Livres

Les Champs de Paris, l’amitié qui résiste mal à la sortie de l’adolescence

23 janvier 2011 | PAR Yaël Hirsch

Après « Cube » (2009, voir notre critique), Yann Suty revient chez Stock avec un deuxième roman. L’amitié, qui avait fait la force du premier opus est également au cœur de ce nouveau livre. Mais il s’agit là d' »une amitié malsaine entre trentenaires attardés dans l’adolescence. Moins fluide et beaucoup moins bien écrit que « Cubes », « Les Champs de Paris » est un peu décevant, sauf pour ceux et celles qui s’intéressent aux coulisses du Bodybuilding. Le personnage de Vanessa et la brève incursion de l’auteur en personnage muet à la fin du roman sauvent le livre.

Freddy et Cortès sont amis depuis longtemps. Freddy a tout : poste mirifique dans la finance, bel appartement, belle gueule, et superbe petite amie à domicile, Anna, qu’il trompe allégrement. De son côté Cortès n’a d’un conquistador que le nom : sa barbe et ses dreadlocks cachent encore les cicatrices de ses bubons d’adolescents, il a du renoncer à sa carrière en biologie pour prendre un petit job,et  il est resté coincé dans les musiques et les T-Shirts rock de ses 15 ans. Les deux amis se retrouvent dans un nouveau bar, « Les Champs de Paris », qui fait d’excellents burgers, et abrite parfois des fêtes très privées qui restent mystérieuses pour Freddy et Cortès. Parfois, la sœur de Cortès, Vanessa, adepte du bodybuilding dont elle a fait un art de vivre, rejoint les deux garçons presque en « homme » tellement ses muscles dénaturent sa féminité aux yeux de tous. Mais Cortès tombe amoureux de la copine de Freddy, Anna. Dès lors plus aucune amitié ne compte…

Comme « Cubes », « Les Champs de Paris » se développe autour d’une amitié qui évolue de manière inattendue… Mais ni Freddy, ni Cortès ne sont le moins de monde sympathiques ou mystérieux, ou même intrigants. Le personnage phare de ce roman est Vanessa, la sœur disciplinée et musclée. C’est aussi le seul caractère que Yann Suty a pris la peine de dépeindre avec la finesse psychologique qu’il avait prouvée dans son premier roman. Avec Vanessa s’ouvre, bien plus fascinant que les backrooms du bar « Les Champs de Paris », tout un monde de lutte avec son corps, de recherche de soi, d’orthorexie, et de de bataille contre les clichés contre les femmes qui travaillent leurs muscles sans pour autant perdre leur cerveau.

Yann Suty, « Les Champs de Paris« , Stock, 384 p., 21.50 euros, Sortie le 12 janvier 2011.

« Qu’est-ce que Freddy peut bien trouver à ce troquet aux allures de saloon, au mobilier racorni et au plancher qui grince et qui colle sous les pieds. Une pellicule huileuse enduit les murs et le sol et les tables et les chaises. Une odeur de graillon se mêle à des relents de sueur. L’endroit ressemble tellement peu à Freddy. Quelque chose cloche. » p. 250

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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