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Livre : Philippe Labro, Les gens

20 février 2009 | PAR marie

« Les gens », Philippe Labro n’eut put trouver de titre plus original pour son roman qui se révèle captivant, et marrant.

 Maria est une jeune polonaise qui a fuit sa maison adoptive où elle était bien mal traitée pour tenter de trouver du travail par elle-même. Son extraordinaire beauté est son péché originel, elle lui vaut, pour avoir troublé l’ordre de la communauté des ouvriers agricoles, d’être, durant les vendanges, jetée d’un camion, comme un « paquet de rien. Un colis de néant. Une merde humaine ». De l’autre côté de l’Atlantique, une élégante française, Caroline a, elle aussi, été littéralement « jetée » de chez elle. Pour son amant elle avait tout quitté. Et voilà que ce dernier lui annonce le retour de son ex-femme… Comme si de rien n’était, comme si ces mois d’amour, de coopération professionnelle (les deux étaient d’abord collègues) n’avaient nullement comptés. Quand à Marcus, Marcus, animateur français le plus célèbre de l’Hexagone grâce à son émission VQALG, « Vous qui aimez la gloire », il n’est absolument pas dans le fossé, mais plutôt sur un promontoire, dans une tour d’ivoire. Avec pour seule idée en tête l’audimat, devant une célébrité à l’agonie,  Marcus  préférera la caméra au massage cardiaque…

 Quel lien peut-il y a voir entre une jeune fille jetée d’un camion sur une route américaine, une femme active en plein chagrin d’amour et un sulfureux animateur télé à l’égo surdimensionné, Marcus Marcus ? Apparemment aucun… Si ce n’est que, peut-être, pour chacun des trois, comme le dit le philosophe chinois Mo-tzu, tout a commencé par le « manque d’amour ». Plus qu’un traité de psychologie, Philippe Labro livre, à travers ces trois histoires entremêlées, une virulente critique des médias. Et plus largement, de la société contemporaine (ni plus ni moins mais après tout pourquoi pas, son roman s’appelle bien Les Gens…!), une société dans laquelle les discussions mondaines sont menées par les buzzeurs professionnels, qui avec leurs blogs (aux noms aussi poétiques que jevaistoutdire.com), « ont une journée d’avance sur toutes les officines de ragots, rumeurs et potins, scoops bidons et désinformation organisée »… Le moindre début de calvitie d’un quelconque pro de la télé est relayé, grossit, enflé sur ces sites qui, finalement, « ne modifient en rien la vie des gens ».

labroComme tout converge sur les blogs, les trois histoires du roman vont toutes se retrouver autour des médias, microcosme parmi les microcosmes, grande chape de plomb que « les gens » craignent ou absorbent selon qu’ils ne sont  que « des gens » justement, ou, au contraire, des personnes influentes. Mais paradoxalement, ce typhon médiatique, qui a par ses propres évolutions(introduction de la télé, des blogs) « révolutionné les moeurs », « accéléré les évènements rééls », fait advenir « l’âge de l’instantanéisme, de l’immédiateté universelle », ne change jamais rien. Philippe Labro noie son sérieux propos dans son humour, manie l’hyperbole et la généralisation à outrance, se moquant de ce qu’il raconte pour mieux convaincre son lecteur…

« -J’ai alerté les pompiers et le toubib, ils descendent.

-D’accord, fait Marcus. D’accord. Mais il faut filmer ça tout de suite, tout de même. Est-ce que vous avez appelé les gens de l’info ?

-Non répond David. J’ai dabord alerté le service santé. C’était quand même le plus important.

Marcus, outré, parlant toujours à voix basse et serrée afin que derrrière lui, dans la loge, ceux qui tentent de sauver la vie de Pervillard, ne puissent l’entendre :

– Mais vous rigolez ou quoi les enfants ? Le Président René Pervillard qui a une crise cardiaque, à mon avis une rupture d’anévrisme, allez savoir -au beau milieu d’une chaîne télé, la nôtre, et vous n’avez pas pensé au scoop ? A l’image ?… » (p 270)

Les gens, Philippe Labro, p 449, Ed Gallimard. En librairie. 

 

MB

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3 thoughts on “Livre : Philippe Labro, Les gens”

Commentaire(s)

  • Caurier

    Quand on tremine ce livre, on à d’bbord envie de pleurer. Pleurer car on a perdu des amis, on a perdu Maria , on a perdu Caro, et tout cet univers autour de ses trois personnages attachants.
    Ensuite on se rapelle de certaines phrases, des citations de Philippe Labro, de Platon, de chateaubrillant.
    Et alors, si on aime la littérature, la sociologie, la philosophie, on à envie d’embrasser Philippe Labro, de lui dire  » merci » et  » encore ».Pour avoir dévoiler un peu d’âme humaine, pour avoir soulever des carricatures auquelles on se reconnait en mêlant autant de point de vue, tout en narrant ce roman de son oeuil à lui, avec son recul, sa distance, son parti pris….
    Ce n’est pas qu’une histoire interessante, c’est aussi une expression écrite extrêmment bien formulé, clair, simple, et bien dite. Tous les mots sont chosis, et parfait.
    Et je suis entièrement d’accord avec Platon et Labro, concernant l’âme humaine. Le Thymos fait de nous les plus belles comme plus laides choses… à venir.

    août 3, 2010 at 13 h 31 min

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