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Jean-Marie Blanchard, Directeur général chez Orchestre de Cannes « Le public est gourmand de formes plus courtes, avec plus de proximité »

Jean-Marie Blanchard, Directeur général chez Orchestre de Cannes « Le public est gourmand de formes plus courtes, avec plus de proximité »

17 mai 2022 | PAR Yaël Hirsch

Cette semaine, à Cannes, il n’y a pas que le Festival ! Devenu « orchestre national en région », l’Orchestre de Cannes est lui aussi très actif, notamment à la Bocca dans la salle des Arlucs. Alors que jeudi 19 mai des musiciens de l’orchestre dirigés par Benjamin Levy proposent un concert baroque avec un programme Vivaldi, CPE Bach et Wanhal avec un verre de vin et que deux autres concerts apéritifs sont prévus pour les 2 et 30 juin, le directeur général de l’Orchestre de Cannes, nous parle de ces formats festifs et de la manière dont l’orchestre sait se montrer accessible au grand public…

 

Comment êtes-vous arrivés à direction de l’Orchestre de Cannes ?

J’exerce les fonctions de directeur général depuis maintenant un peu plus de deux ans, ce qui correspond au temps de l’épidémie de covid. Je suis arrivé à Cannes trois mois avant le début de la crise sanitaire. Auparavant j’ai eu un itinéraire de plus de trente ans dans la musique, mais plutôt dans les maisons d’opéra, puisque j’ai été administrateur général de l’Opéra de Paris, du Grand Théâtre de Genève et l’Opéran ational de Lorraine. C’est la première fois que j’ai en charge, seul, un orchestre. Je suis venu à Cannes pour plusieurs raisons. Mais la raison principale était que je trouvais intéressant de travailler à l’évolution d’une formation qui venait d’engager peu de temps avant Benjamin Levy, un jeune chef, très différent de ses prédécesseurs, par ses goûts, par sa conception de la musique, par ses rapports au public… Et je trouvais le récit tout à fait passionnant. Je suis donc directeur général d’une structure de cinquante personnes, alors que pendant plus de cinquante ans, l’orchestre de Cannes n’avait jamais trouvé nécessaire d’avoir une direction. C’était son créateur, Philippe Binder qui assumait l’ensemble des responsabilités. C’était peut-être aussi une autre époque… L’association Orchestre national de Cannes a jugé utile de créer un poste de direction générale, a fortiori parce que nous souhaitions obtenir le label d’orchestre national en région et que c’est une condition indispensable pour être labellisé.

 

Ce titre, qui est un label officiel du ministère de la Culture, vous l’avez obtenu au début de l’année. Félicitations ! Que vous apporte-t-il ?

C’est reconnaissance de qualité, qui met en avant le talent des musiciens, aussi bien que le travail fait pour valoriser le répertoire symphonique dans sa diversité. Mais il ne faut pas se faire piéger par cette reconnaissance : elle s’adresse au travail effectué, à ce qui est maintenant derrière nous. Désormais, il y a aussi ce qu’il reste à faire. Or, pour construire l’avenir et faire évoluer l’orchestre, le label national donne un certain nombre d’impératifs, qui sont de bonnes obligations.

 

Avec les concerts apéritifs, mais aussi « Une œuvre, une heure », les formes plus courtes que les concerts traditionnels se multiplient pour l’Orchestre. Pouvez-vous nous en parler ?

En effet, le public est gourmand de nouvelles formules qui changent du concert traditionnel et permettent d’aller au-delà du côté trop formel, de sa durée qui, pour deux à trois œuvres, correspond à une grande soirée. Il s’agit d’aller au-delà de la structure classique de programmation comprenant une ouverture, un concerto, un entracte et une symphonie… Sans remettre en cause cette institution qui n’a pas changé depuis plus d’un siècle, il s’agit aujourd’hui de proposer à côté des concerts « classiques » de nouvelles formes très attractives. Tout l’hiver des formes plus courtes, avec plus de proximité ont attiré un public nombreux, dont des publics qui sont moins « mélomanes » et qui sont moins réguliers dans leur approche de la musique. Cela fonctionne très bien avec l’orchestre, qui compte dix nationalités différentes pour 37 musiciens qui ont une moyenne d’âge de 46 ans. C’est un orchestre généreux envers le public, vraiment profondément qui, avec son chef, Benjamin Levy, a vraiment l’envie de partager la musique.

 

Pouvez-vous nous parler des différentes séries de concerts qui renouvellent le genre à l’Orchestre de Cannes ?

