Electro
[Live report] Aufgang au Silencio

[Live report] Aufgang au Silencio

08 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

Aufgang, et ça les premiers extraits diffusés au cours des dernières semaines (« Summer », « Shaman ») l’avaient déjà clairement laissé entendre, a désormais, sur son troisième album qui sortira en début d’année prochain, vocation à faire danser.

Ou du moins à se « faire plaisir », comme l’annonce le batteur et producteur Aymeric Westrich, disposé hier soir à gauche de la scène classieuse et tamisée du Silencio. « On a voulu s’ouvrir à d’autres horizons, sortir de cette niche que d’autres ont pu appeler ‘électro classique’ », explique-t-il entre deux morceaux, essoufflé par l’énergie déployée à la batterie et par ce chant qui, sur Summer, un EP dévoilé début septembre, laisse entendre (et malgré les vocodeurs) la voix des deux garçons qui accompagnent ces longs morceaux toujours déployés autour de l’équation piano-batterie-samples électro, mais qui tendent désormais aussi à se rapprocher d’une certaine idée de la pop.

En témoignera donc « Summer », notamment, ce titre proche de la disco pop senteur Monoï qui convoque les paroles bateaux sur le couplet (« I can’t wait till the summer ») et les onomatopées en « ohohoh »  sur le refrain, aussi sucré qu’une piña colada dégustée sur le bord d’une plage avec océan azur et éther sans grabuge. Le virage est là, et s’il peut être sujet à contestation, il faut bien avouer que dans le coin, les gens sont réceptifs. Le duo, lui, car à la batterie d’Aymeric répond le piano de Rami (Khalifé, frère de Bachar et fils de Marcel), savoure de manière visible.

En duo, car Aufgang n’est plus un trio. Francesco Tristano, éminent membre fondateur du groupe et « responsable » de l’ambition InFiné (c’est pour le faire signer que le label lyonnais s’est formé il y a 10 ans) a en effet quitté l’aventure Aufgang il y a 2 ans. Et cela n’a rien à voir avec le fait que « sortie » se prononce « ausgang » en Allemand. C’était juste après un concert donné au théâtre des Bouffes du Nord, qui avait vu le trio croiser la route et croiser le fer avec les Allemands, tous aussi époustouflants ce soir-là, de Brandt Brauer Frick.

Le départ du pianiste, virtuose dans son genre, explique sans doute aussi ce changement d’horizon (syndrome post-rupture). Sans lui, mais avec une énergie qui ferait croire qu’ils sont une bonne demi-douzaine sur scène, Aymeric et Rémi explorent ainsi plus nettement encore qu’hier la musique orientale (Bachar Mar Khalifé, le frère de Rémi qui sort son 3e album chez InFiné la semaine prochaine, guette dans le public), et lorsque celle-ci n’est pas utilisée afin de faire se tordre les corps (et bouger le ventre, puisque certaines danses traditionnelles l’ordonnent), elle est utilisée afin de rendre hommage. Seul au piano, Rami tournera ainsi la pensée et les mots vers le sort des ces populations déplacées, résonance certaine, aussi, à sa propre histoire, puisque lui et sa famille ont dû joindre la France après avoir quitté un Liban alors confronté à sa très longue guerre civile (1975-1990).

Se faire plaisir donc, mais sans s’oublier pour autant. On attend cet album fait à 4 mains et à 1 000 idées pour le début d’année prochaine.

Visuel : (c) BS

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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