Musique

A la découverte du néo-grunge viscéral de Navel

24 novembre 2009 | PAR Mikaël Faujour

Sorti le 9 novembre, le premier album des Suisses de Navel, intitulé Frozen Souls, révèle un trio à l’esprit grunge, aux compositions accrocheuses. Il jouera au Point Éphémère le 24 novembre.

La Suisse est plus sûrement le pays du chocolat et des expatriés fiscaux que du rock. On connaît bien sûr Stephan Eicher ou les Young Gods, un peu moins Celtic Frost ou Samael. Quoi qu’il en soit, quelques noms épars –au demeurant, excellents artistes – ne contreviennent pas à l’idée que la Confédération helvétique n’est pas réputée pour sa scène rock… ce qui en rend tout surgissement électrique d’autant plus digne d’intérêt.

Navel est donc un trio venu de Bâle. Mais c’est moins le calme des montagnes ou le tictac réglé des montres suisses (laissez-moi me vautrer dans les clichés sur la Suisse, svp) qu’évoque Frozen Souls qu’un son américain du début des 90s. Compositions ramassées aux refrains enlevés, giclées noisy, sensibilité mélodique et riffs saignants : le rock de Navel fait plaisir à entendre car il est tripal, sans pose, sans jeter aux orties le sens de la nuance ou des variations.

On pense à toute la crème du rock alternatif américain. Le morceau-titre, qui ouvre l’album, avec sa slide, rappelle « Loser » de Beck, puis un rock lourd aux accents sudistes. Une entrée en matière qui annonce un groupe capable de modulations, ce que le reste de l’album confirme. « Love Trap » est un morceau remarquable, combinant le groove dynamique de Corrosion of Conformity et l’influence de Nirvana (harmonies vocales à la Grohl/Cobain ; même rage électrique et même goût du larsen) voire Sonic Youth. Sur « So Much Left to Say » ou sur « No Name No. 12 », décharges primales de moins de 2mn, Navel fait penser au Nirvana le plus féroce, celui de « tourette’s », « Milk It » ou « School ». Le metal cinglant de « For a While » convoque la lourdeur chthonienne des Melvins, pour un morceau particulièrement réussi. Ailleurs, sur « Out of My Way », c’est la bassiste – qui a depuis quitté le groupe – qui prend le micro et fait furieusement penser à Courtney Love.

Citons aussi les très bons « Keep Me Dry » (single aux réminiscences chokeboresques) ou « Is It You », « Vomiting » qui cite presque le « 1970 » des Stooges, ou l’excellente conclusion « No Harm », qui souffle le chaud et le froid, entre Mogwai et Sonic Youth (une outro façon nyc ghosts & flowers). Si quelques morceaux s’imposent plus que d’autres, Frozen Souls est dans son ensemble un album très accrocheur. Les amateurs du rock alternatif US du tournant des 90s y trouveront leur compte, car Navel ne se contente pas de servile citation, mais sait écrire de vraies bonnes chansons.

Il y a fort à parier que Navel – qui a déjà joué en première partie des Eagles of Death Metal, de Sonic Youth, des Queens of the Stone Age ou Wolfmother – est déjà bien aguerri à la scène. Il sera de passage au Point Éphémère – dont les programmateurs ne cessent de prouver qu’ils ont le nez creux. Rendez-vous est donné le 24 novembre à tous les amateurs de rock viscéral. Chaudement recommandé.

Navel, Frozen Souls, Roadrunner, 2009
Concert au Point Éphémère, 24 novembre
MySpace du groupe

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Mikaël Faujour

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