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[Carnet de Voyage] Tel-Aviv, un terrain de jeu éclatant pour la fête de Pourim

[Carnet de Voyage] Tel-Aviv, un terrain de jeu éclatant pour la fête de Pourim

11 mars 2015 | PAR Yaël Hirsch

Tel-Aviv, littéralement « Colline du printemps » déployait des couleurs et un soleil estivaux pour la fête juive de Pourim, dès le début du mois de mars. Soleil, mer, architecture, Histoire, costumes et nightlife aussi pointue que festive sont les ingrédients magiques d’une métropole en recomposition constante. Dans ce contexte de culture et de fête, les costumes traditionnels (et moins traditionnels!) de la fête juive de Pourim habillaient les rues de la ville de mille couleurs fascinantes. Alors que se profile la prochaine grande fête qui animera le pays du 3 au 11 avril, Pessah (La pâque juive et fête de la liberté) Pourim était l’occasion de faire le point sur l’action, les merveilles et les divertissements que Tel-Aviv est ses environs ont à offrir.

Au sens propre (avec son bouclier anti-missiles) comme au sens figuré (avec la rage de vivre à 100 à l’heure, chacun selon ses affiliations) Tel Aviv est bien cette bulle bouillonnante et multiculturelle que décrit Eytan Fox dans son film de 2003, The Bubble. Avec une population muti-culturelle, des modes de vie divers, des marchés anciens et des centre commerciaux ultra-modernes, une grande concentration de start-ups mais aussi du violon et des danses traditionnelles chaque samedi sur la promenade le long de la mer (la « Tayelet« ), Tel-Aviv forme avec Jaffa et leurs banlieues un melting pot très vivant et complexe. Un ensemble qui se trouve transmué par les déguisements de Pourim, chaque année.

Pourim, la fête des enfants et du déguisement
Si Tel-Aviv est bien plus laïque que Jérusalem, la fête juive de Pourim, qui célèbre le sauvetage des juifs d’une extermination planifiée par le ministre du roi Assuerus : Amman. C’est la reine Esther, juive et épouse du roi, qui a sauvé son peuple de ce destin tragique. Depuis, chaque année, le 14 adar, les juifs pratiquants du monde entier et les Israéliens commémorent l’événement. A Pourim, on n’a pas le droit d’être triste ou en deuil. Sur le mode du carnaval, c’est une fête où tout semble permis : on se déguise,  on danse et l’on boit jusqu’à ne plus faire la différence entre le terrible Amman et l’oncle juif, sage et juste, d’Esther : Mardochée.

A Tel-Aviv, de nos jours, le temps du costume s’étend et pendant près de 3 jours et 3 nuits, les rues de la ville étant arpentées par des groupes d’amis tous plus inventifs les uns que les autres. Si, de manière générale, les filles de la ville en profitent pour se montrer plus sexy, les hommes, eux, sautent sur l’occasion pour laisser parler leur féminité : de nuit, dans les bars branchés la barbe et les cheveux longs, c’est le costume de Conchita Wurst qui connaissait le plus de succès. Mais bien évidemment, les nounours géants, Barry Lindon et autres costumes raffinés étaient aussi au menu des déambulations nocturnes …

Tandis-que les fêtards déambulaient sur le fameux boulevard Rothschild qui coupe la ville en deux, au Nord, le théâtre de la Habima récemment rénové abritait un grand bal masqué. Toutes les boîtes de nuit de la ville étaient également ornées de masques et de décorations de carnaval et l’on y dansait déguisé tout le week-end. Alors que les grandes terrasses en plein air ne sont pas encore tout à fait ouvertes pour les nuits de dancefloor, c’était l’occasion de revisiter les clubs « classiques » de cette capitale mondiale du clubbing : le club gay historique, Evita, (31 Yavne st.), l’immense Solo, club où danser toute la nuit, selon des soirées à thèmes hyper bien organisées (46 Yehuda Halevi st.) ou le club très indépendants, Ozen qui se situe au-dessus du meilleur magasin de dvds de la ville « La troisième oreille »(48, King George st.)

