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Fidélio à la Seine Musicale : « Un brûlot antitotalitaire »

Fidélio à la Seine Musicale : « Un brûlot antitotalitaire »

17 mai 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Fidélio, l’unique opéra de Ludwig Van Beethoven, est joué à la Seine Musicale, les 14, 16 et 18 Mai 2022, dans une mise en scène de David Bobée. L’orchestre Insula et le chœur Accentus sont dirigés par Laurence Equilbey. Le rôle de Florestan est interprété par le ténor français Stanilas de Barbeyrac et celui de Léonore- Fidélio par la soprane Sinéad Campbell-Wallace qui se produit pour la première fois en France ce soir. La représentation du 16 mai sera enregistrée en vue d’une diffusion ultérieure sur TF1.

Fidélio : les idéaux de Beethoven en musique

Fidélio est un drame romantique, peut être le premier opéra romantique. Lorsqu’il le compose en 1804 Beethoven est déçu par la révolution française et choqué par les guerres napoléoniennes. La création de l’opéra se fera dans une Vienne occupée, devant de nombreux officiers français. Le succès sera mitigé, Beethoven travaillera à trois versions successives et écrira quatre ouvertures. Il y développe ses idéaux de liberté, de justice, d’amour en particulier conjugal.
L’histoire de Fidélio est simple. Florestan est injustement incarcéré et menacé de mort par le gouverneur de la prison Don Pizzaro. Léonore devient geôlier, sous les traits de Fidélio afin de sauver Florestan, son époux. L’opéra se situe dans une prison espagnole mais s’inspire d’un fait survenu pendant la terreur révolutionnaire.
Le metteur en scène David Bobée (né à Rouen en 1978) a une formation multidisciplinaire, utilisant dans ses spectacles la musique, la danse, la lumière, les arts plastiques. Directeur du Centre Dramatique National de Normandie- Rouen de 2013 à 2021, il dirige le Théâtre du Nord depuis l’an passé. C’est un artiste engagé, militant contre les discriminations, pour la diversité en particulier dans la culture.

Le règne de l’arbitraire

L’ouverture brève, aux accords énergiques, puissants est accompagnée d’un jeu d’ombre et de lumière. Des formes se meuvent, des montagnes se dessinent, les éléments se déchaînent alors que commence la ronde des gardiens. Le début du premier acte est sentimental : Marzelline se dispute avec Jaquino son fiancé puis chante, dans un magnifique aria, son amour pour Fidélio. La douceur de la mélodie, l’exaltation de Marzelline, la beauté de la voix d’Hélène Carpentier sont trompeuses : le décor est désolé, la scène grise cernée de blocs rocheux. Les bruits des portes qui claquent, les grincements de chaines : l’ambiance est totalement carcérale.
L’arrivée de Don Pizzaro nous précipite au cœur du drame. Rempli de haine, il annonce sa volonté d’exécuter Florestan. La voix de basse de Sébastien Holecek est incroyable, elle est puissante, profonde, impressionnante. Le chant de désespoir de Fidélio est un combat entre l’amour et la mort. Superbe aria mis en valeur par la chaude voix de Sinéad Campbell-Wallace. Bruits de portes, bruits de chaines, le premier acte se termine par la marche et le chœur des prisonniers. Ils apparaissent courbés, hagards, en loques. Lorsqu’ils tentent de grimper, telles des ombres désespérées, aux barreaux de la prison, on ne peut que penser au sort des migrants…

La victoire du bien sur le mal

Le cachot s’ouvre au début du deuxième acte. Florestan se hisse péniblement. Terrible apparition. « Gott », cet aria est un long cri, Florestan se remet à Dieu dans une plainte effrayante, il est comme crucifié. L’intensité dramatique est à son comble, le jeu de Stanilas de Barbeyrac est poignant. Fidélio lui donne avec amour un peu d’eau puis un petit morceau de pain. Mais Don Pizzaro prononce sa sentence meurtrière : long manteau gris, gants noirs, ordres claqués, la référence au nazisme est manifeste. Florestan sera sauvé par le courage de Fidélio. Les trompettes résonnent, annonçant la venue du ministre Don Fernando qui rétablira la justice. La scène s’éclaire alors, le duo entre les deux époux exprime une « joie sans nom » et se termine par une longue étreinte. Le chœur final célèbre l’amour et la liberté. Un chœur grandiose qui annonce l’Hymne à la joie, un chœur à la gloire de Léonore car « on ne louera jamais assez celle qui sauva son amour ».
Cette représentation de Fidélio a été un spectacle captivant, poignant particulièrement émouvant. L’interprétation privilégie l’intensité dramatique, la mise en scène est à la fois dépouillée et saisissante. Au-delà de la mise en valeur des idéaux de Beethoven, David Bobée et Laurence Equilbey ont crée un manifeste, un brûlot contre l’arbitraire et le totalitarisme. Un opéra totalement en phase avec l’actualité.

Visuel : ©JMC

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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