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Mélancolie et méditation au Théâtre des Champs Elysées : Le Quatuor Belcea interprète les Quatuors n°6 et n°15 de Beethoven

Mélancolie et méditation au Théâtre des Champs Elysées : Le Quatuor Belcea interprète les Quatuors n°6 et n°15 de Beethoven

10 décembre 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

2020 sera l’année Beethoven, l’année du 250ème anniversaire de sa naissance. Pour cette occasion, produit par Jeanine Roze, le Quatuor Belcea interprète l’intégrale des quatuors à cordes de Beethoven, en six concerts successifs au théâtre des Champs Elysées, le dimanche matin. Le concert du 8 Décembre était le troisième.

Corina Belcea, violoniste née en 1975 en Roumanie, a fondé le quatuor Belcea en 1994 alors qu’elle étudiait au « Royal Collège of Music » à Londres. Depuis le quatuor Belcea a eu une riche carrière internationale, il se produit dans une centaine de concerts chaque année. Ce jour il interprète deux quatuors de Beethoven, le n°6 opus 18 et le n° 15 opus 132. Le quatuor n° 6 a été composé en 1799 et 1800, il est contemporain de la sonate pour piano « la Pathétique » et de la première symphonie. C’est une période heureuse pour le compositeur, encore jeune, même s’il ressent déjà les prémices de sa surdité. L’allégro initial est joyeux, énergique, délicat. L’adagio est très mélodieux, d’une grande douceur. Le chant du violon, le dialogue des instruments sont mis en valeur par l’interprétation toute en délicatesse et en sensibilité des quatre musiciens. Le scherzo est rapide, dansant, syncopé avec des accents marqués et des dissonances. Le final est le plus célèbre, il annonce le romantisme, tout en contraste les parties rapides alternant avec les périodes lentes appelées « Malincolia ». Elles s’ouvrent comme des blessures dans le cœur de l’œuvre. Les notes sont comme suspendues, le son des cordes s’étire douloureusement dans ce final innovateur et très émouvant.

Le Quatuor n°15 a été composé en 1824-25. C’est une œuvre tardive du compositeur, quasi-contemporaine de la neuvième symphonie et de la messe solennelle. Beethoven se relevait alors d’une grave maladie et souffrait d’une surdité totale .Le quatuor est en cinq parties. Le premier mouvement « Assai Sostenuto » est rapide, énergique, vigoureux, le deuxième plus expressif et mélodieux. L’adagio central est « le chant d’action de grâce d’un convalescent à la divinité ». Beethoven y exprime sa souffrance …et son génie. Ce mouvement est considéré comme un des sommets de son art. La musique est très lente, pure, envoutante. C’est une action de grâce. Les notes sont murmurées, suspendues. L’auditeur est comme transporté dans une cathédrale. L’étirement du jeu des cordes évoque une musique d’orgue. Ces périodes très lentes alternent avec des moments de détente, la musique devient plus légère presque joyeuse comme si après cette prière poignante la vie pouvait renaitre. Les deux derniers mouvements sont remplis d’énergie de virtuosité et de modernité avec des rythmes volontiers syncopés et de fréquentes dissonances.

Le quatuor Belcéa a magnifiquement interprété ces deux oeuvres de Beethoven avec énergie et délicatesse, virtuosité et sensibilité. Les prochains rendez vous avec le Quatuor Belcéa et les quatuors à cordes de Beethoven sont programmés, toujours le dimanche matin : les 19 janvier, 9 février et le 5 Avril 2020.

(c) Marco Borggreve

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Jean-Marie Chamouard

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