Livres

Qui n’a pas lu le liseur ?

08 avril 2009 | PAR Anne

le-liseurOn vous l’a dit, Le liseur  de Stephen Daldry pourrait ne pas sortir en France (cliquez ici). Dans le doute et pour votre plus grand plaisir (!), La boite à sorties vous fait part d’une chronique du roman (paru en 1995) :

Que dire sur Le liseur ? Que dire sur ce best-seller, écrit en 1995 par Bernard Schlink, écrivain et juge allemand, traduit en 37 langues? Il est bien difficile de dire, d’écrire, de faire sentir la richesse de cet étonnant roman qui aborde de façon magistrale et originale l’un des événements historiques les plus importants du XXe siècle : la Shoah et la difficulté pour les générations futures de gérer ce passé.

Le livre commence pourtant de façon assez banale : un jeune allemand de 15 ans, Mickael Berg entame une liaison avec une femme de vingt ans son aînée, Hannah. Se crée entre eux une relation passionnelle et un rituel : à chaque visite, Mickael lui fait la lecture à haute voix. Mais l’accent nabokovien du roman s’estompe dans la deuxième moitié du livre : l’intrigue s’approfondit et l’aspect historique du roman fait peu à peu surface, ainsi que les questionnements existentiels du garçon, devenu désormais un jeune adulte, qui tournent autour de thématiques essentielles : le temps, le souvenir, la culpabilité, le voyage, la culture, l’Histoire. Les indices parsemés dans la première partie amènent ensuite à des révélations : Hannah ne sait pas lire, mais surtout, elle est accusée de la mort de nombreux Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale.


L’intrigue est menée avec virtuosité. L’intime et l’universel se mêlent et se démêlent, et le couple devient vite la métaphore de ce moment d’Histoire.

En effet, la première partie se base sur l’histoire d’amour, mais l’on comprend très vite la portée universelle que peut avoir leur relation. Leur liaison symbolise la culpabilité d’une Allemagne qui tente désespérément d’oublier son passé. Mickael s’est lié au passé, inconsciemment, en entretenant une passion fusionnelle avec une criminelle, et s’oppose ainsi aux jeunes allemands de sa génération qui tentent à tout prix de se distancier de leurs parents, de leurs ancêtres, criminels aux yeux de l’Histoire. Cette première faute est doublée d’une deuxième, puisqu’il entretient une liaison avec une femme mûre, image de la mère, crime œdipien que les bains rituels ne parviennent pas à effacer. Et cette double culpabilité scellera pour lui la fin de l’enfance et de son innocence.

Le deuxième moment est avant tout une quête. Là, de nouveau, une métaphore biblique, puisque le jeune garçon accède à la connaissance, connaissance de l’identité réelle d’Hannah, son Hannah. Et la blessure est à la fois personnelle (celle d’un garçon abandonné par son amante) et universelle (les crimes qu’on l’accuse d’avoir commis). Il s’agit de savoir réparer cette blessure, ou du moins de la comprendre pour l’apaiser. C’est cette recherche d’apaisement, à la fois intime et historique, que tente d’accomplir le jeune homme, une fois adulte. Mais la plaie est profonde, il dit se sentir anesthésié, comme spectateur de sa propre vie, et les voyages constants (voyages temporels, voyages réels, voyages par la lecture ou par l’écriture, voyage par la mémoire ou par le rêve) le mènent vers une libération progressive. Ce n’est qu’à la fin du roman, par la mort d’Hannah, qu’il pourra enfin s’émanciper, de la culpabilité et des regrets.


L’originalité du livre réside surtout dans la façon dont l’auteur aborde l’histoire. Un style épuré, des phrases courtes, et surtout, un regard. Car le récit est autobiographique, et c’est à travers le regard du garçon que l’on a peu à peu des indices qui laissent affleurer l’idée d’un crime. Cette intimité du narrateur, parfaitement maîtrisée, apporte un souffle, une tension au roman : en effet, la première personne est toujours hésitante, ne se souvient pas ou fait semblant d’oublier, regrette, observe, déduit, questionne. Pas de sentimentalisme ni de tragique historique pour traiter un sujet aussi lourd. Simplement un jeune homme, ses peurs, ses sentiments, ses frustrations et ses éternels questionnements. Un être face à l’Histoire. Mais ce regard est également un regard au sens propre du terme : il voit les choses, les décrit, les images sont omniprésentes et la culture du visuel se répand et s’amplifie. Il y a là une volonté délibérée, de la part de l’auteur, de faire sentir au lecteur ce que l’on ne peut représenter. La saturation visuelle donne une grande force et une originalité au style du roman, l’écriture palliant ainsi le défaut des mots… ce qui  a peut-être donné toute sa force à l’adaptation cinématographique… dont nous sommes pour le moment privés.


Anne Monier

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Anne

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