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« No Silence, 4’33 de John Cage », par Kyle Gann, le bruit et la fureur du silence

« No Silence, 4’33 de John Cage », par Kyle Gann, le bruit et la fureur du silence

21 janvier 2015 | PAR Le Barbu

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Né en 1955 à Dallas, Kyle Gann est professeur de musique associé au Bard College, compositeur et ancien critique, spécialisé dans la musique contemporaine, au Village Voice. Dans le domaine de la composition, qu’il a commencée à 13 ans, il est l’auteur d’une œuvre minimaliste pour divers instruments et un grand fan de John Cage.

« Vous ne croyez pas que cette fois, John est allé trop loin ? » demanda la mère de John Cage suite à la première représentation de 4’33’’ en 1952. Aucun son ne s’était alors fait entendre. Du moins, aucun son issu de l’instrument du pianiste David Tudor. Et pour cause, puisque sa partition ne comportait aucune note. Par contre, de multiples bruits, grincements de chaises et autres éternuements, étaient susceptibles d’envahir le silence. John Cage accomplissait là l’une des pièces de l’avant-garde musicale les plus influentes. Cette œuvre exerça même une emprise bien au-delà du strict cadre de la musique. Son retentissement fut énorme. De ce moment unique, Kyle Gann retrace l’histoire et la postérité. Il dresse la généalogie de cette œuvre inouïe, de ses origines jusqu’à son héritage contemporain dans la musique pop. Ce faisant, il dessine un portrait extrêmement sensible du compositeur, parvient à nous communiquer la fascination qu’il a exercée sur ses contemporains et à retracer la genèse de cette composition, qui est à rechercher autant dans la musique que dans les philosophies occidentales et orientales. Par le prisme de ces quelques minutes, une fresque intellectuelle, sensible et culturelle se déploie sous nos yeux. L’on rencontre Erik Satie, Marcel Duchamp, côtoyons Arnold Schoenberg, Robert Rauschenberg, Philip Glass, plongeons dans Henry David Thoreau avant de se ressourcer dans les philosophies zen.

Dans son livre, Kyle Gann nous démontre que le morceau 4’33’’ (de silence) était tout sauf un canular. Cette œuvre déroutante porte en elle une dimension philosophique et spirituelle questionnant les liens entre le son et l’absence (présumée) de son, entre le pianiste et son instrument, entre la scène et un public, soumis, coincé, subissant la tyrannie des minutes et du temps. Faut-il y voir de l’irrévérence, ou plutôt une œuvre initiatique, nous incitant à mieux écouter?

Taisez vous, et écoutez. Taisez vous, lisez.

« No Silence, 4’33 » de John Cage, éditions Allia, décembre 2014, 15 euros.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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