Musique

CD/ Janet Jackson, The Best : une rétrospective sur 25 ans de carrière

27 novembre 2009 | PAR Mikaël Faujour

Quatorze ans après sa première compilation best-of, paraissait The Best, voici quelques jours. Ou la rétrospective en hits de la carrière de l’une des pionnières du R&B contemporain et l’une des meilleures artistes pop américaines.

Née en 1966, Janet partait avec un handicap pour faire carrière dans la musique. Cadette de la plus célèbre famille du music business américain, il lui a fallu batailler pour imposer son nom tandis que son nom était presque trop lourd – surtout à ses débuts en 1982. Plus veinarde et, surtout, certainement plus futée que son aînée La Toya, Janet a su imposer sur la durée son prénom et sa marque à la pop US. Le double best-of tout simplement intitulé The Best retrace (presque) toute sa carrière, écartant ses deux premiers albums et débutant avec Control (1986), premier pour lequel elle a tenu une démarche active allant au-delà de la seule interprétation.

Les premiers morceaux de la compil’ replongent dans le son synthétique et syncopé – dont il faut bien dire qu’il est très daté – du mitan des années 1980, sous la houlette de la paire Jimmy Jam/Terry Lewis, qui serait responsable plus tard du succès de TLC, Boyz II Men, Mariah Carey ou encore Mary J. Blige… Le duo apporte sa touche, combinant R&B et sonorités synthétiques – et propulsant Janet Jackson, à peine 20 ans, au sommet du classement US.


R&B moderne au son presque préhistorique (« Control », surtout, conserve un charme et un allant inaltéré) rapporté aux évolutions et modes sans cesse renouvelés du genre, le début du best-of rappelle l’émergence de Janet Jackson comme artiste prééminente de la scène dance/R&B US. Control se classa n°1 aux Etats-Unis, succès qui n’était pas dérisoire après 2 fours commerciaux & critiques… et, surtout, 4 ans après l’immortel chef d’œuvre de son frère Michael, Thriller.

S’ensuivent alors les albums et singles N°1, le succès critique étant égal d’album en album. Peu à peu, le son de la paire Jam/Lewis s’assouplit, s’étoffe. En 1989, Rhythm Nation 1814, album classe et sexy, puis la tournée mondiale de 9 mois confirment Janet comme une popstar complète : des chansons ciselées & dansantes, des chorégraphies précises, une ambition artistique sûre et le goût des expériences, à l’image du « Black Cat » à la guitare hard rock de Nuno Bettencourt (Extreme).

Et, avec seulement 2 nouveaux albums, la chanteuse traverse la décennie sans anicroche, plaçant aux sommets des classements des singles impeccables comme « Whoops Now », « Got ’til It’s Gone », « Together Again » ou encore « If » (qui reste un excellent morceau R&B plus de 15 ans après).

En 1993, le sobrement intitulé janet. l’autorise à se rasseoir sur le trône de la pop mondiale, aux avant-postes de la tendance R&B qui déferlera bientôt (TLC, Aaliyah, Destiny’s Child…). Puis, en 1997 l’époustouflant The Velvet Rope (dont on peut déplorer que le génial morceau-titre n’apparaisse pas dans cette compil’… qui est surtout un greatest hits). Il montre une artiste au sommet, qui non seulement ne se laisse pas dépasser par la vague de sucre émergente du R&B – qui dominera la décennie suivante – mais la place comme une des meilleures du genre.

Artiste qui sait s’entourer (notamment de la paire Jam/Lewis qui la suivra durant presque toute sa carrière), Janet Jackson attire la collaboration d’artistes aussi réputés et divers que Luther Vandross, Chuck D (Public Enemy), Q-Tip (A Tribe Called Quest), Joni Mitchell, Busta Rhymes, Nelly ou les producteurs Babyface, Darkchild, Kanye West ou Jermaine Dupri. Évidemment, très proche de son génie de frère Michael, elle ne pouvait éviter un duo, qui reste un des moments marquants de la pop 90s : « Scream » (voir ci-dessous), notamment en raison de son clip de plus de 6 millions de dollars, qui est alors le nouveau record en la matière.

Il est question, évidemment, de chiffres : de N°1, de ventes massives, de tournées mondiales, etc. Mais que cela ne soit pas trompeur : le caractère fouillé de sa musique, ses élans introspectifs parfois (The Velvet Rope, aux relents lounge), sa capacité à éviter – longtemps – les écueils de la ballade sucrée qui donne des caries aux oreilles (salutations à Mariah Carie et Whitney Houston) l’honorent et en font une artiste pop/R&B mainstream au-delà de la nuée.

La décennie 2000 aura été plus difficile pour Janet, malgré quelques hits, notamment « All For You ». La vague R&B, dont elle a été précurseur, la dépasse. Pourtant, un album comme All For You (2001) est au minimum du même niveau que la juvénile concurrence, avec des morceaux comme « Someone to Call My Lover ». L’incident du nichon soudain dévoilé lors du duo avec Justin Timberlake au Superbowl 2004 (« Nipplegate ») qui choqua l’Amérique puritaine nous la rend d’autant plus sympathique.

Mais musicalement, la fin de la décennie voit Janet chercher un nouveau souffle, une nouvelle jeunesse, comme le révèle le titre 20 Y.O. (« 20 ans »), paru en 2006, ou un titre comme « Feedback » 2008, au demeurant excellent, dans lequel la chanteuse s’acoquine à Darkchild (Beyoncé, Brandy, Michael Jackson…) et aux sonorités électroniques futuristes. La compilation s’achève d’ailleurs avec un inédit, également produit par Darkchild, « Make Me », sorte d’electro funky, qui laisse espérer le meilleur, qui frappe par son clin d’œil à Michael Jackson et sa citation de « Don’t Stop ’til You Get Enough ».

Les amateurs de dance et de musiques urbaines trouveront leur compte avec ce généreux double album de 35 (!) titres, qui donne un aperçu global sur près d’un quart de siècle de la carrière de cette excellente artiste pop. Chaudement recommandable, avant de replonger dans les classiques janet. et The Velvet Rope.

Janet Jackson, The Best, A&M/Universal, 2009.

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Mikaël Faujour