des sculptures et des poteries.

L’art est un moyen pour Fathi, comme pour beaucoup d’autres, «d’agrandir leur famille»: ils voient en le Monde, une vaste famille, venant combler leur solitude. Alors n’hésitez pas à entrer dans leur univers… vous y serez toujours bien accueillis.

Informations pratiques : 

Conférence: «Le statut des œuvres réalisées dans le cadre d’une institution médico-sociale au regard des droits d’auteurs»
jeudi 7 novembre 2013, Salle de conférence de l’Hôtel de Ville (animée par l’avocat à la Cour Maitre Gwenola Guiziou)
de 16h30 à 18h30
gratuit

Portes Ouvertes et Exposition Vente, ESAT et CAJ Ménilmontant
40, rue des Panoyaux 75020 Paris
Vendredi 6 décembre de 10h à 20h et Samedi 7 décembre de 11h à 18h30
Renseignements: 0147978062

 

Infos pratiques

Espace B
Les Rires du Monde de Saint Denis
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “L’Art comme pont entre les différences à l’Hôtel de Ville”

Commentaire(s)

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *