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Edito : Naked is more, la nudité comme réponse à la crise

Edito : Naked is more, la nudité comme réponse à la crise

29 septembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Alors que l’automne vient de frapper à nos portes, qu’il s’accompagne d’une fatigue déjà accumulée du long mois de reprise et des perspectives inquiétantes en termes de croissance et d’emploi, Toute la Culture vous propose de repasser en mode « Sea, sex and sun » et de quitter vos vêtements.

En fait cette idée saugrenue de se mettre à nu quand octobre approche n’est pas tellement le fait de la rédaction; ça ne vous à peut-être pas encore frappé, mais avec la crise, le dépouillement est vraiment tendance. En tout cas dans les divers domaines de la culture : Cinéma, Théâtre, Danse, Littérature, mode… nous avons bel et bien entendu l’appel de la tenue d’Adam (et Ève). De la peau, nous avons bien sûr l’habitude d’en voir sur scène, entre les lignes, sur les panneaux publicitaires ou en gros plan sur le grand écran. Mais, jusqu’à il y a quelques mois, cette nudité jouait la partition de l’esthétique du choc. Volontiers exhibition, violence, provocation, elle sous-entendait assez souvent une contestation de l’ordre des choses et une volonté de rompre cet ordre. Ou alors, exprimant une vision désenchantée du monde, elle objectivait le corps pour en faire une arme de vente et de soumission. Aussi divers soient une performance aux nus électriques et une pub béate de porno-chic, elles plaçaient toutes deux le corps dans un rapport de forces.

La fin de l’année 2011 est marquée par « Shame » de Steve McQueen, où l’anatomie noueuse de Michael Fassbender, la perte de sens dans les sens de son personnage perdu dans les artifices d’un Manhattan sublimé, illustrait les plus pures théories de l’aliénation freudo-marxistes. Celle de l’année 2012 voit Lætitia Casta se promener tranquillement sans culotte au réveil dans le dernier film d’Yvan Attal, « Do not Disturb » et c’est sympathique. Pas érotique, pas revendicateur, juste agréable et confortable. Un nu Positif. En danse, le strip-tease aux bords de la crise d’épilepsie laisse toute la place à un nu destiné à accentuer la tendresse, aussi bien chez Yves-Noël Genod, que chez Dave Saint-Pierre ou François Chaignaud. Même sur les podiums, en cette fashion-week parisienne animée, on assiste à la fin du règne de l’œil charbonneux et de la pommette sculptée, éclipsés par un retour à peine relevé d’une touche de gloss de la tendance « nude ». Enfin, les publicités d’aujourd’hui laissent de côté l’attrait du corps pour mettre en avant son intégrité ; sans pour autant oublier d’établir la liste des priorités, avec en n°1, la santé.

Dans cette optique, l’homme est montré dans son simple appareil, tout bêtement. Et la femme aussi, pour le plus grand soulagement de certains défenseurs de l’égalité des sexes ulcérés par la dent dure des clichés lascifs; parfaitement nue mais pas nécessairement objet de désir, naturelle et maîtresse de son corps, la femme du nu positif est, et n’a même pas besoin de faire une moue forcée. Du coup Cette exposition sans exhibition renoue avec une tradition majeure du 20ème siècle, dont ce dossier éclaire certains moments, en cinéma, avec un focus sur l’œuvre rayonnante de Jane Campion, en littérature et dans l’art des 30 dernières années. Le « Rainbow gathering » est encore rugissant et le  nu positif de 2012 rejoint un certain esprit hippie. Et le théâtre et la musique sont aujourd’hui également marqués par cette tendance du nu positif qui lui permet un retour à une certaine liberté originelle.

S’il faut vivre dépouillé, vivons heureux… Tout se passe donc, comme si, face à la crise économique, dans un contexte où la conscience de la rareté des ressources s’est accrue, les artistes et les médias nous proposaient une ligne de conduite éthique et esthétique où les parures ne sont que masque. Dans un esprit qui va du naturel au bonhomme, cette tendance du nu bien dans sa peau est un véritable source de bien-être. C’est donc sourire aux lèvres que nous vous proposons d’écouter ce week-end notre playlist « A poil ». Un sélection 100% découverte et kitsch pour égayer encore cette joyeuse philosophie du « Less is more ».

Bon week-end à tous et n’attrapez pas froid pour autant!

La Rédaction.

photo : © Dominique Issermann pour l’exposition « Latitia Casta » présentée à la MEP au printemps dernier (voir notre critique)

Rainbow Gathering et hippies : Quand la nudité se fait amour de la vie
43, rue du vieux-cimetière de Kate & M.Sarah Klise
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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