Théâtre

Avignon OFF 2019 : « Bérénice. Presque la fin », un éternel recommencement…

Avignon OFF 2019 : « Bérénice. Presque la fin », un éternel recommencement…

23 juillet 2019 | PAR Magali Sautreuil

Non contents de revisiter la Bérénice de Jean Racine, un grand classique du théâtre, maintes fois adapté et étudié, Daniel Mesguich et Sterenn Guirriec ont voulu corser l’exercice en y mêlant la plume de la dramaturge Hélène Cixous. Présentée dans le cadre du Off d’Avignon, au Théâtre Le Grand Pavois, la pièce intrigue et fait de la reine de Palestine un symbole de la femme abandonnée, dont les illusions ont été brisées…

Bérénice. Presque la fin est une pièce qui se mérite et dans laquelle il faut se plonger en pleine conscience pour en entrevoir le canevas ou simplement se l’approprier.

Ce spectacle est né de la rencontre et de la fusion des textes Angst d’Hélène Cixous et Bérénice de Jean Racine. Il nous conte l’histoire d’une femme, qui a vu ses illusions brisées et qui ne peut accepter la triste réalité qui est la sienne. Elle refuse d’être abandonnée et rejetée par celui qu’elle aime. Elle se sent trahie. Elle, qui avait fini par croire que leur amour était possible, voit soudain ses espoirs anéantis et son cœur meurtri. Triste désillusion et loupé du destin, deux thèmes forts que l’on retrouve dans l’œuvre d’Hélène Cixous.

Cette femme, c’est non seulement Bérénice délaissée par Titus, mais aussi toutes les autres qui ont vu leurs espérances détruites. Elle n’a pas d’âge. Elle est hors du temps. Elle n’est pas de ce monde. Les fumigènes qui envahissent la salle renforcent la dimension onirique et intemporelle de l’histoire. On ne sait plus ce qui relève de la réalité et du fantasme.

Refusant son sort, « Bérénice » et ses avatars ressassent sans cesse les mêmes paroles, celles qui les ont blessées au plus profond d’elles-mêmes et qu’elles se refusent à écouter. Les entendre reviendrait à admettre leur impuissance face à la dégradation d’un idéal auquel elles ont cru…, ainsi que leur désœuvrement, leur tristesse, leur amertume, leurs regrets… Des émotions qui s’expriment avec retenue chez la Bérénice de Jean Racine, mais qui jaillissent de manière brutale, lorsqu’elle est simplement femme. Si sa raison ne peut accepter ce qui lui arrive, son corps ressent l’abandon au plus profond de ses entrailles.

L’homme qui est responsable de tous ces tourments n’est pas physiquement là, mais sa voix et ses mots résonnent dans la salle, le rendant insaisissable et renforçant le sentiment de solitude et d’abandon de celle qui pensait être aimée…

Seule sur scène, elle lutte contre ses propres démons, contre ces paroles qui la hantent et dont elle ne parvient pas à se défaire. Que ce soit la princesse Bérénice, resplendissante dans sa longue robe dorée, coiffée d’un chignon lâche et légèrement maquillée, ou l’une des autres femmes qui ont connu la même destinée à des époques différentes, vêtue d’une simple nuisette ou d’une robe noire, leur souffrance est la même, ainsi que leur cause : l’absence éternelle de l’être aimé…

Bérénice et ses avatars prennent tour à tour la parole. Une lumière aveuglante marque les changements d’époque et de personnalité, l’alternance entre le récit d’Hélène Cixous et celui de Jean Racine. L’éclairage alterne entre lumières chaudes pour Bérénice et une autre plus bleutée, plus crue, pour nos contemporaines. Chez ces dernières, la résonance de la voix a disparu. L’interprétation des différentes femmes, dont nul ne connaît vraiment le nom et ne peut déterminer si elles sont une ou multiple, repose sur un jeu fait de ruptures, merveilleusement maîtrisé par la comédienne Sterenn Guirriec.

Petit à petit, Angst et le monde moderne deviennent plus présents. Au début de la pièce, le spectateur est persuadé que l’histoire se déroule dans l’Antiquité. Mais, lorsque Bérénice enlève les draps blancs qui recouvraient le dispositif scénique, on s’aperçoit que ce temps est révolu depuis longtemps… Point de lits, de tables, de coffres, de sièges, d’étagères et de porte-lampes de style antiquisant, mais un mobilier typique du XXe siècle, composé de plusieurs malles de voyage, de livres, d’un téléphone à cadran, d’un miroir, d’un tourne-disque… Peu à peu, des bruits de circulation se font entendre, ancrant le récit davantage dans le monde présent. L’atmosphère présente au début du récit s’est totalement renouvelée, une métamorphose que l’on observe également chez Bérénice…

Au fur et à mesure que l’intrigue progresse, certaines vérités se dessinent et la véritable histoire de la pièce prend corps…

 

Bérénice. Presque la fin, d’après Angst d’Hélène Cixous et Bérénice de Jean Racine, adapté et mis en scène par Daniel Mesguich et Sterenn Guirriec, présenté dans le cadre du festival off d’Avignon, au théâtre Le Grand Pavois, du 5 au 28 juillet 2019, à 17h. Relâche les 8, 15 et 22 juillet 2019. Durée : 1h.

Visuel : Affiche

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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