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Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus, Éric-Emmanuel Schmitt

Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus, Éric-Emmanuel Schmitt

13 avril 2012 | PAR La Rédaction

Avec ce sixième opus du cycle de l’invisible, Éric-Emmanuel Schmitt nous emmène au pays qui incarne le mystère par excellence : la Chine. Un magnifique voyage dans l’espace, mais aussi dans le temps. Car si ce pays a vécu bien des bouleversements, des destructions massives, il y a une passerelle entre la Chine d’aujourd’hui et celle d’hier demeurée intacte : la passerelle de l’esprit. Celle de la sagesse confucéenne. C’est donc à la découverte de l’âme chinoise que nous partons avec l’auteur.

Confucius a semé les graines de l’« humanisme chinois ». Loin de vouloir s’ériger en maître à penser, il a voulu éveiller les consciences, susciter l’esprit critique chez ses disciples. « Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui. » (Les Analectes). Il n’a donc pas fondé de religion au sens occidental du terme, mais davantage prôné des principes de vie basés sur une morale positive, la quête de l’harmonie entre les êtres, la noblesse de coeur et non de sang (Junzi).

C’est ce que va découvrir le narrateur, lequel vient régulièrement en Chine pour affaires. Descendu au Grand Hôtel de Yunhaï, dans la province de Guangdong, il a pour stratégie d’interrompre souvent la négociation en s’éclipsant aux toilettes, ce qui déstabilise ses interlocuteurs. Des toilettes sur lesquelles règne la fascinante Madame Ming, dame pipi. Une femme qui très vite l’intrigue. Comment ne pas être étonné en effet, qu’elle affirmât avoir dix enfants dans ce pays de la loi de l’enfant unique ? Si notre négociant a le sentiment d’être face à une affabulatrice, force lui est d’admettre à chacun de ses passages en ces lieux d’aisance, la fascination qu’exerce sur lui ladite femme, tandis qu’elle évoque avec sensibilité, amour et sagesse chacun de ses enfants.
Mais comment pourrait-il lui reprocher de se réfugier dans l’imaginaire, de s’inventer des enfants aux métiers tous plus fabuleux, plus créatifs, plus ingénieux les uns que les autres, tant il sent sa frustration de maman, ses regrets silencieux de n’avoir pas pu assouvir son désir de maternité jusqu’au bout? Une nostalgie qu’il comprend d’autant mieux que lui-même n’a pas connu ce puissant bonheur d’être père. Un écho puissant, d’autant plus puissant que Madame Ming s’exprime en des termes d’une infinie sagesse, celle de Confucius. Elle nous ouvre la voie de l’harmonie entre les êtres.

Après la découverte du judaïsme, du christianisme, de l’islam, du bouddhisme, du zen, Éric-Emmanuel Schmitt, avec sa sensibilité à fleur de plume, nous interpelle, nous convoque, nous interroge. A l’heure où l’ambition, l’individualisme, les guerres économiques, politiques, ethniques, religieuses font rage, il nous invite à nous recentrer sur l’essentiel : le tissu humain.
Sur le fil de ses mots, se tisse une tapisserie brillante, apaisante, lénifiante, celle de la quête du bien, du bon, du meilleur. Celle de l’harmonie.

P.15 : « Accomplir un acte remarquable vaut mieux que d’être remarqué. »
P.45 : « Agis par gentillesse mais n’attends pas de gratitude. »
P.46 : « Chaque être se révèle unique. Dans le cas contraire, c’est nous qui ne le voyons pas. »
P.51 : « Si tu rencontres un homme de valeur, cherche à lui ressembler; si tu rencontres un homme médiocre, cherche ses défauts en toi »
P.52 : « Le sage décèle en lui la cause de ses travers; le fou en accuse les autres. »
P.91 : « Le silence est un ami qui ne trahit jamais. »
P.105 : « La vérité, c’est juste le mensonge qui nous plait le plus. »

Autres ouvrages du cycle de l’Invisible, aux éditions Albin Michel :

Milarepa – 1997
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran – 2001
Oscar et la Dame Rose – 2002
L’enfant de Noé – 2004
Le sumo qui ne pouvait pas grossir – 2009

Karine Flejo

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