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Sengo tome 6, une discrète ouverture vers le futur

Sengo tome 6, une discrète ouverture vers le futur

19 juillet 2021 | PAR Laetitia Larralde

Avant-dernier volume de la série, le tome 6 de Sengo de Sansuke Yamada poursuit son analyse de la vie dans un Tokyo dévasté par la guerre et sous occupation américaine. On s’achemine vers le dénouement d’une histoire singulière et captivante.

Alors que son père, rongé par ses actes, vient de mourir de façon violente, Tokutaro décide de quitter Tokyo seul pour quelques jours, laissant Kadomatsu et Kanna. Fidèle à lui-même, Kadomatsu se retrouve embarqué dans un trafic de photos pornographiques, mais tout se complique quand des soldats américains s’immiscent dans l’affaire…

Sansuke Yamada aborde une fois encore la question compliquée de comment un soldat revenu de la guerre peut faire le deuil de ses compagnons d’armes. Tokutaro et Kadomatsu sont toujours hantés par les morts et n’arrivent pas à avancer en laissant le poids de leur culpabilité d’être revenus vivants. Peuvent-ils s’autoriser à reprendre leur vie en tant que civils, à penser à l’avenir ?

Tous les deux vont rencontrer les familles de leurs camarades disparus pour s’excuser de ne pas avoir pu les ramener vivants et proposer leur aide. On quitte ici la ville pour observer la situation dans les campagnes, elles aussi touchées par la guerre, bien que différemment. Car les soldats étaient des chefs de famille, des agriculteurs, des maillons importants d’un système devenu bancal à leur disparition. Les femmes restent seules dans les fermes, devant trouver auprès de leur communauté une aide qui, bien que guidée par la solidarité, n’est pas désintéressée.

On remarque également que la société est à un point de bascule. La rencontre entre Kanna, jeune danseuse exotique, et Umeno, la classique belle-sœur de Tokutaro, illustre la tension entre le monde d’avant et celui d’après la guerre. L’un fidèle à ses traditions et à sa culture, l’autre plein d’une vie réprimée pendant la guerre, les deux univers se confrontent dans un équilibre incertain. Les clans de yakuzas se préparent aussi à la fin de cette période floue de l’après-guerre pour asseoir leur emprise pendant la reconstruction. Inévitablement, les solutions précaires de survie vont disparaître pour faire place à une société réinventée, et laisser la vie reprendre son cours.

Le traitement graphique de Sansuke Yamada évolue. À son trait fin et précis s’ajoute de plus en plus un traitement au pinceau, plus rugueux et spontané. On remarque également plusieurs images au traitement plus réaliste, inspirées de photographies d’époque de Shunkichi Kikuchi, qui a documenté la reconstruction de Tokyo. Le récit se raccroche à la réalité, nous rappelant ainsi discrètement que sous la fiction se trouve l’Histoire.

Ce nouveau tome de Sengo arrive encore une fois à nous emporter dans son univers pourtant rude. Espérons que le dernier tome apporte une fin satisfaisante pour ces personnages si attachants.

Sengo, tome 6 : Obsessions, de Sansuke Yamada
192 pages, 9,45 € – Casterman

Visuel : © Casterman – S. Yamada

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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