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Mort de Michel Serres, philosophe du réel

Mort de Michel Serres, philosophe du réel

03 juin 2019 | PAR Juliette Mariani

Michel Serres est décédé ce samedi 1er juin à l’âge de 88 ans. Grand universitaire, professeur à Paris et aux Etats-Unis, philosophe des sciences et épistémologue de renom, il était également écrivain et essayiste, et occupait un siège à l’Académie française et à l’Académie européenne des sciences et des arts.

Michel Serres s’était distingué par une carrière universitaire d’envergure depuis son entrée à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm en 1952 et sa réussite au concours de l’agrégation de philosophie trois ans plus tard. En 1968, il publie sa thèse de doctorat Le Système de Leibniz et ses modèles mathématiques aux Presses Universitaires de France, dans laquelle il introduit la notion de structure et éprouve la théorie des ensembles. « Leibniz est de notre temps, écrit-il, il a commencé de construire le monde où nous vivons, il l’a reconnu avant nous, mieux que nous. » Une première démonstration de l’idée qu’il n’y a pas de frontières nettes entre les disciplines, notamment entre les sciences humaines comme la philosophie et les sciences « dures » comme les mathématiques.

Par dessus tout, Michel Serres était un philosophe qui n’embrassait pas la pensée abstraite au détriment de la concrétude des existences ordinaires : son discours éclectique associait aussi bien la culture scientifique que la littérature, la condition ouvrière, l’écologie et les nouvelles technologies. La parution de Petite Poucette en 2012 avait fait du bruit : dans ce court essai, le philosophe cernait les contours d’un nouveau type historique d’humain, celui qui sait envoyer des messages avec son pouce. Cette révolution technologique et digitale, aussi majeure que le passage de l’oral à l’écrit et le passage de l’écrit à l’imprimé, était interprétée par Michel Serres comme une véritable mutation anthropologique, modifiant aussi bien l’usage des savoir que les facultés cognitives.

Il était également connu du grand public pour avoir animé avec Michel Polacco, de 2010 à 2018, la chronique du dimanche soir « Le sens de l’info » sur France info. Il y proposait de rendre la pensée accessible à tous l’espace de cinq minutes, par l’analyse depuis le prisme de la philosophie d’un événement d’actualité. Une philosophie de terrain, incarnée, au plus proche des réalités de son temps. 

© Ji-Elle, domaine public. 

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Juliette Mariani

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