Electro
[Chronique] « Psychic » de Darkside : la grande messe

[Chronique] « Psychic » de Darkside : la grande messe

12 novembre 2013 | PAR Pauline Benoist

Darkside Psychic

[rating=5]

Le deuxième album des Darkside, sorti le 8 octobre dernier, est une véritable bombe atomique. Après Daftside, qui remixait intégralement le Random Access Memories des Daft Punk, Psychic est un titan qui alterne explosions de rythmes et silences flottants langoureux. Un voyage au cœur des ténèbres.

Darkside, c’est d’abord l’alliance de deux musiciens, Nicolas Jaar, qui impose sa voix et son côté dandy, et  Dave Harrington, le multi instrumentiste qui donne à l’album les notes de blues cosmique. Le projet est né en 2012, à une époque où le musicien électronique Nicolas Jaar cherchait un guitariste pour son prochain album. C’est sur les conseils d’un ami qu’il rencontre Dave Harrington, « le meilleur bassiste de sa connaissance », qui accepte alors le poste de guitariste malgré sa mentalité de bassiste. « Moi qui ai passé ma vie à jammer avec des jazzmen, j’ai senti la même liberté avec les machines de Nico », souligne ce dernier lors du Festival Pitchfork.

Si l’association du duo est vraiment adroite, c’est qu’elle permet à l’electro d’évoluer dans un nouvel univers plus astral. Avec Psychic, les deux prodiges donnent un souffle inédit à la musique électronique : une « électro-blues » expérimentale et minimaliste.

Plus sombre que leur premier album, le duo nous raconte ici l’histoire d’esprits venus d’ailleurs ; leurs mélodies sont lancinantes, en proie à une atmosphère extraterrestre à la texture étrange, rythmées par les tonalités du blues qui vient y apporter sa lumière.

La construction de leur musique est éclectique, il y a dans Psychic un aspect fantasmagorique et une technique véritable, battie sur de nombreux paroxysmes musicaux. L’effet spasmodique est construit sur la lenteur puis grâce aux brisures de rythmes, aux accélérations, aux decrescendos. Cette montée en puissance des éléments enfante une électro sombre et murmurante, alternant les beats puissants. Ici, les sonorités habituellement très synthétisées de Nicolas Jaar sont poussées à l‘extrême par les arrangements pop-rock psychédéliques, et les bruitages futuristes du très underground Harrington.

Et si cet album avait un pouvoir hypnotisant ? L’opus est onirique, et l’univers dans lequel les deux compères souhaitent nous emmener est un vrai refuge. Car avant tout, l’album s’écoute avec soi-même. Les silences deviennent des moments d’écoute active, le blues si noir habituellement, vient ici éclairer de sa lumière les morceaux. Et si l’on ferme les yeux, on peut sentir avec Darkside que tout se crée sur le moment.

Les huit titres sont nirvanesques, presque tous accompagnés par l’écho de la voix ancestrale de Nicolas Jaar qui lance des cris funèbres à celui qui l’écoute. Il fait grésiller le métabolisme de son auditeur. Son chant semble invoquer les esprits. C’est si langoureux qu’on devient l’automate qui part sur la Lune avec eux. Psychique et viscéral, l’album est un chef-d’oeuvre de perfection émanant directement de la planète Mars.

Darkside, Psychic, 2013, Matador / Other People, 45 min.

Visuel : (c) pochette de Psychic de Nicolas Jaar

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Pauline Benoist