Danse
« Two cigarets in the Dark » : Pina Bausch ouvre la saison de Garnier sur un magnifique grincement de dents

« Two cigarets in the Dark » : Pina Bausch ouvre la saison de Garnier sur un magnifique grincement de dents

03 septembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Pièce de 1985 qui n’avait jamais été donnée en France, Two Cigarets in the dark a ouvert la saison du Palais Garnier sur un mélange de provocation et de dresscode habillé. Pina Bausch et son Tanztheater Wuppertal n’ont pas fini d’inspirer, de provoquer et de titiller.

[rating=4]

C’est une des figures tutélaires de la troupe du Tanztheater Wuppertal, Mechthild Großmann, qui ouvre le bal de Two Cigarets in the Dark. Très élégante et autoritaire, elle nous annonce qu’on va pouvoir commencer parce que son mari est « à la guerre ». Elle donne ainsi le « la » d’une première partie exigeante où chacun est sur son 31 de smoking-robe de soirée ou de large slip blanc unisexe, mais personne ne parvient vraiment à rester au cœur de la scène. Encadrée par deux immenses aquarium de poissons et de plantes imaginés par le scénographe, Peter Pabst, cette scène de l’Opéra Garnier reste blanche et souvent vide, comme une citadelle imprenable. Dans la violence de leurs relations, les hommes et les femmes ne parviennent pas à y rester. Le femmes surtout sont maltraitées dans cette pièce, réduite aux « chaussettes » contre lesquelles elles tentent de se révolter, aux « pommettes » et à dire « je suis douce, petite, mignonne ». Quelques cigarettes s’allument, mais elle ne sont pas nombreuses et se fument dans un calibrage assez cru sur scène et dans la salle qui. Si le public rit aux provocations de Pablo Aran Gimeno en train de mettre la table, il passe aussi beaucoup de temps à attendre avec les danseurs que quelque chose se passe.

Comme souvent, cela semble commencer avec l’entracte annoncé avec vivacité par Mechthild Großmann. Au retour de l’entracte, une partie de l’audience s’est volatilisée dans la nuit parisienne et la qualité de l’attention monte pour un spectacle qui entre dans la pénombre de l’intime et propose des perles de chorégraphie et de mise en scène. Alors que les seins des danseuses et des danseurs semblent se libérer en mode sauvage, sous les bustiers contraignant et que la coryphée n’hésite pas à trouer sa robe de satin avec une cigarette, le morceau de bravoure de cette deuxième partie est la valse de Ravel où l’ensemble des danseurs dansent assis dans un carnaval d’enfance, paraissant former avec leurs corps un bateau sillonnant une mer souriante. Le spectacle se termine sur un défilé au son du « Two cigarets in the dark » de Bing Crosby, magnifiquement rétro et structuré un mouvement d’épaule d’une sobriété et d’une élégance éblouissantes.

Le public de Garnier applaudit vaillamment, après plus de 2h30 de provocations aussi esthétiques que variées.

Two Cigarets in the Dark, chorégraphie : Pina Bausch, Tanztheater Wuppertal, durée du spectacle 2h30.

visuel : ©Ulli Weiss/OnP

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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