Opéra
Une « Armide » flamboyante à la Philharmonie

Une « Armide » flamboyante à la Philharmonie

09 novembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Auteurs de l’enregistrement d’anthologie de l’opéra de Gluck, Armide en 1999 (Deutsche Grammophon), Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre redonnent cette oeuvre flamboyante qui fait la liaison entre Lully et Saint-Saens avec de jeunes voix exceptionnelles. Après une version mise en scène par Ivan Alexandre à l’Opéra de Vienne le mois dernier et un passage version concert par l’Opéra National de Bordeaux, nouveau fief de Minkowski, c’est à la Philharmonie que les amours tumultueuses de Armide et Renaud sont venus combler une salle pleine à craquer.

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Damas et dès 1777 une femme fatale. L’Armide de Gluck est moins connue que son Orphée, son Alceste ou son Iphigénie. Et pourtant, c’est là que le compositeur Allemand assure la continuité très française entre la musique de Versailles et les grandes héroïnes romantiques de l’Opéra Garnier. Gluck est donc passeur, avant-garde et un peu devin dans cette oeuvre tardive et fascinante, en reprenant un livret écrit par Philippe Quinault pour Lully (qui l’a mis en musique). Il  bâtit un vrai « jardin à le française » (5 actes, 5 scènes par acte) où certaines fulgurances instrumentales pointent déjà vers Mozart et le romantisme. Exhumant ce bijou peu entendu, Minkowski, ses Musiciens du Louvre et les excellents Choeurs de l’Opéra de Bordeaux, ont ravi hier soir une salle de baroqueux passionnés, un peu consolés après avoir vu leur répertoire favori délaissé ces dernières années.

Et malgré une version concert, l’opéra d’une longueur conséquente est passé comme un charme et une catharsis. L’on a souffert en amis avec Armide la séductrice qui lutte contre l’amour pour Renaud le croisé et finit pas se laisser consumer, au lieu de se venger. Avec une mise en espace pleine de sens, les chanteurs circulant et parfois se frayant un passage à travers l’orchestre comme les personnages à travers leurs sentiments. C’était un festin de musique : Vifs, emportés, jouant à saturations de cordes et capables de donner parfois des accents romantiques aux intermèdes musicaux, les Musiciens du Louvre nous ont ensorcelés plus sûrement que la belle Armide. Et pourtant, côté voix, les jeunes et beaux chanteurs de Minkoswki ont de quoi nous hypnotiser. Flamboyante, grande, en rouge, avec une voix d’une puissance déroutante, Gaëlle Arquez impressionne et pour le final « Le perfide Renaud », elle a presque dû se réfugier au fond de la scène centrale de la Philharmonie pour tempérer l’éclat de sa voix. Son duo final avec Stanislas De Barbeyrac en Renaud sur le départ est un moment de pure beauté. Mais avant, l’appel de la Haine (Aurélia Legay, excellente!) du 3e acte et les mirages des deux compagnons de Renaud séduits aussi dans le désert du 4e acte, ont été des moments de grâce en apesanteur. Après trois heures de grande musique – et aussi de jeu d’acteurs convaincants- le public est sorti transporté de cet Opéra à la fois tellement baroque et tellement présent, avec assez d’énergie et de concentration sur la lutte intime contre les sentiments les plus violents pour faire face à une Nuit politique et Américaine encore plus terrible que les affres de l’amour.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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