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Oscar Strasnoy : C’est l’ambiance qui se dégage d’une œuvre qui rend son adaptation possible

Oscar Strasnoy : C’est l’ambiance qui se dégage d’une œuvre qui rend son adaptation possible

26 janvier 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

Le festival de création musicale présences 2012 s’est clos ce week-end après nous avoir offert pas moins de 14 concerts consacrés aux compositions et à l’univers du jeune compositeur argentin Oscars Strasnoy. Rencontre avec ce jeune compositeur qui nous livre ici ces impressions et nous éclaire sur sa musique.

Pour voir notre chronique de l’ouverture du Festival Présences, c’est ici.

Et lire notre portrait d’Oscar Strasnoy, c’est là.

Comment s’est passé le festival de votre point de vue ? N’est-ce pas un peu déroutant d’entendre la majeure partie de votre travail en si peu de temps?
Il est vrai que c’est assez étrange d’entendre toutes ces pièces. D’autant qu’elles datent d’époques différentes, certaines ont été écrites il y a 15 ans, d’autres étaient plus récentes (puisque je les ai créées pour le festival) et je les ai découvertes en même temps que le public. Mais c’était une très bonne expérience, très intense, j’étais vraiment pris dans une sorte de tourbillon.

Dans votre musique vous attachez une importance particulière aux références extra-musicales notamment littéraires et cinématographiques. Est-il important pour vous d’établir des correspondances entre les arts  ?
Oui, j’ai du mal à imaginer et même supporter la musique « pure », il me faut toujours une idée, voire un programme pour commencer, y compris pour la musique instrumentale d’ailleurs. D’autre part cela m’intéresse beaucoup de travailler avec d’autres personne ou à partir du travail d’un autre. C’est une pratique moins solitaire et plus riche selon moi et le résultat peut-être compris par une plus grande majorité de personnes. C’est moins élitiste, cela permet de créer des œuvres qui ne sont pas réservées qu’aux experts mélomanes.

La théâtralité caractérise votre écriture : d’où cela vous vient-il ? Avez-vous une passion particulière pour le théâtre ou cela vient-il d’une réflexion sur la musique ?
J’aime le théâtre oui, mais je suis surtout passionné par l’opéra. Je crois que ma musique a cette caractéristique en elle-même, même lorsqu’il ne s’agit pas de théâtre musical. Je pense que c’est intrinsèque à ma personnalité.

Y-a-t-il un auteur en particulier que vous aimeriez mettre en musique ?
On peut beaucoup aimer un auteur mais ne pas être capable forcément de le mettre en musique tellement il est littéraire. J’aime beaucoup Borges et Céline par exemple, mais je serais incapable de les mettre en musique. Par contre je vais faire un opéra sur un roman de Faulkner.

Quelles sont les qualités requises pour qu’une œuvre soit mise en musique ?
C’est l’ambiance qui se dégage d’une œuvre qui rend son adaptation possible. Il faut un texte qui contienne des images très claires, qui peuvent servir l’action musicale opérative. La clarté de l’action est importante. Les situations de huis-clos sont par exemple idéales pour l’opéra. L’action se situe dans un lieu unique bien défini et les personnages sont souvent réduits au minimum. Les tiraillement et sentiments intérieurs sont exacerbés et cela se prête vraiment très bien au théâtre musical. Personnellement, je serais incapable de faire un opéra sur un texte biographique ou des grands épisodes de bataille par exemple.

Vous accordez aussi une place particulière à la musique vocale, vous composez beaucoup d’opéra, on a même pu entendre une opérette a capella. Qu’est-ce qui vous attire ?  Est-ce l’instrument qu’est la voix ou la possibilité de jouer sur différents modes d’énonciations ?
L’avantage de la voix c’est qu’elle véhicule texte et musique en même temps, cela permet de créer un réel discours musical, et encore une fois cela permet de créer des œuvres compréhensives du plus grand nombre. Et puis j’aime la musique vocale en général, j’aime beaucoup les chanteurs, la nudité du chanteur m’intéresse. Contrairement aux musiciens, le chanteur n’a rien pour se cacher.

Autre trait caractéristique de votre musique :  l’humour. C’est quelque chose qui a été très largement souligné lors du festival. Est-ce une façon de dépoussiérer la musique contemporaine, d’essayer de casser un peu les codes, les dogmes ?
Non, tout comme pour la théâtralité je pense que c’est une caractéristique personnelle. Mais la grande majorité de mes œuvres ne sont pas selon moi des œuvres qui font rire. Certaines amènent certes un sourire mais ce n’est vraiment pas la majorité. C’est un a priori j’ai l’impression. Toutefois, j’aime les textes ironiques et cyniques et j’essaie évidemment de faire en sorte que la musique ne trahisse pas trop le texte. Mais sur les opéras que j’ai créés, par exemple, tous n’ont pas cette caractéristique.

Votre musique semble aussi être un espace de réflexion, Sum par exemple est une pièce qui dialogue avec la musique elle-même, avec la symphonie. On a presque derrière une dimension philosophique. Est-ce essentiel pour vous de créer un œuvre qui ne fasse pas que narrer une histoire ou peindre des images mais qui porte une véritable dimension réflexive ?
Oui cela me semble important d’attaquer certains sujets par différents angles parfois en utilisant d’autres musiques. Mais ce n’est pas systématique, j’aime parfois m’interroger. Sum interroge en effet la forme symphonique et fait des références, cite d’autres pièces. Mais encore une fois ce n’est pas le cas de toutes mes œuvres.

Vous mélangez beaucoup les genres les styles, les arts, les références… Qu’est qui  donne une unité à votre travail ? Quel est votre « fil conducteur » ?
Le fil conducteur c’est moi. Ma musique c’est ma personnalité, elle peut paraître un peu disparate mais moi je vois les points communs et les correspondances. Au contraire, même, je trouve que je me répète souvent.

Ce festival est aussi une rencontre avec le public, avec des artistes mais aussi avec la critique. Comment avez-vous vécu cela ? Certaines critiques vous ont-elles amené à remettre en question votre musique par moment ?
La critique la plus importante pour moi est celle de mes collègues, celle de mes pairs, musiciens ou compositeurs, et le public évidemment. Je ne lis pas les critiques journalistiques. Le problème avec la critique c’est qu’on ne sait pas qui les écrit. Les critiques n’ont bien souvent aucune pratique de la musique. Ils analysent celle-ci comme les procédés d’écriture.  Certains sont de fins mélomanes, mais cela reste souvent très élitiste. Non vraiment le plus important pour moi c’est la critique de mes pairs et le ressenti de ceux qui interprètent mes œuvres.

Quels sont vos projets maintenant ? Est-ce que vous sortez de ce festival avec de nouvelles inspirations ?
Mon emploi du temps est déjà bien rempli : je vais notamment créer un opéra pour Bordeaux, j’ai un projet musical avec musica13, avec l’opéra de Montpellier, et celui de Buenos aires, non vraiment je n’ai pas de quoi m’ennuyer.

Vous pouvez écouter tous les concerts du festival et découvrir Oscar Strasnoy sur le site de France musique disponible pendant encore un mois.

Photo : © Guy Vivien

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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