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William Shakespeare – Hamlet par Daniel Mesguich

William Shakespeare – Hamlet par Daniel Mesguich

19 octobre 2012 | PAR Jean-Paul Fourmont

A la façon d’un spectre, Hamlet n’a de cesse de hanter Daniel Mesguich. Pour la quatrième fois, il remonte au théâtre la célèbre tragédie de William Shakespeare, chose qu’il entreprend « tous les dix ans ». Parallèlement, l’acteur, metteur en scène et professeur de théâtre français a également tenu à traduire et à présenter cette œuvre dans un ouvrage récemment paru aux éditions Albin Michel. Hamlet apparaît sous un jour inédit.

L’intrigue

Hamlet, c’est tout d’abord une plongée dans les affres du Moyen Age. Plus précisément, il s’agit de l’histoire d’un prince du royaume du Danemark, qui sur les remparts de son château entend le fantôme de son père lui révéler que le roi actuel, i.e. son oncle (avec lequel sa mère s’est remariée), l’a fait assassiner pour s’emparer du trône. Le spectre réclame donc vengeance auprès de son fils. Pourtant, Hamlet est un homme plus fait pour le maniement des idées que pour  celui des hommes : finalement, Hamlet ne veut pas châtier un homme, mais plutôt purifier le monde.

Le but de Daniel Mesguich

La grande innovation apportée par le dernier travail de Daniel Mesguich, c’est qu’il a entrepris de traduire Hamlet en homme de théâtre, et non pas comme un traducteur classique. A cet égard, le texte final de Daniel Mesguich est un véritable texte de théâtre, c’est-à-dire qu’il se trouve être singulièrement difficile à prononcer, comme il se doit ! En effet, explique l’auteur, on va généralement au théâtre pour entendre et écouter. C’est donc tout à fait différent de la lecture d’un livre : il n’est pas possible de reprendre un passage qui nous a semblé obscur. Au théâtre, il est vrai qu’il est nécessaire de comprendre du premier coup. Mieux, pour l’auteur, on va au théâtre pour apprendre une langue.

L’auteur a traduit la célèbre tragédie de William Shakespeare dans une langue tout à fait moderne, car Hamlet date bien sûr d’une époque ancienne (1603), durant laquelle l’Angleterre était très académique. Dans le présent ouvrage, Daniel Mesguich a tenté de trouver un point d’équilibre entre la méthode myope littérale et la méthode du poète. Pour l’auteur, traduire c’est se faire l’interprète d’une œuvre. Ainsi, il s’est efforcé de faire entendre le sens des mots.

En effet, il ne faut pas tant se demander ce que veut dire un texte, mais plutôt se demander ce qu’il peut dire. Il convient aussi de songer à la fréquence et à l’insistance des sens. En l’espèce, Daniel Mesguich s’est efforcé de faire en sorte que le lecteur puisse comprendre le rythme des phrases. L’auteur a entendu faire ressortir l’humour de Shakespeare, et pas seulement les scènes amusantes. Daniel Mesguich indique qu’il a ajouté ce qui ne s’entend plus dans le texte, comme par exemple la formule britannique « brises-toi les jambes », laquelle est en fait un encouragement à l’acteur signifiant « bonne chance ». Traduire cela littéralement trahirait, à n’en pas douter, l’effet de surprise, mais le traducteur l’a fait dans cette version de Hamlet.

Pour parvenir à ce résultat, Daniel Mesguich explique qu’il s’est régulièrement joué à lui-même la pièce pour bien s’en imprégner. Il a essayé d’écrire un « texte intenable », ou encore de le rédiger comme s’il avait été traduit par plusieurs traducteurs différents au fil du temps. L’auteur a traduit le propos shakespearien et, ce faisant, il a voulu attirer l’anglais vers le français pour que chaque lecteur le traduise à son tour pour lui-même. Daniel Mesguich a également voulu rendre lisible les rôles des traducteurs et du metteur en scène.

Et Hamlet dans tout ça ?

On a parfois pu dire que ce drame de vengeance, fondé sur une trame archaïque, se révélait refléter une vision globale de l’humanité confrontée à toutes les données de son destin. Ce qui se revérifie dans la présente traduction. Cette tragédie comporte également un grand nombre de phrases mémorables ou d’expressions passées dans la langue courante. C’est pourquoi il a souvent pu être dit qu’elle était principalement composée de citations.

Daniel Mesguich pratique, dans cette introduction ainsi que dans cette traduction, un « tuilage » des idées qui lui sont essentielles. Ce qui est tout à fait conforme à sa philosophie, selon laquelle chaque représentation de théâtre vibre.

Un ouvrage à lire !

Hamlet par Daniel Mesguich, Albin Michel, 234 p., 17 euros. Octobre 2012.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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