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Armide de Lully :enchantement au Théâtre des Champs Elysées

Armide de Lully :enchantement au Théâtre des Champs Elysées

03 avril 2019 | PAR Yuliya Tsutserova

« C’est l’amour qui retient dans ses chaînes mille oiseaux qu’en nos bois nuits et jours on entend ; si l’amour ne causait que des peines, les oiseaux amoureux ne chanteraient pas tant… » qui nous présente ce mois d’avril le Théâtre des Champs-Elysées dans une version dirigée par Hervé Niquet avec le Concert Spirituel...

 

Tout le charme langoureux et la légèreté du coeur de ce « doux esclavage » d’amour – auquel se livrent Armide, « de mille amants maîtresse souveraine » et la « maîtresse de son cœur », et Renaud, ce « superbe vainqueur » – est à notre portée dans la reddition en même temps passionnée et soutenue de la fameuse Passacaille de J. B. Lully, « Les plaisirs ont choisi pour asile… ». La soprano Katherine Watson l’infuse avec toute la fraîcheur, aux côtés d’un Reinoud Van Mechelen un brin pincé et d’une Véronique Gens techniquement impressionnante mais froide.

Armide, c’est la liberté d’un jardin à l’anglaise et le chœur du Concert Spirituel l’abrite dans des ruissèlements et des bruissements les plus éthérés et salubres. Devant cette promesse de réconciliation rédemptrice s’agenouille la fierté et s’attendrit la vaillance, et l’on se permet un bref instant de s’affranchir de la froideur du cœur et de ralentir dans la poursuite de la gloire. C’est une grâce irrésistible au nom de laquelle l’on publie certaines errances de l’orchestre.

L’on est touché à vif par l’épuisement profond du combat de Renaud exilé dans la Scène III de l’Acte II, où Van Mechelen laisse échapper un soupir d’un Sehnsucht le plus innocent et vulnérable – « Non, je ne puis quitter des rivages si beaux… » – et dans la Scène IV de l’Acte V, d’une doute timide – « Non, la gloire n’ordonne pas qu’un grand cœur soit impitoyable »… Et Véronique Gens se laisse emporter par l’ardeur du choeur vers la fin de la Scène IV de l’Acte I dans « Poursuivons jusqu’au trépas l’ennemi qui nous offense… ! ».

Dans l’intervalle, nous nous confions à la sagesse mesurée et aisée (et à la texture délicieusement granuleuse et arrondie) du baryton de Tassis Christoyannis en Hidraot et en La Haine, dans son souci toujours fidèle pour la paix du cœur réticent et furtif Armide. La suite de La Haine tempère prudemment la tension dans son intervention riante-pleurante de « Plus on connaît l’amour, et plus on le déteste ». En Lucinde, le soprano Chantal Santon-Jeffery donne un premier avant-goût d’harmonie idyllique dans la Scène II de l’Acte IV, « Voici la charmante retraite… » : sa performance est un mélange parfaitement équilibré du jeu, de l’indolence, encore étrangère à l’alarme aigre-douce que trahissent les dernières notes de la Passacaille. Et les jeunes compagnons de Renaud ? La gamme supérieure de la voix de Zachary Wilder en Chevalier danois apporte de la lumière sereine et droite, pendant que Philippe-Nicolas Martin oscille entre Aronte et Ubalde. La Passacaille, le chœur, et Katherine Wilson font la splendeur de cette production et repaissent le désir d’un rêve amoureux « non moins vrai pour être illusoire ».

visuel : Véronique Gens (c) Sandrine Expilly

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Yuliya Tsutserova

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