Musique

Entretien avec Hawksley Workman, épisode 1 : We Will Still Need A Song

10 juin 2010 | PAR Sarah

Depuis son passage en mai dernier à Paris, Hawksley Workman a conquis les cœurs de la rédaction de la boite à sorties (voir le Live Report ). Nous avons donc décidé de vous faire découvrir en 4 épisodes cet artiste hors normes qui mérite beaucoup plus de reconnaissance.

Dans ce premier épisode, Hawksley nous parle de son double album « Meat/Milk » et de la genèse de certaines chansons. Hawksley nous fait découvrir les personnes avec qui il a travaillé. Il aborde également son approche de l’écriture et ses inspirations liées à Paris et à la Nature. Hawksley nous parle même de U2, de Wayne Gretsky et nous dévoile sa chanson préférée… Allez, c’est parti pour le 1er épisode spécial Hawksley Workman… un artiste unique en son genre.

Tu as énormément travaillé avec Marten Tromm sur l’album « Milk ». Il l’a même produit. Mais qui est ce Marten Tromm ?

J’ai rencontré Marten Tromm en Suède alors que j’écrivais des chansons pour les jeunes de « Pop Idol » (l’équivalent de la « Nouvelle Star » en France).

Vraiment ! On peut te voir à la télévision ?

Non. En fait, j’écris des chansons que les jeunes de « Pop Idol » chantent lors des émissions. C’est comme cela que j’ai rencontré Marten Tromm. C’est un songwriter très intéressant en Suède.

A-t-il sorti des albums?

Non, il n’a jamais sorti de disques par lui-même.

La première chanson de « Meat » s’appelle « Song For Sarah Jane ». Qui est cette Sarah Jane ?

Sarah Jane est une artiste anglaise qui faisait partie d’un groupe pop dans les années 80. Son nom complet est Sarah Jane Morris et elle est assez connue en Italie en fait. Je l’ai rencontrée lors d’un festival au Canada, à Vancouver, où on devait se produire ensemble. On a chanté sur scène ensemble et ensuite elle m’a souvent demandé d’écrire une chanson pour elle. Puis, on a eu l’occasion de jouer à Londres ensemble à nouveau, mais nous ne savions pas quoi jouer. J’ai alors écrit une chanson juste avant de monter sur scène. C’était vraiment une nouvelle chanson spécialement pour ce soir ! Elle parle de Sarah Jane : je savais que ça pouvait marcher car je connais un peu sa vie et je sais comment elle voit la vie. La chanson s’est avérée meilleure que ce que je pensais ; je la voulais donc sur un de mes disques (rires). Voilà, c’est elle Sarah Jane. Et sa voix est incroyable. Elle doit avoir au moins 50 ans maintenant. Elle a vraiment une grosse voix !

C’est comme Robbie Williams qui a écrit la chanson « Kids » pour Kylie Minogue, mais il n’a pas voulu lui donner car il la trouvait géniale. Du coup, ils en ont fait un duo !

C’est vrai ? Je ne le savais pas. Pour « Song For Sarah Jane », je ne pouvais pas juste la laisser, il fallait que je l’enregistre pour l’un de mes albums.

La chanson « Google Jesus » sur « Milk » ne possède pas beaucoup de mots… quel est la signification de cette chanson ?

J’étais aux USA, à New York, quand je l’ai écrite. On regardait les informations à la télévision et on voyait le Gouvernement justifier les guerres en prenant pour prétextes Dieu et la Religion. Sur le coup, j’ai dit en studio « si ces gens faisaient une recherche sur Jésus dans Google, ils se rendraient compte que Jésus n’a jamais parlé de combats ou d’avidité, mais d’Amour ». C’est une blague plus qu’une idée au début, mais c’est devenu une chanson amusante dans un sens.

Personnellement, je pensais que la chanson parlait de l’importance d’Internet de nos jours.

Tu sais quoi ? C’est une super idée ! En fait, c’est même une meilleure idée que la mienne finalement. C’est vrai, l’idée est cool. Je pense que les gens voient Internet comme un Sauveur, et, qu’Internet a ruiné les choses les plus romantiques liées à la Musique : acheter des disques, aller au magasin, découvrir de nouveaux artistes… J’adore Internet, mais il en a des côtés que je déteste tout simplement.

