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Interview de Yuksek

Interview de Yuksek

01 septembre 2011 | PAR Morgane Giuliani

En pleine promotion de son nouvel album, « Living On The Edge Of Time », sorti le 13 juin dernier, et acclamé le week-end dernier à Rock en Seine, le génial DJ rémois Yuksek nous parle de son virage pop, de ses projets futurs et de la scène française, sur la terrasse du Studio SFR à Paris, où il donne un mini-concert le soir-même.

Bonjour Yuksek!

Bonjour!

« Extraball » et « Tonight » ont été de gros tubes dans le monde entier, est-ce que ça t’a mis la pression lorsque tu as commencé à travailler sur ton nouvel album ?

Franchement, non. La seule pression que j’avais, c’est de faire un bon album. Après, pour faire un single, il n’y a pas de formule. Par exemple, pour « Tonight », je n’aurais jamais imaginé que ça puisse être un tube mondial. Je pense que si un jour, j’essayais de « faire un single », je n’y arriverais pas. Je ne suis pas dans une logique commerciale. Je fais de la musique, et ensuite on voit ce que ça donne.

Sur ce nouvel album, tu fais toutes les voix., contrairement au premier. Est-ce que ça a été une forme de challenge pour toi ?

Oui, un peu. En tout cas, je voulais vraiment le faire sur cet album. Avoir autant de featurings comme ça a été le cas pour le cas sur le premier album, fait que c’est difficile pour le live car tout le monde a des emplois du temps différents. Et puis, j’avais envie de faire cet album comme je le voulais, donc le faire tout seul, c’était plus simple.

Ce nouvel album est également beaucoup plus mélodieux que le premier, avec de « vrais » instruments. Du coup, tu te retrouves avec plusieurs personnes sur scène. Qu’est-ce que ça fait de ne plus être seul en scène ?

C’est très bien. Franchement, c’est ce que j’attendais depuis longtemps parce que j’en avais un peu marre. Tourner tout seul, c’est sympa mais comme ce n’était pas jouissif. C’était plus une performance technique que quelque chose à laquelle je prenais du plaisir. Donc, j’avais envie de revenir à quelque chose où l’on pouvait être plusieurs sur scène, pour avoir une interaction et me concentrer plus sur deux choses qui sont ma voix et un clavier, tandis que les autres s’occupent du reste.

En parlant de collaboration, j’ai vu que The Shoes et The Bewitched Hands, des bons amis à toi, t’ont aussi aidé en studio. Comment ça s’est décidé ? Naturellement ?

Ça aurait plutôt été une décision de NE PAS le faire. Du fait que les Bewitched chantaient déjà sur mon premier album, que j’avais produit leur disque, que les Shoes ont travaillé pas ensemble aussi. A différents niveaux, les Bewitched et d’autres groupes de Reims sont venus en studio pour faire les choeurs. Par contre, Guillaume des Shoes m’a aidé un peu à finir le disque car j’étais un peu dans le doute, et il y avait 2-3 morceaux que je n’arrivais pas vraiment à finir. Là, c’était plutôt de l’ordre du choix.

Est-ce qu’on pourrait par exemple un jour espérer un titre avec eux, une sorte de « super groupe » le temps d’une chanson ? Est-ce que vous y avez déjà pensé ?

Oui, carrément, avec les Shoes on voulait même faire un disque l’année dernière. J’ai fait 2 morceaux avec Guillaume que je n’ai pas gardé, et 2 autres avec les Bewitched que je n’ai pas gardés non plus car quitte à ne pas avoir de featuring musical, je n’en voulais pas du tout. Je ne sais pas ce qu’on va faire de ça exactement, mais on va les finir en tout cas.

Justement, quand tu parlais de l’ennui et de la solitude des tournées, est-ce que c’est ça qui t’a inspiré pour écrire des chansons très belles mais mélancoliques comme « Dead or Alive » ou encore « White Keys » ?

Pas vraiment, je pense que c’est plus moi, mon état d’esprit. Je ne suis pas particulièrement quelqu’un de très social, j’aime bien être un peu replié sur moi, tranquille et c’est comme ça que j’ai écrit la plupart de mes titres. J’ai un studio assez grand à Reims où je peux m’enfermer autant de temps que je veux. C’est différent que de louer un studio, par exemple. Si j’avais envie de mettre 5 ans à enregistrer mon album, j’aurais été enfermé 5 ans sans voir personne. Au contraire, sur la tournée, il y a beaucoup de sollicitation. J’aime bien aussi être seul, même si c’est bien de tourner en groupe.

Sur ton blog, tu as écris qu’il était temps de tourner la page « Away From The Sea », est-ce que ça veut dire qu’on n’aura plus droit à des sets de DJ Yuksek, des remix ?

Si, carrément. J’ai 2-3 remix qui vont sortir, des collaborations avec Brodinski pour Krays , Peter& The Magician avec Stéphane d’Aeroplane. Ça, c’est plutôt pour les trucs plus denses que je m’amuse moins à faire tout seul et puis des DJs sets, on en a fait quelques une avec Louis sous le nom The Krays. On continuera à en faire et moi de temps en temps, tout seul mais là, on axe vraiment sur le live;

Justement, par rapport à The Krays, un nouvel album est-il prévu ?

Il y aura un nouveau maxi à la rentrée, oui.

