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Quand les Lumières s’éteignent : Erika Mann immortalise la ronde des misères du III e Reich

27 octobre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Publié en 1940 en Anglais « When the lights go down » est le témoignage de la fille de Thomas Mann, Erika, de ce qu’elle a pu observer de la vie quotidienne sous le IIIe Reich depuis son cabaret Le Moulin à poivre (Die Pfeffermühle) qu’elle a exporté de Munich à Zürich après l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Ces nouvelles fortes sur le sacrifice de toutes les libertés est enfin disponible dans une excellente traduction française depuis l’Allemand, signée Danielle Risterruci-Roudnicky. A lire chez Grasset.

Une petite ville allemande au cœur du IIIe Reich. Derrière l’enthousiasme apparent des populations se jouent plusieurs drames où la ligne impossible du parti brise toute morale et toute tentative de garder un lien avec la vérité. Les nouvelles d’Erika Mann fonctionnent en « ronde », certains personnages apparaissant dans plusieurs textes. Elle éclaire ainsi la pression du régime totalitaire dans toutes les catégories de la population de la ville. Le petit commerçant n’a plus le droit de tenir boutique en dessous d’un certain revenu, car toute la production est mise au service des grandes industries de guerre, le patron des industries locales pour le parti est obligé de se séparer de la secrétaire dont il est amoureux quand il apprend qu’elle est à moitié juive. Le libre marché n’existe plus et les jeune-femmes obligées de gagner leur vie doivent accepter les positions les plus mal payées dans des familles nombreuses, afin de soutenir la politique de natalité du Reich. Le régime encourage également la pratique dangereuse et gourouesque de la médecine. Et condamne sur une rumeur une jeune femme qui les ragots disent avoir avorté au suicide. Les professeurs d’universités prennent la place de leurs collègues juifs et doivent multiplier les couches de sens caché pour énoncerquoi que ce soit qui a trait à leur cours de droit à leurs étudiants. Enfin, toute mutinerie, ne serait-ce que sur le ton de la blague ou à l’étranger est immédiatement sanctionné par un assassinat ou un enfermement et une déportation sans procès. En dix nouvelles, Erika Mann montre ainsi combien par-delà les questions d’antisémitisme (convenu et accepté par tous) ou de justice expéditive, le IIIe Reich tue toute liberté – et avant même celle de penser, celle d’entreprendre- et ceci avec d’autant plus d’efficacité que la vérité est constamment modifié selon les diktats du parti qui sait seul interpréter le « sain instinct du peuple ».

Erika Mann, « Quand les lumières s’éteignent », Récits, trad. Danielle Risterruci-Roudnicky, Grasset, 370 p. 20 euros.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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