Justement, j’ai acheté ton dernier album en magasin alors qu’on a propose de me le donner avant notre rencontre.

Vraiment ? Tu en penses quoi ?

Il est excellent, mais ce n’est pas mon préféré.

Lequel préfères-tu ?

Définitivement “Lover/Fighter”. Et beaucoup de chansons de « The Delicious Wolves ».

Oui, ce sont deux albums spéciaux. Je pense qu’il y a également beaucoup de bonnes choses dans le dernier. C’est dur pour un artiste de « se copier lui-même » pour faire les albums que les fans adorent. Par exemple, je suis un grand fan de U2. Et j’adorerais que U2 réenregistre « The Joshua Tree » encore et encore.

Mais au final, j’adore ta méthode d’aborder la Musique, car tu nous offres toujours quelque chose de différent et d’inattendu. Comme par exemple, l’album « Treeful Of Starling » qui est très folk et minimaliste sur lequel il y a de très bonnes chansons.

Merci.

Revenons à une chanson du dernier album que tu as chantée lors de ton dernier concert à Paris le 12 mai 2010 : « Devastating ». J’ai eu l’impression que tu pleurais en la chantant. Que signifie cette chanson pour toi ?

Oui, tu as raison. C’est une chanson importante. Elle parle d’une relation amoureuse très très difficile qui vient de se terminer. Durant cette relation, les choses étaient très dures et chacun faisait de son mieux pour que ça marche. Au final, on sacrifie tout : ses amis, sa famille, son travail, sa vie… Et fatalement, quand tout se termine, on se retrouve à terre. C’est dur et moche. Et cette chanson signifie beaucoup pour moi car elle me rappelle mes émotions que j’ai pu ressentir à ce moment là de ma vie.

Les paroles de « Stay Drunk And Keep Fucking » sont politiquement incorrectes. C’est quoi l’histoire de cette chanson ?

Politiquement incorrectes? (rires). Je n’ai pas une vue positive sur la planète. Je vois l’Homme comme la chose qui va nous détruire. Quand je parle d’Amour dans mes chansons, c’est toujours de l’Amour à sa fin. J’ai l’impression que le Monde devient fou et, dans ce sens, je pense qu’on peut dire « Stay Drunk And Keep Fucking » ! C’est ce que je pensais au moment où j’ai écrit cette chanson. Mais maintenant, je suis plus heureux !

Tu parles un peu Français sur « French Girl in LA » et « Tokyo Bicycle ». As-tu déjà pensé à écrire une chanson entièrement en Français ?

J’ai essayé mais c’est trop difficile car il y a trop de nuances et figures de style dans la langue. Et ce sont justement ces nuances qui rendent les chansons spéciales. Par exemple, j’adore la phrase « Smoke baby smoke baby, more alcohol baby » de la chanson « Smoke Baby ». Ce ne sont que des nuances. Si j’écris en Français, ce sera trop formel, trop officiel. Je ne saurais trouver les nuances pour rendre le Français poétique. Alors je préfère uniquement mettre des mots en Français dans mes chansons en Anglais. C’est le seul moyen que j’ai d’honorer la langue française. La France a été un pays tellement important pour moi.

Justement, comment Paris t’influence-t-elle quand tu écris une chanson ?

Cette ville m’a donné tant d’inspiration à travers les années. L’album « Almost A Full Moon » a été écrit à Bastille et enregistré à Porte de la Chapelle. Cette ville est… sévère. Paris est très dure : c’est à la fois riche et pauvre. C’est énorme. Tu ne peux pas échapper à l’énergie de cette ville. Ni à son Histoire. Je pense que, quand tu es à Paris, tu ne peux avoir que de vraies émotions et être vrai dans ta perception de la ville. Il y a de belles personnes, de belles architectures, la Seine, les crottes de chiens… mais il y aussi la misère, la saleté, les odeurs, les gaz d’échappement. Il y a des contrastes extrêmes. Paris est désormais complètement liée à son Histoire. C’est dur à expliquer. Ça ne s’arrête jamais. Il y a des villes que tu peux comprendre du premier coup… comme Londres, où les touristes s’y retrouvent facilement avec les bus, les musées etc. Mais Paris restera toujours un mystère car elle ne donne rien aux touristes. Il faut être parisien pour comprendre Paris. Ce n’est pas Disneyland !