Il y a plusieurs séries. Il y a d’abord les concerts d’une heure, le dimanche matin, où l’orchestre se consacre à une seule œuvre que son chef explique. Cette série est un succès, elle affiche complet depuis le début de la saison et je m’en réjouis, parce que nous avions parfois des inquiétudes de savoir si nous allons retrouver le public d’avant le covid, cette série du dimanche matin affiche un programme complet depuis le début de la saison.
Ensuite, nous avons une série vraiment dédiée à la musique moderne et contemporaine. Le public peut y rencontrer le compositeur et surtout l’œuvre est jouée, expliquée, puis rejouée. La musique est un art de la réminiscence. On ne peut pas nous demander d’apprécier une œuvre dans des langages très nouveaux en ne l’écoutant qu’une seule fois… La musique contemporaine à Cannes est un tout nouveau domaine et on a eu de très jolies salles, très vivantes, très à l’écoute, sur des œuvres réputées difficiles
Enfin, puis nous avons aussi une série de musiques de chambres avec des cartes blanches aux musiciens de l’orchestre qui ont carte blanche.
Et il y a également, très festifs, les concerts apéritifs …

Pouvez-vous nous en parler un peu plus de ces concerts apéritifs ?

Ce sont donc des concerts d’une heure au cours desquels, le public pourra non seulement rencontrer nos musiciens mais aussi partager un verre avec eux et notre directeur musical de manière très simple et très conviviale. Il n’y a pas de discours, ni de cérémonial, ce n’est pas un évènement mondain, c’est un évènement de partage. Pour ces concerts Benjamin Lévy a concocté des programmes très libres avec l’envie de faire découvrir, avec par exemple des œuvres de Joseph Haydn, Kurt Weill mais aussi Wojciech Kilar ou Leo Weiner. Certaines pièces sont des raretés et je me réjouis par exemple de découvrir le 2 juin la Sérénade pour petit orchestre en fa mineur de Leo Weiner.

Et pouvez-vous nous parler du Wine Truck qui accompagne l’apéro concert du 20 mai, Le raisin de vivre ?

Effectivement, nous avons lancé ce concert apéritif en nous associant à deux femmes extrêmement sympathiques, Céline et Laetitia, qui ont créé une cave ambulante dans une petite camionnette. Jeudi 20 mai, elles vont installer leur joli véhicule, quelques tables, quelques sièges devant la salle des Arlucs vers 18h, environ une heure avant le concert qui commence à 19h. Le public sera libre d’arriver un peu en avance, et de prendre un verre ou de manger un morceau et puis après le concert, certains musiciens resteront également pour boire un verre avec le public.

 

Pouvez-vous nous parler de la salle de Arlucs ?

Quand je suis arrivé à Cannes, je n’avais absolument pas pris la mesure dramatique des salles de concerts et je me suis rendu compte qu’il n’y a qu’une salle à Cannes qui a été conçue pour accueillir des concerts de musique acoustique : c’est la salle Debussy, dans le Palais du Festival. Cette salle a des qualités, elle en a d’ailleurs tant, que beaucoup de gens se l’arrachent et que nous ne l’avons que très peu. Or, je me suis rendu compte que notre salle de répétition, les Arlucs, se situait dans un quartier à l’origine beaucoup moins attractif que la Croisette mais qui est en pleine mutation : la Bocca. Le nouveau campus universitaire a ouvert à cinq minutes à pied, le cinéma a ouvert ses portes l’été dernier et nous aurons bientôt un nouveau complexe Novaldi avec notamment des écoles et un hôtel. Nous sommes donc au cœur d’un nouveau quartier avec une salle qui sonne bien, où il y a un rapport de grande proximité entre le public et les musiciens. Aux Arlucs, nous sommes chez nous et nous pouvons nous projeter, ou programmer des évènements plusieurs mois ou années en avance. Fort de tout cela, et dans l’énergie de proposer des formules de concerts un peu nouvelles, nous avons décidé d’utiliser au maximum cette salle des Arlucs, où la ville de Cannes a accepté de faire des travaux d’amélioration acoustique jusqu’à en faire la meilleure salle de Cannes. Des travaux sont également prévus pour la climatisation et l’éclairage. Ainsi, nous devons inaugurer cette salle rénovée en octobre.

 

Pour la saison prochaine, la forme courte est donc au programme ?

Tout à fait, même si évidemment le concert classique ne sera pas abandonné, nous allons continuer de proposer des formes plus courtes. Nous conserverons les divers formats de cette année et nous allons également lancer une nouvelle série, mais je ne vous en dis pas plus, ce sera une surprise…

 

Jean-Marie Blanchard © Yannick Perrin / ONC.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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