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Ouverture du Festival Présences 2019: hommage à Rihm, Stockhausen, Dufourt et Matalon à l’Auditorium de Radio France

Ouverture du Festival Présences 2019: hommage à Rihm, Stockhausen, Dufourt et Matalon à l’Auditorium de Radio France

13 février 2019 | PAR Yaël Hirsch

Cette édition 2019 de Présences, placée sous la direction artistique de Pierre Charvet s’est ouverte avec un concert exigeant et élégamment transmis à une salle pleine, attentive et touchée par le programme riche en piano et percussions, qui comptait une création française et une création mondiale … soit 2 créations sur 4 pièces.

Alors que Wolfgang Rihm est à l’honneur de Présence pour cette édition 2019, le compositeur allemand né à Karlsruhe en 1952 et Lion d’or de la Biennale de Venise en 2010 était trop souffrant pour être présent ce Mardi 12 février. Il n’a pas pu non plus livrer la nouvelle composition pour piano qu’il préparait pour Bertrand Chamayou, artiste en résidence de la Maison de la Radio cette saison.

Entré seul en scène devant une salle comble et absolument silencieuse, le pianiste a néanmoins immédiatement rendu honneur au maître avec l’interprétation de son le 5 e Klavierstuck, grave, solennel et envoûtant. L’ouvre dure 13 minutes, date de 1975 et place tout de suite dans un monde à part, où tout souffle compte et où chaque note partagée est réfléchie. Les notes graves sont maîtresses et l’on est déjà dans quelque chose de l’ordre de l’autre instrument qui sera à l’honneur toute la soirée : la percussion.

Celles-ci prennent toutes leur place avec Adelaïde Ferrière et Florent Jodelet dès la deuxième pièce, l’Eclair, une création musicale de Hughes Dufourt d’après le poème de Rimbaud et jouée pour la première fois en France. Très rythmé, le morceau met face à face deux pianistes (Vanessa Benelli Mosell, saisissante d’élégance en robe rouge et Sébastien Vachard qui a voulu lire le poème de Rimbaud en guise de préambule). Ils semblent se battre et se répondre en notes tout de suite assez menaçantes comme la grêle ou le temps qui passe, travaillant chacun aux extrémités de leurs pianos. Le son est métallique et suggère la folie. Les deux percussionnistes passent d’un type d’instrument à l’autre en un ballet fascinant et se répondent également avec un son tout en minéralité, qui vient encore appuyer la sensation de danger. Le rythme se précipite puis s’apaise alors qu’une sorte d’un archet qui fait grincer les percussions comme des cordes. Le rythmes des touches de piano reprend, lancinant avec une lenteur maîtrisée. On aimerait imaginer cela plus fantomatique peut-être, plus en suggestion pour nous laisser l’espace de vivre l’expérience avec du volume et notre souffle. Le grincement reprend dans un son qui bute de plus en plus avec le silence, le tambour et les plissements de feuilles de cuivre. Insensiblement la menace semble tomber comme la pluie après l’orage. Les percussions se font intenses. Puis c’est la respiration, le grand silence de la fin.

 

Après un entracte, le piano a changé de place et un pianola s’est logé perpendiculairement, face à un vibraphone. Interprété par Vanessa Benelli Mosell au piano, Bertrand Chamayou au Pianola et Florent Jodelet au vibraphone, ce « refrain » de 1959 est signé par celui qui a été le maître de Rihm en 1970, Karlheinz Stockhausen. La chanson dont on a coupée le refrain se laisse deviner (et là on a tout l’espace de respirer et imaginer!), renvoyée génialement comme une balle de Ping Pong (il paraît qu’un rouleau de plastique est superposé à la partition du fond sonore ample et calme). Par six fois, le refrain ressort par bribes, sa mélodie heurtée par les éléments et les trilles, glissandi et éclats de voix ou par les cris sont à chaque fois un choc, à la limite de l’humain ou du mondain. C’est une matière vivante, vibrante, merveilleuse. C’est une chanson déconstruite, en colère, impérieuse et c’est une exécution folle, passionnée, appliquée jusqu’à l’extrême qui nous emporte et qui est applaudie longuement par le public.

Enfin, pour le final, 3 pianos (Bertrand Chamayou, Vanessa Benelli Mosell, Sébastien Vachard) et trois ensembles de percussions Adelaïde Ferrière, Florent Jodel et Eve Payeur) s’alignent comme des astres devant la baguette blanche du compositeur qui les dirige : l’argentin Martin Matalon. La pièce « Atomization, Loop and Frieze » est malgré son titre l’oeuvre la plus suave de la soirée : dans chacune des sept sections de l’oeuvre, la pulsation bat, les temps se superposent mais comme pour nous perdre dans une fluidité extraordinaire qui finit par nous rendre presque difficile la tâche de différencier les sons des percussions (qui roulent dans des configurations qui rivalisent de chaleur) et celui des pianos. Des effets de symétrie et d’harmonies nous surprennent, nous saisissent puis nous lâchent dans une navigation qui est un grand voyage de 20 minutes. La soirée s’est terminée par un tonnerre d’applaudissements et le public était d’autant mieux réjoui que Présences ne fait que commencer et dure jusqu’au 17 février avec en tout 21 créations, et un programme exceptionnel où l’on retrouve beaucoup de Rihm et qui culmine dimanche avec Hilary Hahn et l’Orchestre Philharmonique et le Choeur de radio France dans un concert Rihm-Rautavaara-bach-Strauss. Vous avez dit éclectique? Tout le programme, ici.

visuel : © Christophe Abramowitz / Radio France 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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