Musique

Entretien avec Hawksley Workman, épisode 3 : Piano Blink

19 septembre 2010 | PAR Sarah

Depuis son passage en mai dernier à Paris, Hawksley Workman a conquis les cœurs de la rédaction de la boite à sorties (voir le Live Report). Nous avons donc décidé de vous faire découvrir en 4 épisodes cet artiste hors normes qui mérite beaucoup plus de reconnaissance. Pour redécouvrir les deux premiers épisodes, c’est par ici et ici.

Voici le 3ème et avant-dernier épisode, « Piano Blink ». Dans ce troisième épisode, nous abordons avec Hawksley ses talents de musicien hors pair autour de ses 2 instruments fétiche : la guitare et la batterie. Ensuite, Hawksley nous parle de ses performances scéniques. Hawksley explique aussi comment il est devenu un des meilleurs songwriters de sa génération par accident ! Enfin, un petit clin d’œil à Manu Katché, son batteur préféré !

Quelle est ta guitare préférée et pourquoi ?
La Gibson Les Paul car elle est sexy… Je pense que les hommes créent des machines pour attirer les femmes : ils font des voitures car ils pensent que ce sont de belles femmes. Et c’est pareil pour les guitares… c’est sexy. Tiens, je vais te montrer (Hawksley sort sa Gibson Les Paul noire de son étui et continue son explication) : c’est une machine, comme quand on fait l’amour ou quand on fait la guerre. Je ne sais pas comment expliquer cela, tu vois la forme de la guitare, c’est féminin, c’est les fesses d’une femme !

Je fais de la guitare également, j’ai une Gibson SG.
Oh, j’adore la SG ! Elle est aussi très très sexy (Hawksley me prête sa guitare). Tu vois ma guitare, je l’ai achetée pas chère car elle était cassée. Mais elle reste très cool ! Je l’aime !

Combien de guitares possèdes-tu ?
Peut-être une quinzaine… mais c’est surtout parce que je suis aussi producteur. Je possède certaines guitares pour leurs fonctionnalités (12 cordes acoustique par exemple) seulement. J’ai une SG aussi, mais ma première guitare reste la Gibson Les Paul.

Tu es un grand guitariste ; te considères-tu comme un Guitar Hero ?
(Rires)… Je pense que ma façon de jouer est très spécifique : c’est un mélange d’agressivité et de quelque chose de sexuel. C’est différent des autres guitaristes qui enchaînent les notes… je pense que ma façon de jouer est unique. Je n’ai pas encore entendu un autre joueur jouer de la même façon que moi.

Je pense que ton son si spécial vient du fait que tu es un batteur.
C’est exactement ça ! Je joue de la guitare de la même façon que je fais de la batterie (Hawksley se lève, prend sa guitare et commence à jouer en faisant la Human Beat Box). J’utilise un gros tirant pour mes cordes pour pouvoir jouer d’une manière plus agressive. Je pense qu’il y a toujours un moment de violence quand tu joues du Rock. La guitare ne te possède pas, c’est toi qui dois posséder la guitare. Pour moi, une guitare électrique, c’est comme une arme. Je prends une guitare même si je ne suis pas aussi bon qu’Eddie Van Halen, mais j’ai une connexion avec l’instrument. Et quand je ne fais plus qu’un avec ma guitare, ça devient spécial.

Le riff de guitare sur « No Beginning No End » est absolument génial. Comment l’as-tu imaginé ?
C’est vrai qu’il est vraiment cool. Je devais sûrement être assis en studio. C’est une vieille chanson que j’ai écrite probablement en 2000… je ne me souviens pas trop de la façon dont je l’ai écrite.

J’ai lu que tu te considères plus batteur que guitariste. Est-ce toujours vrai ? Quel est ta façon de travailler quand tu écris une chanson ? Penses-tu toujours batterie en premier ?
Absolument ! En fait, la majorité de mes chansons ont été écrites d’abord avec la batterie. Je suis prêt à parier que j’ai composé « No Beginning No Ned » à la batterie en premier. Pareil pour « Smoke Baby ». Et c’est toujours pareil pour la plupart des chansons des albums « For Him And The Girls » et « Milk ». Pour moi, la batterie, c’est comme un endroit où je me sens libre. Vraiment libre. J’ai beaucoup étudié la batterie quand j’étais petit. Tout ce que je voulais c’était devenir un grand batteur. Il y a un super batteur français qui s’appelle Manu Katché.

