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Un ange meilleur de Chris Adrian

Un ange meilleur de Chris Adrian

26 avril 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Un Ange Meilleur ( A Better Angel c’est le titre originel) est le dernier recueil de nouvelles de l’écrivain-médecin américain Chris Adrian. 9 morceaux d’histoires où des personnages, souvent des enfants visionnaires, font l’expérience de la mort au tout début de leur vie : la lucidité troublante de leur regard dissimule le vrai fil rouge de l’œuvre…

On se demande toujours si dans un recueil de nouvelles il y a effectivement un fil rouge qui donne à l’œuvre des contours unitaires, ou si les nouvelles se présentent plutôt sous la forme de miettes éparses, regroupées dans l’intérêt d’une publication. Un ange meilleur prend le nom d’un récit contenu dans le recueil : un enfant se tient au chevet de son père mourant, suivi de près d’une figure angélique qui surveille sa vie de façon obsédante, un ange aux traits inquiétants. On a choisi 3 motifs saillants du recueil pour vous en donner une impression d’ensemble.

Un ange double
On dirait aussi que ce même ange au profil ambigu devient le fil rouge lui même du recueil : tous les récits se déroulent à la frontière entre la vie, trop souvent insupportable, et la mort, dimension apaisante, qui semble pouvoir soulager le corps malade des protagonistes.
La traduction française par Nathalie Bru, disponible en librairie depuis le 28 Mars dernier, a envisagé la difficulté de transposer dans la langue française les nombreuses expressions techniques provenant du langage médical. Mais ce n’est pas le défi le plus significatif que le style de Adrian pose : sa langue littéraire semble se nourrir du choc provoqué par un vocabulaire scientifique et stérilisé, presque gélifiant et la nature organique, vibrante des peurs humaines dont son écriture parle.

L’enfance
La figure de l’enfant se retrouve au centre, dépouillée de tout halo de naïveté et innocence : les enfants de ces nouvelles sont souvent des êtres tachés profondément par une dépravation absolue, une maladie de l’âme qu’on dirait à l’état pur justement parce qu’elle entame un petit jeune corps. Molly par exemple, dans L’arme blanche est une petite fille aux cheveux blondes et au regard angélique qui passe ses nuits à la recherche du frisson de la mort. Cela l’exalte et la fait sentir vive le fait de tuer des êtres vivants, à partir du petit lézard vers une ascension diabolique aux univers vivants qui s’approche toujours plus à l’homme…

La mort
Un autre enfant obsédé par la mort est celui de Le Changelin, récit sur lequel pèse le fardeau historique du 11 septembre 2011. Carl semble porter sur lui le poids du sens de culpabilité américain par rapport aux milliers de morts innocents : il vit dans une oscillation perpétuelle entre la conscience d’un enfant ordinaire, qui aime grignoter, jouer et rigoler et un état de folie douloureuse pendant lequel un « nous » mystérieux prend la place du « je » pour accuser la perversité de l’humanité. On finit par se demander, comme à beaucoup d’autres moments de la lecture, laquelle parmi les deux consciences qui oscillent, la lucidité et la folie, s’approche le plus à la réalité.
Cette oscillation devient l’essence du livre, peut-être elle aussi fil rouge du recueil. Une oscillation entre la vision médicale de la maladie et la réalité hallucinatoire du malade, une oscillation entre la douleur du réel et la fuite dans le rêve, apaisant, parfois pervers.
Le surnaturel, le fantastique, qui touchent souvent le genre de la nouvelle, semblent s’insinuer ici matériellement dans le corps humain. Une œuvre touchante dans le sens le plus physique du terme.

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Celeste Bronzetti

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