Electro
[Live report] Dillon au Café de la Danse

[Live report] Dillon au Café de la Danse

16 avril 2014 | PAR Bastien Stisi

En 2011, Ellen Allien et son label berlinois BPitch Control avaient pris un drôle de risque en signant la jeune et déracinée Dillon, soudainement immiscée dans le monde bien expérimenté de la hype électro berlinoise (Apparat, Paul Kalkbrenner, Modeselektor…) Trois ans plus tard, et après la parution d’un second album de plus en plus célébré malgré sa nomination évocatrice (The Unknow), les scepticismes ont disparu autant qu’a augmenté le nombre des adeptes, venus en nombre constater les progrès de la douce chanteuse hier soir du côté du Café de la Danse et de son festival Clap Your Hands.

À défaut d’une première partie pour introduire les débats, c’est un brouillard épais et factice qui intervient sur scène avant la chanteuse germano-brésilienne, manip’ de régie qui recouvrira bientôt l’éther tout entier et pourtant très haut plafonné du Café de la Danse, et qui participera idéalement aux instants psyché, presque mystiques, qui devront ouvrir le concert quelques minutes plus tard.

Accompagnée par un manipulateur de machines et par des beats électro prononcés, Dillon est d’abord très peu visible et comme camouflée derrière l’épaisse barrière de fumée, quasiment semblable dans sa manière d’étendre ses bras en croix au Christ Rédempteur (ou plutôt à la Vierge Rédemptrice) surplombant la ville de Rio, et qui aurait pris dans les veines une sacrée bonne dose d’héro…À la fois fragile et envoutante, elle est cette étrange sirène à la voix cassée, torturée, profonde et poignante, venue charmer les marins (et aussi les mecs en marinières, très nombreux dans la salle) les plus réceptifs aux complaintes qui murmurent la grâce tout autant que la mélancolie (« This Silence Kills », « You Are My Winter »…)

À l’image des paroles de son morceau « A Matter Of Time » et de ses boîtes à rythmes imitant les pulsations du cœur, il ne sera pas question d’attendre pour faire exulter (en silence) les cœurs serrés du public, et ce même si certains, comme lors d’une projection d’un film de Terrence Malick, quitteront assez rapidement la salle, la tête basse et interdite. Il est vrai que la pop de Dominique Dillon de Byington (vraiment plus simple de l’appeler Dillon) n’est pas faite pour parler au plus grand monde, réservée aux clubs des spectres encore éveillés dans ses phases les plus électro, et à ceux des plus grandes sensibilités dans ses phases les plus torturées. Dommage pour les fuyards un peu trop précoces : il n’y aura pas pour eux les frissons engendrés par la splendide reprise d’« Echoes Of Silence » de The Weeknd, interprétée en guise de terminaison finale du concert dans les alentours de 22 heures (ouais, sans première partie, les concerts terminent toujours bien tôt…)

Sifflements sur « Your Flesh Against Mine », claquements de doigts et poils hérissés sur les bras sur sa reprise sublime du « Pocketful Of Money » de Jens Lekman (renommé « Thirteen Thirtyfive »), et petits pas de danse entamés sur son tube « Tip Tapping », sur lequel elle encouragera le public avec sa petite voix sensible et cassée (ok, à ce moment-là, on la boufferait) à répéter les paroles : « can we sing together ? » On s’exécute avec douceur et conviction (« tip tapping in the daaaark »), on ne notera surtout pas les charmantes fautes de français exprimées à l’oral (« je n’écoute rien » au lieu de « je n’entends rien »), on ressortira apaisés comme si l’on avait consommé une came merveilleuse, tombés sans combattre sous le charme sans emphase d’une jolie création de l’authentique.

Visuels : © Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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