Il fait partie du jury de « La Nouvelle Star » !
C’est vrai ? C’est bizarre car c’est un de mes héros. Il a joué pour Peter Gabriel et Sting. Il a joué sur tant d’excellents albums. Et mon rêve était de devenir comme Manu Katché, et, un jour de recevoir un appel : « salut, c’est Peter Gabriel, on part en tournée, viens avec nous » ! En toute humilité et avec tout ma sincérité, je peux dire que je suis un très bon batteur, je n’ai pas encore entendu un batteur jouer aussi bien que moi. La guitare, ce n’est que du show pour moi. Alors que pour la batterie, je possède vraiment la technique. J’ai passé toute mon enfance à jouer de la batterie et me concentrer à devenir un grand batteur. Avec le recul, j’imagine que je devais être un enfant bizarre : je n’ai pas bu d’alcool, je ne me suis pas drogué, je n’avais pas d’amis… tout ce que je faisais, c’est de la batterie. J’étais obsédé. Et maintenant, quand je joue avec d’autres personnes, j’essaye toujours de me mettre à la batterie car c’est ce que je préfère faire. Je suis devenu chanteur/songwriter presque par accident ! Je sortais avec une fille… elle n’est pas très connue au Canada, mais a eu sa chance de l’être. J’étais batteur dans son groupe. Nous ne sommes pas sortis ensemble bien longtemps. Elle était auteur/compositeur/interprète dans son groupe et m’a toujours regardé de haut l’air de dire : « oh, tu n’es que le batteur ». Et moi, je me disais : « je pense que je peux faire de meilleures chansons que toi ». C’est vraiment comme cela que j’ai composé mon premier album ; pour prouver à moi-même et à elle qu’elle ne devait pas me considérer comme le batteur idiot du groupe. Et voilà, j’ai enregistré « For Him And The Girls ».

Tu es un super musicien, mais comment as-tu appris à chanter si bien ?
J’ai commencé à chanter à l’église quand j’étais enfant. Mes parents nous amenaient mon frère et moi à l’église. Non pas parce qu’ils étaient chrétiens ou croyants, mais parce que mes parents étaient très jeunes quand ils nous ont eux . Et je pense, en tant que jeunes parents, ils ont dû se dire qu’amener ses enfants à l’église était la chose à faire pour les éduquer. Il n’y avait que des personnes âgées à l’église, et, quand tu es un enfant et que tu as envie de chanter, on te pousse à le faire tant que tu restes à l’église. J’ai donc chanté dans des chorales. J’étais fasciné par Sting et Bono et d’autres grandes voix comme Freddie Mercury. J’ai donc commencé très jeune à essayer de chanter très haut et très bas. J’ai beaucoup travaillé. Vers 18 ou 19 ans, j’ai commencé à étudier l’Opéra. J’ai toujours le même professeur 15 ans après. Je voulais être comme Sting pour chanter « Roxanne » : je voulais être dynamique en chantant des notes très hautes et très basses. Parfois les songwriters comme moi ne peuvent pas exprimer la totalité de leurs sentiments dans une chanson car ils ne possèdent l’éventail vocal nécessaire. Quand je chante « Look at those buggers who are looting the crash site » (paroles extraites de « Your Beauty Must Be Rubbing Off »), il y a 3 octaves de musique. Et pour moi, c’est ce qu’il y a de plus excitant dans le chant.

Lors de ton dernier concert à Paris, tu as dit que jouer ici te donne beaucoup de bonheur. Sais-tu, qu’à l’inverse, quand tu joues pour nous, tu nous donnes beaucoup de bonheur aussi ?
Je l’espère. Je pense que si ce que je fais est spécial, c’est surtout grâce à la communauté Hawksley Workman. Les gens dans le public sont pour la plupart très impliqués. En live, l’expérience ne s’arrête pas à moi qui donne au public : pour être un grand artiste, je crois que le public doit être grand aussi. C’est une réunion, ce n’est pas moi et le public, c’est Nous ensemble. Et ma fonction dans la communauté est d’être sur scène et de chanter les chansons.

