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Rainbow Gathering et hippies : Quand la nudité se fait amour de la vie

Rainbow Gathering et hippies : Quand la nudité se fait amour de la vie

29 septembre 2012 | PAR Sarah Barry

Dans le cadre de notre dossier consacré au « nu positif », il était difficile d’oublier ceux qui depuis plusieurs décennies déjà, se montrent en costumes d’Adam et d’Eve lors de rassemblements où les tabous religieux, les enjeux politiques, les préoccupations sexuelles et l’embarras moral n’ont pas de prise. Si depuis les années 1960 on parle de hippies, il faut aujourd’hui élargir notre regard au-delà du cliché et de ce mouvement de contre-culture fait d’amour libre, de rejet de la guerre et de psychédélisme. Les Rainbow Gathering (rassemblements arc-en-ciel) attirent les hippies d’aujourd’hui mais aussi toutes sortes de gens désireux de faire une expérience particulière, éloignée de celle de la société moderne. Et l’alcool et les drogues y sont déconseillés. Amour, nature, liberté, paix sont toujours au cœur de l’intention, mais prennent un sens nouveau tandis que l’histoire avance. Il en va de même pour le rapport à la nudité.

Ces rendez-vous sont en quelque sorte orchestrés par ce que les participants appellent la « Rainbow Family » ; dans une mouvance alternative, cette « non-organisation » qui ne se reconnaît aucun chef, aucun porte-parole, rien qui soit désigné ou structuré, se contente de prôner l’amour et la paix sur terre. Formée en 1972 à l’occasion du premier Rainbow Gathering, la Rainbow Family reste marquée par un refus des lois de la société de consommation, une excrétion de la violence et un désir de célébrer la diversité et l’échange. Mais les débats autour de l’environnement, de la bio-culture, du commerce, de la technologie y prennent un sens nouveau, tandis que le monde s’inquiète de plus en plus de l’avenir de la planète, qu’il remet en cause le système capitaliste, qu’il vit dans l’angoisse du matérialisme et du progrès comme perversion de la nature (OGM, clônage, etc.). C’est ainsi que certains esprits ouverts tentent l’expérience de la vie en communauté en pleine nature, sans électricité, sans eau courante, sans téléphones portables, sans engins électroniques, bref dans un confort très précaire mais qui rappelle à l’homme ses origines et son statut d’animal.

Et les animaux d’ailleurs, à moins d’être les peluches prisonnières de femmes dégénérées, ne portent pas de vêtements. Nous avons pris contact avec des participants plus ou moins assidus des rainbows et évoqué avec eux la question de la nudité. Pour les vrais adeptes de ce mélange naturisme/vie sauvage, les motivations sont multiples et se manifestent plutôt comme des impulsions naturelles que comme des attitudes méditées : d’abord cette idée selon laquelle nous sommes tous venus au monde dans le plus simple appareil et que rien ne saurait être plus naturel que la nudité ; on s’en trouve ainsi dans un état de communion réelle avec la nature ; ensuite interviennent des considérations écologiques, puisque vivre nu réduit la quantité de vêtements à laver ; viennent également sur le tapis les questions d’hygiène, le corps étant ainsi mieux aéré, libéré de toute entrave. Il s’agit également de pur confort, et c’est là que les pratiquants moins convaincus du naturisme rejoignent le mouvement : quand le groupe se rend à la rivière pour se baigner ou pour prendre le soleil, rien ne vaut mieux qu’être complètement nu, et personne n’aurait l’idée de sortir un maillot de bain.

Car la nudité deviendrait alors un synonyme de liberté, d’échange franc et total. N’existerait alors plus aucune barrière entre les personnes, toutes se retrouveraient à égalité. Aucune marque prestigieuse, aucune matière hors de prix, aucun élément matériel pour marquer sa différence. Les déshabillés du rainbow se fichent du regard d’autrui, ils n’ont rien à cacher. On ne se promène pas forcément nu toute la journée et dans chaque activité, le phénomène se montre moins extrême que dans les camps de nudistes, d’autant qu’il ne concerne qu’une minorité des participants. Certains portent des colliers, arborent des peintures corporelles et des tatouages. Des jeunes femmes dansent seins nus devant le feu le soir, sans qu’il n’y ait là une quelconque intention de séduire. En gros, il n’existe pas de ligne de conduite. Tolérance et respect sont les seules règles. C’est le nu décomplexé dans toute sa splendeur.

Évoquons pour finir un exemple de revendication parmi les différents prolongements que connaissent les phénomènes de « naturismes hippies ». Il s’agit des marches végétariennes nues, qui utilisent la nudité comme symbole de protestation contre la consommation d’animaux par l’homme. Ici, être nu signifie être fragile, désarmé. La première marche végétarienne nue en France a eu lieu le 14 juillet 2003 à Toulouse, en contraste du défilé militaire de la fête nationale. Se montrer nu impliquerait alors un geste d’expression de soi, de remise en question et d’exaltation de la vie, celle de l’homme et de tout autre animal.

Alors tenez-vous-le pour dit : vivre nu, c’est être un amoureux de la vie !

 

Visuels :

– A la une : (c) media.photobucket.com

– Photo 1 : (c) végétariens nus.free

Les corps nus dansent et performent, et bien souriez maintenant !
Edito : Naked is more, la nudité comme réponse à la crise
Sarah Barry

One thought on “Rainbow Gathering et hippies : Quand la nudité se fait amour de la vie”

Commentaire(s)

  • Dupont

    Ah! ça me plairait beaucoup, de m’intégrer à une communauté, naturiste, dans le respect mutuel, sans religion, sans secte, ou le végétarien, végétalien, et viandar, pourraient cohabiter sans se déchirer….
    A bentôt?

    août 12, 2016 at 13 h 33 min

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