Electro
L’interview stroboscopique : Flavien Berger

L’interview stroboscopique : Flavien Berger

02 septembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Crépitements lumineux, rugissements scintillants, et coup de strobo sur Flavien Berger et son EP Mars Balnéaire, escapade cosmique et sensorielle dans les tréfonds d’un univers où le futur dépasse les angoisses du lendemain, préférant y convoquer la douceur des rêveries alambiquées…

Loin des idéaux souvent post-apocalyptiques transcrits par la musique électronique dès lors que l’on évoque le futur sous un esthétisme SF, tes deux premiers EP semblent au contraire voir le futur, et la vie par-delà les logiques terrestres, sous un œil numérique résolument optimiste…

Flavien Berger : Exactement, c’est très juste. Je fais de la musique pour accompagner des beaux moments. Les visions que j’ai lorsque je compose et que j’écris, sont pleines d’espoirs et de belles lumières. Je suis en premier lieu inspiré par des images, qu’elles soient mentales ou réelles. Mars Balnéaire est né d’une vision de planche à voile voguant au milieu d’un paysage étrange, presque désertique, dans un crépuscule vert et mauve. Le contexte martien s’est ensuite tissé progressivement jusqu’à devenir une histoire de science-fiction, contemplative et quelque peu romantique.

Peux-tu nous parler du collectif_sin~, ce laboratoire de recherche sonore dont tu es membre et dont le côté expérimental de ton univers paraît tout droit issu ?

Flavien Berger : Le collectif_sin~ est un regroupement de chercheurs de failles, créé il y a quatre ans à Paris, dans les décombres post-apocalyptiques d’une messe noire. En expérimentant chacun dans nos domaines (art plastique, vidéo, électronique, musique) nous cherchons à percer le mystère de l’univers, de la beauté céleste, des micromolécules et des nébuleuses. Nos modes opératoires sont l’action par vague, l’altération partielle de perception, la recherche sinusoïdale et les machines à rêve. Nous sommes en ce moment basés à Bruxelles, au sein de l’artist run space De La Charge. Les pochettes de mes deux EP ont été designées par Juliette~, et mes clips sont réalisés par Robin~. C’est une famille de projet.

Mars Balnéaire évoque des vacances fantasmées sur Mars. Il y a donc de l’eau, des gros poissons (si l’on se réfère à ton clip « Océan Rouge »), des synthés, et des nappes traînées et lancinantes sur la Planète Rouge ?

Flavien Berger : Cet EP est une rêverie. Mars est le reflet de la Terre, ainsi la Planète Rouge devient le négatif de la Planète Bleue, les couleurs s’inversent. Mais ce n’est que pour regarder la Terre depuis un nouveau point de vue, d’un peu plus loin, afin de la redécouvrir. Dans les chansons c’est un amour d’été qui devient un peu plus épique que dans une simple station balnéaire terrienne, dans les images c’est le paysage qui change d’aspect pour proposer une autre carte postale.

ll y a une obsession permanente, et ce à l’intérieur d’un même morceau, pour les changements de rythmes, d’ambiances, d’atmosphères sur ces deux premiers EP. Flavien Berger, est-ce la manifestation d’une schizophrénie contrôlée ?

Flavien Berger : J’envisage une plage musicale comme un voyage. Il est à l’image des paysages dynamiques par lesquels je souhaite faire traverser l’auditeur, en contraste, avec des ruptures et des reprises. Je fais de la musique répétitive majoritairement, et je pense qu’il est nécessaire de l’accompagner de surprise, d’ouverture vers des espaces différents de mise en tension des éléments.

Les musiques symphoniques, les voix organiques, et les musiques électroniques paraissent donc cohabiter en parfaite harmonie. Est-ce aussi l’une des démarches de ton projet musical ?

Flavien Berger : Je considère la musique électronique comme un langage. Ce que je veux exprimer peut passer par plusieurs types d’orchestrations, j’utilise la technologie numérique car c’est un outil de mon époque et que le champ d’expérimentation est vaste et en grande partie vierge. Les chœurs vocaux sont très importants pour moi dans la mesure où je ne suis pas instrumentiste et que je ne sais pas écrire la musique. La composition passe essentiellement par la voix et par le chant. C’est ainsi que l’organique se mêle au numérique. C’est encore malgré tout une « musique de chambre », car elle est enregistrée avec des petits moyens, en home studio ou presque.

Tes deux premiers EP accumulent les morceaux d’une longueur surprenante, toujours plus proches de la dizaine de minutes que du format radio 3 minutes chrono. Avec de telles compositions, le format LP est-il encore adapté, et peut-on par conséquent envisager bientôt la sortie d’un album complet ?

Flavien Berger : Le cadre du EP est parfait pour rompre les codes du format classique des chansons. Je suis pour me confronter à différents types de composition, en musique chaque choix à du sens, lorsque je fais des plages de musique dansante qui dure 19 minutes, c’est pour affirmer que j’aime la musique mutante et hors format. J’aime les morceaux inattendus, bizarres dans leur genre, qui lorsqu’on les écoute, nous déroute, nous fait nous demander ce qui est passé par la tête du ou des compositeurs. Mais les recherches continuent, je travaille sur mon premier album.

Je cherche des sons pour remplir mon Ipod…quelque chose à me conseiller ?

Flavien Berger : The Commercial Album, The Residents / « The Seven Waves », Suzanne Ciani / « L’Incendie », Brigitte Fontaine et Areski / Voodoo, D’Angelo

Flavien Berger, Mars Balénaire EP, 2014, Pan European Recordings, 36 min.

Visuel : (c) pochette de Mars Balénaire de Flavien Berger

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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