Mais selon moi, c’est le contraire. Dans les autres concerts rock, le public donne beaucoup en sautant et en chantant. Alors que lors de tes concerts, nous recevons plus que nous ne donnons en appréciant ta performance.
Je ne sais pas. J’apprécie beaucoup ce que tu dis, mais je ne saurais pas comment commenter. Je n’ai pas le contrôle de ce qui se passe. Parfois, la Musique est plus importante que moi. Après avoir écrit une chanson, elle appartient à tout le monde. Elle n’est plus à moi. Tu vois ce que je veux dire ?

Oui, je me souviens avoir rencontré Fran Healy de Travis, et, il disait justement à propos du tube planétaire « Sing » qui est devenu un hymne, que c’était comme son enfant. Il faut l’éduquer, le faire grandir, en ensuite, quand il est grand, on le laisse partir. Une chanson c’est pareil.
Je pense vraiment que c’est la fonction d’un artiste. Je ne possède pas les chansons : en effet, des gens me disent qu’ils ont joué « Safe And Sound » à leur mariage ou bien que « Smoke Baby » est une chanson importante dans leur relation. Mon lien avec une chanson ne dure pas longtemps : je l’écris, je l’enregistre et c’est tout. Dès que l’album sort, les chansons dessus appartiennent à tout le monde, au public. Et moi, je n’ai plus qu’à les chanter.

Je suis allé à tous tes concerts à Paris durant les 10 dernières années. Et à chaque fois, c’est unique et différent. Comment fais-tu cela ? Comment prépares-tu un concert ?
(Rires)… Je ne sais pas, je ne fais rien de spécial. Parfois, on fait plusieurs mois de répétitions (comme pour le dernier concert au Trabendo où il y avait plusieurs musiciens et costumes), et, pour le dernier show à la Maroquinerie, nous n’avions pas répété du tout, c’était free-style. Mr. Lonely et moi avons dû jouer environ 700 concerts ensemble. Nous sommes connectés ; nous connaissons très bien les chansons maintenant, donc, on monte sur scène et on expérimente. Ça doit être pour cela que c’est si différent à chaque fois. J’ai vu U2 en Australie il y a 2 ans et ils ont joué « Sundy Bloody Sunday » exactement comme sur le disque. Je ne m’imagine pas faire cela. Je ne peux pas devenir un artiste « corporate » comme eux et jouer en concert les chansons comme elles sont sur les albums chaque soir. Je deviendrai fou. Je ne sais pas comment fait U2 pour tenir le coup. Pour moi, il n’y a plus de magie : U2 est complet 3 soirs de suite devant 70.000 personnes à chaque fois, et, malgré les écrans et les lumières, il n’y a plus de magie au sens musical. Avec Mr. Lonely, on peut tout se permettre car on se connaît par cœur. Il me suit lors des chansons et s’adapte très facilement sans rechigner. A la Maroquinnerie justement, je me suis arrêté sur un morceau pour chanter « Empire State Of Mind » d’Alicia Keys. Et Lonely a pu me suivre. C’est un super mec !

Est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais faire sur scène que tu n’as jamais expérimentées ?
Je n’ai jamais eu les moyens d’avoir un groupe aussi complet que je le souhaite car je suis un grand fan des musiciens en général. Il y a certains musiciens canadiens que je garderais toujours dans mon groupe si je le pouvais.

Quel est le meilleur endroit pour voir jouer Hawksley Workman ?
Je pense à Paris. Et sinon, pour des raisons que j’ignore, j’ai toujours super bien joué à Sidney. Il y a aussi Montréal parce que c’est moi et que c’est toujours difficile d’y jouer.

Un dernier mot sur U2 ?
J’ai été un grand fan de U2 durant « Achtung Baby ». Cet album est révolutionnaire, tout comme « Joshua Tree ». Mon album préféré est « War ». J’aime beaucoup « Lemon » sur « Zooropa » car cette chanson me rappelle beaucoup de souvenirs avec mes amis de Paris. U2 est un super groupe mais c’est aujourd’hui une multinationale. Ils sont trop connus pour expérimenter des choses sur scène : ils ne peuvent pas se permettre durant une chanson de se dire « tiens, on va jouer Alicia Keys » !

Anfa

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