Mais aussi de découvrir de nouvelles pépites, dont le grandiose Jimmy Woo, installé dans les locaux d’une ancienne banque et qui déploie deux espaces coulissants que sont la réception et les coffres (28A Rothschild Bd) le sympathique Pinguin niché dans la rue Yehuda Halevy (n°43) et où l’on danse toute la nuit. Mais notre coup de cœur absolu a à peine un an, porte un titre araméen, Kuli Alma (le monde entier, Mikve Yisra’el 10), se déploie sur deux étages, propose une programmation musicale très pointue aussi bien en live qu’aux platines (à découvrir en ligne) propose des cocktails mystérieux (notamment une réédition festive du granité des familles israéliennes) Et surtout, « Kuli » fait régulièrement intervenir des street artistes absolument magnifiques! Un temple de branchitude cool à ne pas manquer…

De jour, si les 26 degrés de température moyenne encourageaient le minimalisme des costumes sur la plage de Tel-Aviv, ce sont les enfants qui étaient à l’honneur, tous mieux déguisés les uns que les autres. L’acmé de cette « fête des enfants » avait lieu dans la ville voisine de Holon, où chaque année, toutes les écoles et tous les cours de danse du pays défilent, sous les yeux attendris des parents eux-mêmes déguisés. Cette année, la thématique de cette 60ème « adloyada » (littéralement, « jusqu’à ce qu’on ne sache plus ») depuis sa reviviscence était liée à la Grande-Bretagne. Au milieu du défilé, l’on trouvait donc les Union Jacks et une poupe grandeur nature de la reine. Un peu étrange cette nostalgie pour le temps béni du mandat anglais sur la Palestine, mais rafraîchissant dans la chaleur de la foule et du défilé.

Une ville moderne en mouvement permanent
Si Pourim était l’occasion de découvrir Tel-Aviv sous son jour le plus coloré, sous les costumes, c’est également une ville moderne, en mutation, mais aussi porteuse d’une riche histoire que l’on est amené à découvrir. Alors que la ville même de Tel-Aviv date de 1908 et que l’on peut voir les impressionnantes photos de la fondation dans le musée libre de la Tour de la Paix (9 Ehad Haam St.), Jaffa est un site incontournable qui est l’un des ports les plus anciens de la Méditerranée. Ville pittoresque, avec ses puces, son marché et ses restaurants bios, Jaffa ne produit plus d’oranges mais abrite artisans, célébrités, vue imprenable sur Tel-Aviv. Un incontournable pour se plonger dans les vieilles maisons, la mythologie Grecque (Andromède aurait été enchaînée au large de Jaffa) et une nourriture orientale hipster à tomber.

Sortie du désert au début du siècle, Tel-Aviv est l’œuvre d’une série de bâtisseurs qui ont été formés par l’école allemande du Bauhaus (héritage passant par des architectes comme Dov Carmi, Arieh Sharon et Erich Mendelsohn, qui est explicité dans un musée, le Centre du Bauhaus, 99 Dizengoff st.). Cent ans après, cette « ville blanche » moderne, un peu dépareillée, mais unifiée par le style international est toujours en mutation. Entre les travaux de réhabilitation d’immeubles abîmés et les constructions nombreuses (notamment des tours) qui ont lieu dans un contexte de flambée des prix de l’immobilier, Tel-Aviv fait penser en 2015 à un grand et joyeux chantier.

Une ville d’art, de culture et de gastronomie
Ce chantier en mutation qu’est Tel Aviv, le linguiste et journaliste Guy Sharett l’a parfaitement et intimement compris. Son tour des rues de Tel Aviv « StreetWise Hebrew » a commencé comme un cours de langue à partir des tags et des panneaux pour finir en véritable point d’appui et de sonde dans l’existence même de Tel-Aviv qui se décline en plusieurs formats dont des visites guidées et une émission de radio. Brillant, polyglotte, passionné, Guy Sharett ouvre désormais son tour guidé de 1h30 aux touristes (en anglais et en français) et leur propose d’explorer les rues de son quartier, Florentin, cœur de la bohême et du street art, à travers les images et les messages que les artistes ont laissé sur les murs. Un exercice virtuose d’interprétation d’un art qui se superpose, qui apparaît, disparaît, vibre, vit mais aussi de la langue, des racines des mots en hébreu et en arabe. Une expérience unique qui permet de se confronter depuis la rue aux réalités sociales et politiques du pays. Pour découvrir « StreetWise Hebrew » et trouver les horaires des tours guidés, c’est ici.