Tu t’adresses directement à la Nature dans certaines de tes chansons. A quel point la Nature est-elle importante pour toi et quels messages essayes-tu de nous transmettre ?

J’ai grandi dans la Nature, en dehors de la ville. Mon frère et moi avons passé beaucoup de temps chez nos grands-parents. Ils sont très intimes avec les mouvements de la Nature : le fait de grandir avec cette expérience de la Nature a quelque chose de magique pour mon frère et moi. Ma maison est très isolée : je vois des daims, des élans et d’autres animaux tout le temps. C’est très beau et poétique. Comme je voyage beaucoup, je vis dans les villes et je trouve que la juxtaposition d’un tel contraste est magique. Quand tu es dans Paris, on a l’impression qu’il n’y a plus de Nature, excepté pour quelques arbres et quelques oiseaux. Ici, tu peux oublier que les animaux et les oiseaux existent. Moi, j’ai grandi en observant les oiseaux et les saisons. Au Canada, c’est très particulier : en hiver par exemple, il y a de la neige, c’est calme et tout semble être éteint. Et les animaux agissent différemment suivant les saisons. A ce moment de l’année, il y a tellement de moustiques et de mouches que les élans viennent à la clairière et s’approchent de ma maison pour éviter ces insectes. Pour moi, tout cela est normal car j’ai grandi avec, et dans mes chansons, j’essaye de juger et d’appréhender le monde avec ma réalité.

Peux-tu nous raconter l’histoire de « Warhol’s portrait of Gretzky » ?

Pour les Canadiens, Wayne Gretzky c’est comme Zinedine Zidane pour les Français. C’était le plus grand joueur de Hockey sur glace. Il était à son top entre 1983 et 1987 je pense. A ce jour, il est toujours considéré comme le plus grand. Quand j’étais petit, c’était mon idole ; j’avais ses posters sur mon mur et je rêvais d’être aussi bon que lui au Hockey. Au même moment, à New York, Andy Warhol a fait une peinture de Wayne Gretzky. Le portrait était presque féminin, presque homosexuel. C’est une peinture de l’idole d’un garçon qui le voit comme un symbole masculin, un symbole de ce qu’il faut être pour être le meilleur. C’est un contraste très amusant. Je ne savais même pas à l’époque que Warhol avait fait cette peinture. Quand je l’ai vue il y a quelques années, j’ai pensé à Warhol en train de transformer mon idole en icône gay. J’avais un sentiment tellement mitigé qu’il fallait que je fasse une chanson sur ce contraste parfait.

Une question difficile : quelle est ta chanson préférée d’Hawksley Workman ?

En effet, elle est difficile. Je pense à « Don’t Be Crushed » ou « Smoke Baby » car des choes sur ces chansons me semblent parfaites. En tant que songwriter qui a écrit tellement de chansons, ces deux là sont intimidantes dans un sens. Pour « Don’t Be Crushed », quand j’ai écrit la phrase « I waved so hard I broke my wrist », tout semblait coller, tout semblait parfait. C’est au dessus de moi et je me dis « Comment je vais pouvoir écrire à nouveau quelque chose d’aussi bon ? ». C’est motivant aussi car ensuite, tu veux toujours faire mieux. Pour « Smoke Bay », que je joue à Paris, à Oslo, à New York ou à Vancouver, l’effet est le même chez les gens. Tout le monde l’adore, mais je ne saurais expliquer pourquoi ! Enfin, il y en a certaines du dernier album que j’aime beaucoup comme « Warhol’s Portrait Of Gretsky » qui est une chanson fun, intelligente et unique.

Anfa

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Sarah

3 thoughts on “Entretien avec Hawksley Workman, épisode 1 : We Will Still Need A Song”

Commentaire(s)

  • LETTERI

    Bonsoir,
    Bravo pour cet interview très intéressante de mon artiste préféré : quand sont prévues les 3 autres épisodes svp ?

    Bonne continuation,

    Cordialement,

    Christophe Letteri

    juillet 4, 2010 at 0 h 12 min

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