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Mufle, d’Eric Neuhoff : les hommes aussi écrivent sur leurs chagrins d’amour

Mufle, d’Eric Neuhoff : les hommes aussi écrivent sur leurs chagrins d’amour

01 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’il ne nous avait pas livré de roman depuis l’excellent « Pension alimentaire » à la rentrée 2007 (Albin Michel), Eric Neuhoff est de retour avec « Mufle », un bref récit très personnel sur l’état de tangage et de manque hypnotique dans lequel peut plonger un sérieux chagrin d’amour.

Le narrateur a eu trois femme dans sa vie : une première qu’il mentionne peu, la mère élégante et froide de ses deux enfants déjà adolescents indépendants et Charlotte. Sous ses airs bouillonnants et sur ses longues jambes musclées, Charlotte est aussi très fragile. Il découvre qu’elle le trompe à travers un texto. le week-end d’urgence à Londres était en fait une aventure avec un homme d’affaires très riche. Crise, larmes, elle ne veut quand même pas le quitter et leur relation se délite. Il tombe sur son journal où il apparaît clairement que ce n’est pas la première fois : d’une écriture ronde de petite-fille elle décrit un tour du monde des amants. Il reste encore un peu et se tait, ne dit rien, certain que la percée de ce secret lui confère un certain avantage stratégique. Puis il se rend à l’évidence et commence le sevrage. La désintoxication -heureusement appuyée par le formidable meilleur ami, Jean-Baptiste -est d’autant plus douloureuse que tout lieu parisien et toute femme croisée lui rappelle Charlotte… Mais le valeureux héros est comme tous les êtres humains : le temps joue pour lui et petit à petit, il se remet du manque…

Dans un style franc et sans détour, Neuhoff décrit du côté masculin le venin de la tromperie, la manière dont celle-ci abîme un amour et la difficulté du détachement. Livre aussi mince que touchant, « Mufle » est paradoxalement l’histoire d’un succès : le sevrage et le retour à la vie normale.Au passage, lieux chics de Paris, vie familiale éclatée et nostalgie des vacances en couple sont autant d’évocations qui créent un lien familier sinon familial entre l’auteur et ses lecteurs. Soulignant le caractère autobiographique de roman en point d’orgue, Neuhoff a même la délicatesse de rassurer ses lectrices (et ses lecteurs?) sur la qualité revenue de sa nouvelle vie amoureuse. « Chaque fois qu’on parle d’amour, c’est avec jamais et toujours », chantait Barbara. Neuhoff en redonne la preuve avec une franchise et une verve tout à fait passionnantes.

Photo : Eric Neuhoff, 2001 © SICHOV/SIPA

Eric Neuhoff, « Mufle », Albin Michel, 115 p., en librairies le 5 janvier 2011.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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