Super! Sinon, Birdy Nam Nam, dont tu as produit le premier album, ont eu un beau succès, est-ce que la production t’attire toujours ?

Oui, quand j’ai le temps. Mais là pour l’instant, je me concentre sur le nouvel album. Je pense m’y remettre l’année prochaine. Sinon, j’ai fait les Birdy Nam Nam et The Bewitched Hands, mais aussi des groupes qui n’ont rien à voir, des amis. J’ai pas spécialement « besoin » de faire de la production en terme de business, c’est plutôt un plaisir de découvrir et je n’ai pas envie de faire deux fois la même chose. Je l’ai fait par exemple pour des albums électroniques et expérimentaux. Mais j’ai vraiment envie d’avoir un coup de coeur pour un artiste, ça n’est pas simplement pour « être producteur », il faut y prendre du plaisir. Parce que finalement, ça prend beaucoup de temps, ça demande beaucoup d’investissement et j’ai envie de le faire avec des gens qui m’intéressent.

Est-ce que tu suis encore de près la scène rémoise, comme tu habites encore à Reims ?

Oui, bien sûr!

Comment expliques-tu ce « bouillonnement rémois » à l’oeuvre ces dernières années ?

Je ne l’explique pas…c’est un hasard. Les Bewitched faisaient leur truc chacun de leur côté depuis un moment, et ils avaient un côté un peu « feignants », enfin, c’était surtout à cause du fait que lorsque tu es en province, tu ne crois pas forcément que ça peut marcher…

On se fait une trop grosse idée de Paris…

Oui, voilà. En fait, le fait que ça ait marché pour moi a un peu « décoincé » les autres et notamment pour les Bewitched, qui en parlent régulièrement. Rien que le fait de voir un pote avec lequel on prend un café au coin de la rue sort son disque, joue à Los Angeles, est signé chez Barclay, habite à Paris, on se dit que c’est possible. Parfois, il faut juste un déclencheur. Bon, après, c’est une question de talent, bien sûr et peut être le hasard…

Peut-être le champagne aussi!

Peut-être! C’est vrai que c’est assez marrant parce que nous ne sommes pas très « jeunes », des trentenaires pour la plupart, à part Louis Brodinski qui avait déjà pas mal d’expérience.

Tu parlais de Los Angeles juste avant…tu as tourné dans de nombreux pays, quel est l’endroit le plus insolite que tu as pu voir jusqu’à présent ?

Je pense que ce sont les dates en Corée du Sud, où j’étais allé pour faire des DJs set. J’y suis allé l’année dernière et j’étais surpris car les gens connaissaient les morceaux, étaient des fans, j’y ai fait pas mal d’interviews…

Est-ce que ça t’a étonné qu’on connaisse ta musique aussi loin ?

Pour la Corée du Sud, oui. Parce que c’est un pays qui n’est pas connu pour être très intéressé par la musique pop. Par exemple, j’ai fait des concerts en Chine il n’y a pas longtemps et là-bas, on y retrouve beaucoup d’expatriés, près des trois quarts de la salle. Après, les réseaux font beaucoup.

Une tournée mondiale est-elle prévue pour le deuxième album ?

Oui, carrément. On n’est pas en tournée pour l’instant. On a fait une date à la Gaieté Lyrique, Londres, Berlin, en Belgique demain, puis un festival en Angleterre et ce sera terminé pour l’été. Après, la tournée commencera avec Rock en Seine.

Il me semble que tu es allé aux Francofolies…

Oui, il y a deux ans…

Cette expérience t’avait plu ? Le fait de jouer aux côtés de la scène française ?

Oui, beaucoup.

A propos, j’avais lu que tu aimais bien le travail d’Arnaud Fleurant-Didier…l’idée de chanter en français t’a-t-elle déjà effleuré l’esprit ? Ou est-ce plus l’anglais qui te vient naturellement lorsque tu écris ?

Oui, et c’est moins impliquant, aussi, ça donne un certain recul. Mais pourquoi pas ? J’aimerais bien, mais je ne m’en sens pas capable…je crois que j’ai trop de respect pour la langue française. Il faudrait que je sois très fier des textes, ou que quelqu’un m’aide à les écrire.

Y-a-t-il des chanteurs français avec lesquels tu aimerais bien collaborer ?

Pas particulièrement…mais effectivement, Fleurent-Didier a du talent, il a une vraie culture et fait de la « vraie » musique anglo-saxonne chantée en français. Par exemple, je trouve le travail de Benjamin Biolay très bien aussi mais c’est très « français », à la façon de Gainsbourg, alors que Fleurent-Didier, pas du tout, je trouve. C’est simple, ça groove… »La Reproduction » est vraiment un bon album.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour l’instant ?

Que ça se passe bien. Jusqu’à présent, on a eu des bons retours en Angleterre et des Etats-Unis, alors que ça n’était pas trop le cas pour le premier disque. Il y avait eu quelques petits soucis avec le label, mais maintenant, c’est réglé.

Yuksek sera en concert à travers la France à l’automne! Lausanne le 16 septembre. Octobre : à Brest le 13 et à Strasbourg le 20. Novembre : à Poitiers le 10, à la Rochelle le 11, à Lorient le 12, au Trianon (Paris) le 23, à l’Aéronef de Lille le 24.

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