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Bouquet Philharmonique pour le festival Présences à Radio France

Bouquet Philharmonique pour le festival Présences à Radio France

19 février 2019 | PAR Gilles Charlassier

Rendez-vous de la musique contemporaine à Radio France, l’édition 2019 du Festival Présences consacrée à Wolfgang Rihm se referme avec deux concerts du Philhar’ très contrastés, le vendredi sous le signe de la création avec le remarquable Alejo Perez, et le dimanche regardant davantage vers le répertoire, dirigé par Mikko Franck.

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Si les programmations et les directeurs musicaux successifs ont depuis redistribué les cartes, les deux phalanges de Radio France, le National et le Philhar’, avaient chacun une identité et un répertoire différenciés, l’Orchestre Philharmonique favorisant le vingtième siècle et les configurations à géométrie variable. Le concert du vendredi du festival Présences, sous la houlette d’Alejo Perez, rend justice à ce tropisme originel.

Donné pour la première fois en France, le De Profundis de Rihm témoigne autant d’une remarquable maîtrise de l’écriture chorale, émergeant des basses vers la déclamation passionnée d’un appel vers le divin, avant le retour au murmure initial, que de l’excellence du Chœur de Radio France et de la précision de la direction de Martina Batic. Après cette très belle pièce, à la fois expressive et économe, la Fantaisie-Concerto pour alto et orchestre de Graciane Finzi, création commandée par Radio France, privilégie une séduction immédiate, relayée par l’alto moelleux de Marc Desmons. La chaleur de l’invention orchestrale, associant habilement les timbres, compense une facture soliste modeste dans l’exploration des possibilités de l’instrument. Au retour de l’entracte, où nul ne peut sortir de la Maison de la Radio, sous peine de ne pouvoir revenir dans le bunker, deux pages denses attendent les oreilles. Autre première française, In-Schrift 2 de Rihm déploie une saisissante matière sonore, qui malaxe les textures et les tempi, magnifiée par la baguette très attentive du chef argentin. L’immersion se prolonge avec la volubilité rythmique de Formazioni de Berio, à l’effectif pléthorique nécessitant une mise en place un peu longue. On reconnaît la jubilation très vocale du maître italien qui répond intelligemment à l’étirement orchestral de Rihm. Un programme qui fait honneur à l’esprit originel de Présences !

Si le dimanche n’oublie pas la création, avec pas moins de trois commandes de Radio France au concert de 16 heures au Studio 104 et l’ensemble Musicatreize (Eros Songs de Philippe Schoeller, les admirables anamorphoses du chant, aux confins du souffle, de Blessure de Vincent Trollet, qui dialoguent de manière inspirée avec la mécanique fragmentaire très pulsée des Clastes d’Adrien Trybucki), la clôture rejoint le grand répertoire symphonique. La Missa Brevis, de Rihm, quasi a cappella, là encore inconnue jusqu’alors en France, révèle une évidente pureté de sentiment, corrélée à un sens aigu de la forme que Martina Batic et son Choeur de Radio France ne manquent pas de mettre en valeur. Ultimes partitions de Rautavaara, les deux Sérénades pour violon et orchestre défendues avec brio par Hilary Hahn démontrent une affectivité tonale accessible et enveloppante, dans de douces teintes un peu crépusculaires que l’on retrouvera, après le Double Concerto pour violon et hautbois BWV 1060 de Bach, dans les Métamorphoses de Richard Strauss. Mikko Franck fait vibrer, avec un instinct sincère et sans renoncer à la clarté du discours, les sortilèges mouvants de cette méditation du compositeur allemand à l’heure des bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, qui a inspiré Rihm. Toute modernité ne finit-elle pas par devenir tradition un jour ? C’est peut-être le parti implicite de cette édition 2018 de Présences.

Gilles Charlassier

Festival Présences, concerts du 15 et 17 février 2019, Radio France, Paris

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