Musique

Jazz in Marciac : Interview du trompettiste Roy Hargrove

Jazz in Marciac : Interview du trompettiste Roy Hargrove

08 août 2011 | PAR Neil Saidi

Avant son concert sous le chapiteau avec le contrebassiste Riccardo Del Fra et l’Orchestre du Conservatoire National de Toulouse, le trompettiste Roy Hargrove a accepté de répondre à nos questions.

TLC : Pourquoi avoir choisi la trompette ?

Roy Hargrove : Je voulais juste jouer de quelque chose, en fait mon premier choix c’était le saxophone, la clarinette, ou un instrument de la même famille, mais nous n’avions pas les moyens d’acheter un de ces instruments et nous avions à la maison un cornet à pistons car mon père en jouait occasionnellement, j’ai commencé à en jouer et finalement j’ai aimé ça.

A quel moment as-tu décidé de devenir musicien ?

Peut-être onze ou douze ans, j’adorais jouer, m’entraîner, pendant les répétitions d’ensemble j’étais toujours le premier arrivé et le dernier parti. Mon professeur d’ensemble était un bon ami de David « Fathead » Newman, James Clay et beaucoup d’autres excellents jazzmen de ma région d’origine, quand je les ai entendus jouer, faire de la musique spontanément et dans l’instant, j’ai su que c’était ça que je voulais faire pour le restant de mes jours.

Quels sont les trompettistes qui ont eu une influence importante sur ton jeu ?

Clifford Brown, Fats Navarro, Miles Davis, Freddy Hubbard, Woody Shaw, Louis Armstrong, Kenny Dorham, Denzil Best, Tous ! On me pose toujours cette question mais la liste est infinie.

En tant que musicien très éclectique, que penses-tu de la position de Wynton Marsalis vis-à-vis du Rap ?

Il pense ce qu’il veut, il a son opinion, je ne la partage pas. Je suis de la génération qui a créé le Hip-Hop, ma génération est née avec ça, et je pense que c’est une forme d’art à prendre au sérieux. Quand j’étais jeune, on essayait de nous écarter des voix artistiques, les cours liés à l’art étaient de moins en moins nombreux dans les programmes scolaires ou même carrément supprimés. Il a fallu trouver un moyen d’extérioriser cette musique qui résonnait en nous. Et quand on n’a pas de moyens, le plus simple c’est des platines et un MC. Les gens peuvent par ce biais exprimer ce qu’ils vivent au quotidien et je pense que c’est quelque chose d’important. Je ne sais pas exactement ce que Wynton en dit, mais ça doit sûrement être quelque chose de différent ! (Rires)

Mais Wynton est de cette generation lui aussi.

Ouai mais tu sais quoi, Wynton est un gars de la Nouvelle-Orléans, il est du Sud, et quand tu viens du Sud, tu te dois de proposer des trucs nouveaux et d’être en avance, sans forcément revenir à la tradition, tout le monde est comme ça là-bas. Donc si t’as grandi là-bas pendant les années 80, t’as forcément dû faire des jams plutôt R&B ou Hip-Hop, et c’est ce qu’il a fait, quoi qu’il dise. Mais si Wynton adopte une telle position par rapport au Rap c’est probablement plus parce qu’il aimerait que les jeunes reviennent à des choses peut-être plus intelligentes, ce qui est une très bonne raison. Il aimerait que les « young cats » reviennent à la tradition et la comprennent, parce que tout ça te rend plus intègre, ce qui n’est pas le cas quand tu passes ton temps à parler de tes bouteilles de champagne, de tes soirées en boîte et toutes ces conneries, tu vois de quoi je parle ?

Oui je vois. As-tu de nouveaux projets en cours ?

Pour l’instant je préfère ne pas trop m’étaler, mon petit frère est pianiste et nous allons peut-être faire quelque chose ensemble, c’est tout ce que je peux te dire. Autrement, j’écris des choses pour des grands ensembles.

Qu’est-ce que tu écoutes comme musique en ce moment ?

En ce moment j’ai réécouté beaucoup d’Ornette Coleman, Clifford Jordan, et Jackie McLean. Je pense que Jackie a été l’un des meilleurs professeurs de notre époque, c’était un excellent pédagogue, énormément de très bon musiciens du Connecticut ont reçu son enseignement.

Jackie a été un de tes professeurs ?

Ouai on peut dire ça, j’ai enregistré avec lui en 1996 sur un album intitulé Rythm of The Earth.

Pourquoi avoir quitté le Berklee College of Music pour la New School de New York après seulement une année passée là-bas ?

Je voulais aller à New York. J’étais à Boston, je détestais Boston. Il y avait beaucoup de choses de la vie quotidienne que je n’aimais pas dans cette ville, un sentiment d’oppression, et beaucoup de racisme de la police. Et puis être élève à Berklee dans une ville comme Boston où tu as Harvard, le MIT et compagnie, c’est pas facile. « Where do you go to school ? », « Berklee », « Get a real job man ! ». J’en ai eu marre de tout ça tu vois. Mais d’un autre côté, c’est vrai que c’était bien parce que tu es plongé dans une atmosphère compétitive avec beaucoup de musiciens qui se donnent à fond et qui te poussent à bosser dur. Et puis la libraire de Berklee était incroyable, je n’avais jamais vu ça, ils ont tout. Tu veux apprendre quelque chose à propos d’un musicien particulier, tu trouveras toute sa vie, toute sa discographie, et tous les solos qu’il a joués !  J’avais également beaucoup à faire à New York et je faisais de nombreux allers-retours, au bout d’un certain temps je n’allais même plus en cours. Du coup j’ai décidé de m’installer à New York et d’intégrer la New School ,où je pouvais assister à tous les cours.

 

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Neil Saidi

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