Polars
« Luca » de Franck Thilliez : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

« Luca » de Franck Thilliez : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

02 juin 2019 | PAR Julien Coquet

Toujours aussi addictif, le dernier roman de l’un des maîtres du polar français se concentre sur les nouvelles technologies et le monde angoissant du bio-hacking.

Dans un hôtel glauque proche de l’aéroport CDG, un homme, épaulé par sa femme, rencontre une jeune femme avec qui il avait pris connaissance sur Internet. Ce qui doit avoir lieu est clair : la jeune femme, inconnue et donc mystérieuse, doit s’inséminer le sperme de l’homme pour porter l’enfant que le couple ne peut avoir. 9 mois plus tard, alors que les débats autour de la GPA font rage, le petit Luca est né. Mais la jeune femme prévient : « Il est spécial, ce bébé. »

Franck Thilliez a décidément le chic pour nous faire entrer directement dans le mystère qui se construira autour d’un bébé pendant plus de 500 pages. Mais avant de s’intéresser plus sérieusement au jeune bambin, les héros Sharko, Henebelle et Bellanger, bien connus du lectorat de Thilliez, font face à une intrigue à deux temps. Dans une première moitié, l’équipe installée maintenant dans les nouveaux locaux de la police de Paris traque l’Ange du futur. Celui-ci a kidnappé deux personnes, dont le père de Luca, et menace nos héros de les tuer s’ils ne résolvent pas ses énigmes. Puis dans une seconde moitié, Luca s’intéresse plus à la secte à laquelle semblait appartenir l’Ange du futur : une sorte d’organisation secrète promouvant les expérimentations interdites sur le corps humain, les nouvelles technologies et adepte d’une violence extrême.

Bio-hacking, manipulations génétiques, dérives des réseaux sociaux… Toutes ces nouvelles technologies aussi intéressantes qu’inquiétantes et difficiles à comprendre parcourent Luca. Aussi effroyable que cela puisse paraître, tout existe déjà aujourd’hui. Certaines conclusions de Thilliez prêtent à sourire ou semblent assez faibles, telle cette nature qui se vengerait des nouvelles technologies inventées par l’homme : « Si l’homme allait trop loin, la nature saurait se débarrasser de lui. » Mais Luca pose de bonnes questions : où se situe la limite entre ce qu’il est possible de faire et ce que nous avons le droit de faire ? Dépister les fœtus atteints de trisomie 21, est-ce la même chose que pouvoir choisir le sexe de son futur enfant ? Que veut-on réellement faire des nouvelles technologies, du Big Data et de la protection de nos données personnelles ? En plus de ces questions, Thilliez déploie surtout une intrigue à cent à l’heure où les fils se tissent pour faire apparaître une horreur sans nom, scandaleuse mais pourtant réaliste.

« Bellanger avait l’impression d’évoluer en pleine science-fiction, mais c’était la réalité du monde dans lequel il vivait. Leur enquête le leur montrait depuis le début : nous n’étions plus seulement des êtres de chair, mais aussi des êtres numériques. Chaque donnée personnelle cédée aux machines séparait un peu plus le moi réel du moi virtuel, au fil du temps, au fur et à mesure qu’on l’alimentait, l’adolescent numérique prenait son indépendance et devenait adulte. Et quand l’âme mourait, quand les neurones du cerveau se dégradaient sous terre, cet adulte constitué de 0 et de 1, lui, continuait à mener sa vie dans l’éternité du Big Data. »

Luca, Franck Thilliez, Fleuve éditions, 552 pages, 22,90€

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Julien Coquet

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