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Pro’scenio ou l’Opéra pour tous

Pro’scenio ou l’Opéra pour tous

17 octobre 2019 | PAR Elodie Martinez

Contrairement à ce que beaucoup pense, l’art lyrique est loin d’être un milieu élitiste – ce que l’on ne répètera jamais assez – et les artistes qui le composent sont loin de l’image de divas et de leurs équivalents masculins. Avant d’atteindre les scènes célèbres, le parcours est parfois long et les expériences s’acquièrent généralement grâce à des salles plus petites ou à des associations et des écoles. Pro’scenio est justement l’une de ces associations, située aux alentours de Lyon, et se fait une mission de « donner une voix aux jeunes professionnels des arts de la scène lyrique ».

Née en 2015 sous l’impulsion de Philippe Maury (artiste du chœur de l’opéra de Lyon) et de Pierre Ribémont (professeur en CRR de Lyon), l’association a proposé dès l’été 2017 une production de La Belle Hélène, posé comme point final de la saison. Une saison qui ne se résume toutefois pas à cela puisque de nombreuses actions avaient été proposées en amont, comme un concert de jeunes talents et un autre à ciel ouvert. Le succès et la valeur de ce projet ont d’ailleurs tout de suite été reconnus puisque La Belle Hélène a été reprise à l’Opéra de Dijon dans le cadre de sa Semaine Bleue en octobre 2018 ainsi qu’au Théâtre de Tarare en novembre de la même année.

Forte de ce premier succès, Pro’scenio a renouveler l’expérience en proposant l’été dernier La Flûte enchantée à l’espace culturel de Saint-Georges-de-Reneins, à laquelle nous avons eu la chance d’assister. Si le terme « d’espace culturel » fait se retrousser le nez de certains qui craignent que toute salle n’ayant pas le titre officiel d’opéra soit un gage de médiocrité, il faut, comme dans bien des domaines, ne pas se fier aux préjugés et oser rencontrer les jeunes talents qui, demain, courront peut-être les plus grandes scènes internationales. Si l’on prend l’exemple de cette Flûte enchantée, difficile de ne pas se réjouir du travail scénique proposé avec des moyens plus que limités pour un opéra dans cette mise en scène signée Elodie Chamauret, appuyée par la scénographie de Lucie Meyer, les costumes de Paul Andriamana, ou encore les lumières de Quentin Rumaux. Comme bien souvent, l’absence de finances offre l’opportunité de laisser aller sa créativité et son ingéniosité. Un caddie devient ainsi le terrible serpent tout en servant par ailleurs… de caddie afin de transporter quelques objets, sans oublier son rôle de « chaise à porteurs » pour l’arrivée de Sarastro. Des trouvailles qui s’inscrivent par ailleurs dans l’objectif d’éco-responsabilité de l’association.

L’ouverture d’esprit et l’ouverture au public sont également de mèche, offrant une incursion dans l’œuvre revisitée ici dans un souci d’accessibilité des plus plaisant, le tout animé par Arianne, « l’entremetteuse en scène ». Cette dernière, sous les traits d’Arianne von Berendt, intervient dès le début, annonçant qu’elle souhaite résoudre le problème de l’amour pour l’Humanité, avant de donner diverses explications et décryptages de l’opéra de Mozart. En un mot, Arianne démêle le fil de l’histoire et apporte un côté didactique tout à fait délicieux et non négligeable à l’ensemble de la soirée. Vocalement, la soirée réservait également de très belles surprises, comme le Tamino de Julien Henric ou le Papageno époustouflant d’Olivier Cesarini qui n’ont finalement rien à envier à ceux interprétés dans des salles plus prestigieuses. De même pour la Papagena d’Emy Pegliasco, malgré la brièveté de sa partition, ou pour la Pamina de Lisa Chaïb Auriol dont la voix paraît s’envoler un peu plus au fil de la soirée. Nous citerons également Eugénie Joneau dont le beau mezzo se détachait du trio des dames et que le public aura le plaisir de retrouver au sein du Studio de l’OnR cette saison. Enfin, musicalement, aucun reproche n’est à faire à l’ensemble mêlant des étudiants des conservatoires de la région entourés et accompagnés de huit instrumentistes professionnels, dirigé magistralement par Quentin Hindley.

Entre deux productions, l’association prend néanmoins le temps d’offrir des master-classes croisées aux jeunes artistes et de faire vivre le spectacle justement créé. Espérons donc que cette Flûte enchantée arrivera vite dans une ou plusieurs autres salles, car nous ne pouvons que vous encourager à cette belle découverte ! En attendant, Pro’scenio a lancé une campagne de financement participatif afin de « financer la production de la captation faite lors du spectacle du 12 juillet 2019 ». Cette vidéo est « importante pour l’association car elle sera un support de communication et de diffusion du spectacle mais elle est également essentielle pour les jeunes artistes qui s’en serviront pour montrer la valeur et la qualité de leur travail » (plus d’informations ici). Sans compter que, pour celles et ceux qui ont manqué les représentations de cet été, cela serait une belle occasion…

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à vous rendre sur le site officiel ou bien le compte Facebook de Pro’scenio. Une telle association, qui offre sa chance aux jeunes talents ainsi qu’une belle qualité de spectacle au public, vaut assurément la peine d’être connue !

© Marie Fady

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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