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[Critique] Deux polars de Michael Connelly : vous êtes plutôt Bosch ou plutôt Haller ?

[Critique] Deux polars de Michael Connelly : vous êtes plutôt Bosch ou plutôt Haller ?

09 juin 2014 | PAR Audrey Chaix

Le printemps littéraire réserve deux belles sorties aux amoureux du roman policier américain, et en particulier aux fans de Michael Connelly, avec la parution de Ceux qui tombent aux éditions Calmann-Lévy et de Le Cinquième Témoin au Livre de Poche, pour ceux qui auraient manqué sa sortie chez Calmann-Lévy au printemps dernier. Un Bosch, un Haller, de quoi satisfaire les aficionados de chacun des deux personnages créés par Connelly. Deux romans de très bonne facture, avec un petit faible pour Ceux qui tombent – la présence de l’inspecteur Bosch ayant sûrement quelque chose à voir avec cette petite préférence de la rédaction !


9782253178941-TLe Cinquième témoin
 tourne autour d’un procès défendu par Mickey Haller, le célèbre Lincoln Lawyer (l’avocat à la Lincoln, surnom récolté car il officie principalement sur la banquette arrière de sa voiture) : on est donc dans le polar judiciaire à l’américaine dont Connelly est l’un des spécialistes outre-Atlantique. Depuis la crise des subprimes, Haller, qui voit se profiler les études onéreuses de sa fille, a décidé de se spécialiser dans la défense des petits propriétaires qui se voient spolier leurs maisons parce qu’ils ne sont plus en mesure de payer leurs emprunts suite à la crise de 2008. L’avocat de la défense qu’il est s’ennuie un peu, mais les affaires marchent bien… jusqu’au jour où l’une de ses clientes est accusée du meurtre d’un représentant de la banque qui cherche à saisir sa maison. Haller n’apprécie pas tellement cette cliente, Lisa Trammel, mais l’occasion est trop belle de revenir jouer le rôle de la défense au prétoire, et il se plonge corps et âme dans la défense de la jeune femme.

Fidèle à lui-même, Connelly décrypte les rouages de la justice américaine en restant placé du côté de la défense. Stratégie de défense, passes d’armes entre Haller et le procureur, et, en parallèle, enquête des équipes de Haller pour tenter de récolter des preuves qui pourraient mettre en doute la culpabilité de leur cliente… on se laisse happer par l’habileté de Connelly à nous plonger dans un système judiciaire que l’auteur décortique avec pédagogie, sans pour autant jamais lâcher l’intrigue, toujours pleine de surprises. Certes, la recette varie peu d’avec les autres romans qui relatent les procès pour lesquels plaide Haller, mais il n’en reste pas moins qu’elle se déguste avec toujours autant de plaisir.

ceux qui tombentSimultanément de la sortie du Cinquième témoin est sorti, aux éditions Calmann-Lévy, Ceux qui tombent, la dernière enquête de l’inspecteur Bosch. Paru en 2011 aux Etats-Unis, ce roman reprend tout ce qui fait la qualité de l’écriture de Connelly. Affecté à l’unité des affaires non résolues (les fameux cold cases), Bosch et son partenaire Chu sont chargés de résoudre le meurtre d’une jeune femme de 19 ans qui a eu lieu en 1989. Une recherche ADN a mis le doigt sur un suspect… qui avait 8 ans au moment des faits. En parallèle, il est chargé, par un jeu d’intrigues politiques qui ne lui plaisent guère, d’enquêter sur la mort du fils de l’un de ses pires ennemis, le conseiller municipal Irvin Irving. Suicide ou meurtre – l’homme est tombé du septième étage d’un hôtel, Bosch est chargé d’élucider l’affaire alors que ses supérieurs lui soufflent continuellement dans la nuque.

Mêler ces deux affaires dans un même roman est déjà une belle trouvaille, puisque Connelly y condense deux classiques du genre tout en les revisitant à sa sauce : l’enquête pure et dure d’un meurtre apparemment commis par un prédateur sexuel, mais 25 ans après la tenue des faits. La seule preuve ADN irréfutable n’est que le point de départ de l’enquête, puisque celui qu’elle accuse ne peut pas être l’auteur des faits, et tout se joue dans la réflexion et l’analyse des faits par Bosch a posteriori. D’autre, l’enquête « chaude », sur la mort du fils du conseiller municipal, est pervertie par l’influence du père de la victime, qui mêle la politique au travail de la police et permet de former un véritable contrepoint, sur fond de corruption et de pratiques peu catholiques, à l’enquête précédente.

A cela s’ajoute l’observation du paysage intérieur de Bosch : l’heure de la retraite approche, sa fille adolescente grandit et semble vouloir marcher dans ses pas, et il fait la rencontre d’une psy vers laquelle il est attiré. Bosch se remet en question, et le cheminement de chacune des deux enquêtes lui permet de trouver des réponses à ses questions – ou bien fait surgir de nouvelles interrogations. Tout cela montre une fois de plus que parmi la galerie de personnages créés par Michael Connelly depuis Les Égouts de Los Angeles, c’est Bosch qui est le plus abouti, le plus intéressant et le plus complexe. Espérons que l’heure de la retraite ne sonne pas tout de suite pour lui…

Ceux qui tombent de Michael Connelly. Editions Calmann-Lévy, collection Robert Pépin présente… Traduit de l’anglais par Robert Pépin. Parution : 2 mai 2014. 396 p. Prix : 21,50€.

Le Cinquième Témoin de Michael Connelly. Editions Le Livre de Poche Policiers. Traduit de l’anglais par Robert Pépin. Parution : 2 mai 2014. 648 p. Prix : 8,60€.

Photos : couverture des deux romans

« Roman Américain » d’Antoine Bello, ou comment faire du profit avec la mort…
« Sherlock Holmes » de John Bastardi Daumont, l’avènement du mythe.
Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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