Livres

Le monument Marie Billetdoux

27 juillet 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Rafaële, Raphaëlle, Marie, Rate, Billedoux signe une autobiographie épistolaire. « C’est encore moi qui vous écris » est un recueil de 1481 pages réunissant lettres d’amours, lettres de famille, lettres administratives , avis de mariages et de décès. Une vie pour un livre.

Rafaële a un papa, le dramaturge François Billetdoux, une maman qui relit ses écrits, une sœur comédienne, une grand-mère Mitou qui est son étoile et un grand père, Mr Colin auteur d’un Cyriaque fleuve. Rafaële a du talent, elle publie son premier roman a 19 ans, « Jeune fille en silence » en 1971. Elle a reçu le prix Interalliée en 1976 pour « Prends garde à la douceur des choses » et le prix Renaudot en 1985 pour « Mes nuits sont plus belles que vos jours ». A la mort de Paul Guilbert , son amoureux et père de son enfant, Augustin né en 1986 , elle enterre Rafaële et signe de son premier prénom, Marie.

Deux axes sortent de ce livre merveilleux, deux axes qui rassembleront les lecteurs que tout oppose. Il y a ceux qui connaissent l’œuvre de Rafaële Billetdoux, auteur de 13 livres fort différents, ils seront ravis de la retrouver dans cette forme très particulière, et lui reprocheront ,peut être, à tort, de ne pas avoir produit un roman plus « normal ». Normal, c’est tout ce que Marie Billedoux ne veut pas faire avec cet ouvrage. Il y a ceux aussi, dont « C’est encore moi qui vous écris » sera la première entrée dans l’œuvre de cette auteure.

De 1968 à 2008, au travers des jours d’une vie, nous plongeons dans l’histoire culturelle de France. Dans cette famille de comédiens où l’écriture est au centre, il est passionnant de voir que le téléphone ne remplace jamais la force de l’écrit même si , nous trouvons plus de correspondances avant les années 2000. Au fil des pages, nous croisons des «people», BHL, Truffaut, Chirac, parmi tant d’autres. Nous croisons des lieux, le théâtre de la ville, la cour d’honneur du Palais des Papes, le jardin de Mitou. Nous croisons des communiqués froids : mort de Mr Colin, mort de François, mort de Paul, mort de Mitou. Nous croisons des événements heureux; première nuit avec Paul, premières échographies, remises de prix littéraires.

C’est un livre sensible qui vous donnera l’impression de faire partie de la famille Billedoux. Famille d’intellectuels où les mots fusent parfois pour le pire. Rafaële sera en lourd conflit avec sa mère et sa sœur au moment où, après la mort du père, elle traduit sa douleur avec un ouvrage sur les origines : « Chère madame ma fille cadette ». La conséquence sera une plaie béante jamais refermée entre les femmes de la famille.

C’est un livre sensible qui vous donnera l’impression d’être une amie de Rafaële puis de Marie. Amie exigeante vous laisseront penser les lettres de sa meilleure amie, Caroline. Car, Marie ne ménage ni les critiques ni les journalistes, non plus ses éditeurs.

Le livre est à l’image de l’auteure, sensible, très exigeant, parfois violent, profondément humain. Une belle et vraie rencontre en somme.

Marie Billedoux, C’est encore moi qui vous écris , Stock, 2010, 1481 p, 31, 50 €

Extrait

Mme et Mr Jean Colin ( grands parents de l’auteur) Paris, le 21 juillet 1975
Chacenay ( Bar-sur –Aube)
Nous voici, Paul et moi, de retour d’Avignon. (…)
Première chose, on le dit, on le sait : le Festival d’Avignon est mort depuis mai 1968, tué par les jeunes contestataires qui en saccagent l’esprit. L’état de la ville est consternant, papiers gras, détritus, sacs de couchages sur les trottoirs. La municipalité a dû raser la très belle fontaine à gargouilles anciennes de la Place de l’Horloge, devenue une baignoire. Paul passe en voiture et reçoit des coups de pieds dans la carrosserie, il ne bronche pas : la veille, un chauffeur de taxi a voulu se défendre : traumatisme crânien, il a fallu un bataillon de deux cents CRS pour disperser les voyous.
Autre chose, le jour de la première d’Othello à la minute même où s’ouvrait la bouche de l’acteur devant trois mille personnes tapies dans les gradins, les éclairs illuminent le ciel, le tonnerre couvre les voix, et, comme du cul de l’âne sur la nappe blanche les pièces d’or en cataractes, soudain, les ciel se lâche ! Les spectateurs s’enfuient par centaines, d’autres déploient des journaux, le maquillage des acteurs, les décors ruissellent…Sur ordre de Wilson, la représentation est interrompue.
Une demi-heure plus tard, la pièce reprenait par le début. Paul et moi, l’œil en biais dans l’ombre, guettions les critiques alentour, lampe de poche et plume à la main. Ils furent unanimes à trouver que Wilson n’était « pas un Othello »
(….)
Marie Billedoux, c’est encore moi qui vous écris, p . 307

Valerie Brancq est une bombe de pute
DUO D’IMPRO Avec David BAUX et Laurent PIT
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

4 thoughts on “Le monument Marie Billetdoux”

Commentaire(s)

  • d.fargues

    pour moi, ces lettres sont comme une biographie parallele et antiparallele de deux familles de francais moyens du 14 eme arrondissement de paris avec les points communs, les differences
    les incomprehensions ….et les langues de bois du MEN.
    je me suis amusee a lire les en-tetes des lettres. on ne choisit pas
    ses prenoms ni son nom.
    qui est pauline L ( ex roselyne…)qui ecrivait le 18/1/1982?
    je devais la connaitre ou l avoir apercue necessairement.
    cordialement

    DF

    septembre 10, 2010 at 12 h 53 min
  • gava jean

    En s’agenouillant; Années Cinquante à Paris, quelle était belle cette

    vie estudiantine, la citation des poèmes de Paul Valéry que j’ai aimé à la folie et surtout appris par coeur (chose inconcevable aujourd’hui).
    Un très grand merci, Marie BILLETDOUX !!! jean gava

    novembre 2, 2011 at 3 h 20 min

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