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Julien Cabocel signe un roman comme ci comme ça

Julien Cabocel signe un roman comme ci comme ça

06 septembre 2018 | PAR Jérôme Avenas

Un homme plaque tout et roule en direction du sud jusqu’à la panne sèche. Il se retrouve dans un hôtel peuplé de personnages étranges.  Bazaar de Julien Cabocel est un roman en pointillés, décevant.

[rating=1]

Dominique Chevalier travaille dans une agence. Il conçoit des slogans. Mais il en a marre. Après une inoubliable soirée de ballet à l’Opéra Bastille, il plaque tout. Il décide de rouler jusqu’à vider le réservoir de sa Ford Taurus 1996. « Un genre de burn out à [sa] façon ». Il cale en plein causse. Il rencontre un vieil homme muni d’un polaroïd. Il lui apprend que « prendre une photo tue le présent », qu’ « un bon photographe ne travaille pas avec la lumière, ça n’a jamais été ça l’enjeu. Non, tout le truc, c’est de ne pas tuer le présent. » Il marche. Il aperçoit une enseigne « BAZAAR ». C’est un hôtel dans les dédales duquel Dominique Chevalier va croiser des personnages qui vont le troubler d’une manière ou d’une autre.
Confronter un personnage à sa vie à travers les possibles d’un être est une idée intéressante, hélas, dans Bazaar, elle peine à se concrétiser. Les personnages, d’abord, manquent d’épaisseur, de chair, à commencer par Dominique Chevalier dont on se saura jamais rien des motivations profondes. Devant un ballet il « pleur[e] infiniment », « c’est tout ». Les autres personnages n’échappent pas à ce « pointillisme » qui exaspère le lecteur. Le style ensuite, s’englue rapidement dans une poésie un peu facile. Les comparaisons abondent. Tout est « comme » quelque chose, à toutes les pages ou presque. Les analogies, pas toujours heureuses –  « creus[er] la pirogue vide de ton amour » – finissent par lasser. Mais bien plus, ce sont les lieux communs qui plombent le livre, qui l’empêchent de décoller. L’ambiance se veut « américaine » mais elle se distingue au fond assez mal de clichés rebattus. Des formules comme « il faut parfois savoir souffrir pour être belle » ou « le temps a ce pouvoir de tout salir, de tout friper, de tout changer en poussière, en limon, en oubli (…) » ou même « j’ai l’impression qu’on ne triche pas avec la nudité » laissent perplexe.
C’est d’autant plus dommage que Julien Cabocel tenait là une belle idée, et que débarrassé de quelques procédés malhabiles, le livre aurait pu nous toucher. Peut-être, d’ailleurs, sommes-nous passé à côté de quelque chose ?

Julien Cabocel, Bazaar, Éditions de L’Iconoclaste, août 2018, 192 pages, 17€

 

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