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Salon du livre 2011 : le grand blond avec une chaussure de ski

Salon du livre 2011 : le grand blond avec une chaussure de ski

21 mars 2011 | PAR Pascal

Le printemps arrive avec les écrivains, leurs feuilles, les éditeurs, les diffuseurs papier ou numériques. Comme des araignées, les éditeurs notoires ont tissé des étagères dans des aires aménagées en supermarchés des librairies où les « têtes de gondole » viennent dédicacer, alignées et obéissantes, derrière des tables d’écolier, leurs ouvrages. Heureux les simples lecteurs qui réussissent à atteindre, livre collé au cœur, leur idole pour avoir leur nom manuscrit sur la deuxième de couv ou la page de garde. Entre les huit pattes de l’araignée, les petites abeilles et leurs ruches. Une Héloïse d’Ormesson qui ne cesse de grandir, un secteur bande dessinée en première place, un espace logiciel et ebooks sur une rampe de lancement mais mis à l’ouest du salon, en quarantaine ? Salon plein. Allée L, Laura Mare, éditrice et sa bande d’auteurs, accueillante, expérimentée. Le métier elle le connait sur le bout de ses doigts de graphologue, d’écrivain, de nègre, de correctrice, de gestionnaire, de commerciale, de mère de famille. Heureuse, elle a fait, dirait Jean-Jacques Goldman « son enfant toute seule ».

Le livre se porte bien, à en croire ce week-end de salon, les boulevards embouteillés et les files d’attente. De prime abord, la vente semble être l’objectif numéro un. Les libraires, peu présents, ne doivent pas les voir d’un bon œil. Mais, gros ou petit, éviter quarante pour cents de remise aux diffuseurs et libraires, ça ne se refuse pas. Oui, le salon donne bien le sentiment d’une libraire géante et de plus en plus mutimédia (un tiers des espaces).

Allé L, Laura Mare, visage décidé et sourire non commercial, me confie que son banquier stéphanois lui fait confiance, eu égard au fait qu’elle a un développement et un catalogue en pleine expansion. De merci, elle n’a à le dire à personne. Mais, de salaire, elle n’en a point pour le moment, pas plus d’attachée de presse ni de commercial. Sa ligne éditoriale : le coup de cœur, l’émotion. L’œil aguerri, elle l’a. Ses écrivains forment sa famille. Son logo, un cœur trempé dans l’encre noir la représente parfaitement. Expérience, biographie, roman, enfance, sensibilité, tout ce qu’elle édite est une fleur de peau, parfois sèche, parfois arrosée, souvent irrésistible et d’une belle qualité d’écriture. La vie, une ancienne maison d’édition qui fait faillite et la lâche en tant qu’auteure, elle et ses frères et sœurs, il n’en faut pas plus pour qu’elle prenne tout le monde à bras le corps et crée la maison où tous ses E.T. retrouveront une maison digne de ce nom, avec belle ligne graphique, diffusion de qualité et avaloirs prioritaires pour ses auteurs. Elle les materne et les réveille tant, que quelques pointures des grandes et belles maisons parisiennes regardent de son côté. Ses étagères sont pleines d’ouvrages au cœur encre de chine, elle les regarde, en pleurerait presque. Laura, gladiateure du cœur, et s’il ne devait en rester qu’une, ce serait-elle.

On n’en oublie pas pour autant son expertise littéraire. Parmi ses auteurs, il y a cet homme, blond, costume noir, élégant, parisien, écrivain et digne de l’être. Ecrivain, avec tout ce que cela induit : la lisibilité, le respect du lecteur, des sujets qui laissent prédisposer des qualités de grands biographes, et cette volonté touchante car mêlée de doutes. Et pourtant ! Et pourtant Stéphane Nolhart est un noble, un spécialiste des magazines littéraires, un rigoureux de l’écriture avec ses dictionnaires des synonymes, une syntaxe limpide et irréprochable, et ce goût, ce goût de la comédie d’une trop grande rareté. Il est vraisemblablement plus efficient d’écrire des pseudo poèmes kafakaïens que des farces, non vulgaires où les personnages sont bien sentis. Si Louis de Funès était encore de ce monde, il y a fort à parier que Nolhart serait son scénariste. Si Offenbach l’était également, Halévy aurait du souci à se faire car Stéphane Nolhart écrit de purs opéras bouffes, populaires et musicaux.

Un soir qui sentait l’ennui et le besoin de se parler entre « potes », notre écrivain et son frère d’armes, Harold C., font des tours de périphériques se plaignant du travail de « nègre d’écriture ». Après une dizaine de passages devant la porte de la Chapelle, Etienne Darc, était vivant, chaussures de ski aux pieds, perdu en pleine montagne sous la main de fer d’une ex star de la chanson, matrone de restaurants d’altitude voulant avoir son nom sur une couverture de livre en grosses lettres. Ainsi, naquit Blackbook.

Le biographe de talent écrit-il une autobiographie ? Il vous répondra que « non ». Etienne Darc a un corps, une pensée, des doutes, des envies de chair, une plume bien trempée et des besoins de gagner sa vie. Oui, mais jusqu’où ? Stéphane effleure le sujet car ce n’est ni un essai, ni un pamphlet. Il s’agit d’un roman dont l’humeur est toujours au sourire et le rythme admirablement bien tenu. Un roman de gare ? Pourquoi pas, notre écrivain est doué mais pas bégueule. Il en serait même plutôt fier, de voir, gare de Lyon, les voyageurs, chaussures de ski dans une main, sac sur le dos, son bouquin dans l’autre.

Nolhart met son réveil le plus souvent à trois heures du matin, écrit tôt et lentement. Un chapître, dans la plus pure tradition classique voit naître les quatre personnages essentiels, les lieux, les caractères, la situation. Une leçon littéraire vous dis-je et surtout pas un travail de nègre. Etienne Darc son héros en proie avec son ambition personnelle ne rêverait-il pas d’être « négrissime » pour enfin accepter sa situation, de la même façon qu’il aurait pu être « cascadeur pour Georges Clooney », ou gâte-sauce pour un grand chef français ? Certes, notre grand blond avec une chaussure de ski a de la bonne humeur à revendre et ce talent d’écrivain rare qui sait parler de situations souvent délicates, voire d’états d’âme avec une légèreté, celle de la comédie. Certes, un intellectuel un peu looser en pays savoyard, ambiance bronzé à la recherche d’un vrai et bon moreau de viande rouge dans le pays du reblochon permet toutes les facéties, mais comment ne pas être touché par ce Marius, mari d’une mégère digne de Shakespeare, possessive à l’ego démesuré qui quête, philosophe, la liberté de la route au volant d’un quinze tonnes ?

Blackbook, un épiphénomène, hilarant, Nolhartant, Nolhartisime dans le monde de l’édition tentaculaire des essais et des romans parisiens. Son éditrice, corse d’origine et stéphanoise d’adoption en a pris la démesure. Grand bien nous fasse e décalage du grand blond avec une chaussure de ski.

« Blackbook » de Stéphane Nolhart, Laura Mare éditions, 14 euros.

Photo : Mandor.

Pascal Szulc.

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Pascal

One thought on “Salon du livre 2011 : le grand blond avec une chaussure de ski”

Commentaire(s)

  • Je découvre ce site avec plaisir. Je ne suis pas parisienne, mais tout ce qui concerne la culture, plus particulièrement la littérature m’intéresse.

    Bravo pour l’artcicle sur Laura Mare, qui le vaut bien! Quand au grand blond, sa réputation n’est plus à faire!

    mars 23, 2011 at 14 h 12 min

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