Côté art et artisanat, à Tel-Aviv, les activités ne manquent pas. Entre le marché Nachlat Benyamin, puis, regroupés deux par deux, le théâtre National Habima (7 Ibn Gabirol st.) le Centre symphonique (1 Huberman st.), lopéra (19 shaul hamelech st.) et le très moderne Musée de Tel Aviv(27 shaul hamelech st) , et puis en danse la cie Batsheva et le romantique centre Suzanne Dellal (5 Yechieli St.), la vie culturelle de la ville ne manquent pas!

Quant à la gastronomie; plus besoin de vanter la qualité des vins israéliens, venus du Golan ou du mont Carmel, forts, fruités qu’ils soient rougse ou blancs, et qui sont, pour certains, d’un très grand raffinement. Dans la vie de tous les jours, Tel-Aviv s’est transformée en quelques temps,. Si la base de nourriture à l’orientale (houmous, pitah, salades très fraîches, grillades) demeure, c’est souvent revu et corrigé à l’aune de produits parfaitement locaux (par exemple à l’excellent Ha’arim, Les frères, 12 Ibn Gabirol st) ou dans un métissage de traditions (par exemple avec la Grèce pour Kalimera, dans le port de Jaffa, qui excelle dans les très peu cachers calamars, Depot 1, Jaffa). S’y ajoutent un pain frais qui ressemble à la ciabata italienne et est souvent fait maison et une vraie culture du poisson comme on la retrouve dans le port de Tel-Aviv chez le familial Boya (Près du hangar 26) ou chez le très très chic Mul Yam). A ne pas rater également pour un complet lifestyle Tel Aviv : le frozen yoghurt (le meilleur est Tamara, pas très loin du Hilton, 96 Ben Yehuda st.), les jus de fruits frais à toute heure (en hiver foncez sur la grenade), les déjeuners tardifs bio goûteux (le charmant Puaa, à Jaffa, 8 Rabbi Yohanan st) et les pauses sous l’arbre irremplaçable du café Suzanna, où l’on mélange les cuisines juives au cœur du quartier historique et artistique de Neve Tzedek(9 Shabazi St). A noter avant de se lancer : les prix de Tel-Aviv sont vraiment des prix parisiens.

Si vous décidez de vous rendre à Tel Aviv pour Pourim l’an prochain ou ne pouvez attendre si longtemps et partez pour Pessah ou pour l’été, sachez que la ville n’est pas en reste sur la question du logement et a développé, en plus des grands hôtels luxueux du front de mer, tout un réseau de boutiques-hôtels flambants neufs et adorables à quelques minutes de la plage. Parmi ces derniers, l’Hôtel Cinéma a investi le bâtiment art déco du grand cinéma de la place Dizengoff et déploie une terrasse monumentale et un musée dédié au 7ème art. Avec des chambres chacune décorée par un autre artiste, Artplus-Hotel est sur la mythique rue Ben Yehuda (n°35) à quelques pas de la plage… Et enfin, niché dans un des vieux quartiers de la ville, l’hôtel Montefiore offre une très jolie terrasse ombragée et une magnifique carte de cocktails.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “[Carnet de Voyage] Tel-Aviv, un terrain de jeu éclatant pour la fête de Pourim”

Commentaire(s)

  • Shalom,
    Grâce à la fête de Pourim, on peut dire que Tel-Aviv devient de plus en plus attrayant et beaucoup plus vu. D’où son nom, tiré de Abib le 1er mois de l’année Hébreux; et Tel ou Til qui signifie voir. C’est à dire, Abib vois la 1ère lune. Merci encore pour le plan de fête!

    janvier 25, 2016 at 13 h 34 min

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