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« Dans la neige » de Danya Kukafka : Bienvenue à Twin Peaks

« Dans la neige » de Danya Kukafka : Bienvenue à Twin Peaks

02 mars 2019 | PAR Julien Coquet

Trois vies bouleversées par un même meurtre : le premier roman de Danya Kufafka explore avec grâce la psyché des habitants d’une petite communauté du Colorado.

Tout au long de Dans la neige, on saura peu de choses sur celle qui a été assassinée avant même l’ouverture du roman. Lucinda Hayes, 15 ans, faisait partie de ces filles « populaires » : belle et amie de beaucoup de monde, la jeune fille est retrouvée morte dans la neige. Le meurtre d’une enfant, intolérable, plonge la petite communauté du Colorado dans l’émoi. Les rumeurs ressortent, les langues se délient et les souvenirs des habitants font surface.

Comme dans la série mythique de David Lynch, Twin Peaks, on s’intéresse ici moins à la cause du meurtre qu’à ses conséquences. Bien que le nom de l’assassin ne soit révélé qu’à la fin, c’est plus l’étude de la psychologie des trois personnages principaux qui fait la qualité de Dans la neige. Cameron, du même âge que Lucinda, était obsédé par la jeune fille au point de l’observer la nuit, caché dans le jardin de la famille Hayes. Mal dans sa peau, faisant pour la première fois l’expérience du rejet amoureux, Cameron contemple longuement le pistolet que sa mère cache sous son lit… Jade, une autre adolescente, complexe sur son poids entre une mère qui la bat et une sœur modèle. La jalousie qu’elle entretient à l’égard de Lucinda recèle des secrets. Enfin, Russ, policier, enquête sur la mort de Lucinda, préoccupé par les souvenirs de son collègue qui a brusquement quitté la police et par sa femme Inès dont il se demande si elle l’aime vraiment.

Dans la neige, pour un premier roman d’une jeune autrice de 20 ans, est remarquable par la façon qu’il a de sonder la psyché des habitants d’une communauté confrontée à un drame effroyable. Au fil des pages, le lecteur ne peut être qu’amener à compatir avec Cameron, Jade et Russ, tous les trois ayant le sentiment de ne pas être normaux. Danya Kufafka raconte avec une belle grâce trois voix aux parcours douloureux.

« Cameron avait un seul véritable ami au monde – Ronnie ne comptait pas. Non, son seul véritable ami, c’était le veilleur de nuit de l’école primaire.
Quand Cameron jouait aux Nuits-Statues, il parcourait des rues aussi calmes que des allées de cimetière, avec l’impression que la petite ville était une île perdue au milieu d’un océan impossible à cartographier.
Il aimait bien voir le veilleur nonchalamment adossé dans sa combinaison contre le lampadaire à gauche, derrière l’école. L’homme fumait une cigarette exactement toutes les heures. Ça doit être agréable, se disait Cameron, de savoir que le réconfort n’est jamais loin – que c’est juste une question de minutes, qu’il suffit de patienter. »

Dans la neige, Danya Kukafka, Sonatine éditions, 352 pages, 21 euros

Visuel : Couverture du livre

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