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Le Dissident Chinois, Nell Freudenberger

14 février 2010 | PAR Alienor de Foucaud

En mars 2000, Yuan Zhao, célèbre artiste chinois, génie de la peinture et de la langue anglaise, est invité à passer une année à Los Angeles pour enseigner l’art au lycée de filles de St Anselm’s et exposer son œuvre. Logé chez les Travers, une famille d’intellectuels aisés, le dissident en exil s’immerge dans la culture occidentale et américaine, révélant alors à son lecteur une expérience sociétale, une étude de mœurs, un cours d’histoire de l’art et de la Chine ou encore un récit de vie.

Le roman de Nell Freudenberger se construit sur deux parties. La première prend place chez les Travers, et relate les péripéties quotidiennes de cette famille peu ordinaire. Pour un point de vue médical, il y a Gordon, le père, psy et professeur à UCLA ; pour un point de vue sarcastique et ironique, il y a sa sœur Joan, divorcée, sans enfants, écrivain à ses heures perdues, enfin pour un point de vue humoristique et détaché, il y a leur frère, Phil, scénariste pour Hollywood et découvreur de races animalières inconnues : le galago est une sorte de singapourien à poils courts, omnivore, arboricole et nocturne, rien que ça.

A la tête de cette tribu, se tient Cece, illustration parfaite de la femme au foyer, et mère de famille idéale. N’oublions pas Olivia, la fille, tout juste rentrée d’un voyage en France, et Max, le fils, qui suite à « l’accident », est contraint d’effectuer des travaux d’intérêt général.  Enfin, il y a le Zoo domestique, chaperonné par les deux chiens, j’ai nommé Freud et Prométhée. C’est au sein de cette famille que Yuan Zhao, jeune homme élancé affublé de lunettes rondes à la John Lennon, et d’une longue queue-de-cheval relate son expérience américaine.

La deuxième partie du récit se situe en Chine, elle est consacrée à la vie du dissident et à ses activités artistiques dans l’East Village de Pékin au début des années 90. Son cousin X et lui-même illustraient alors le courant avant-gardiste pékinois, étudiant les diverses formes de l’art expérimental ou « art performance » au sein de leur Factory. Le récit de Yuan Zhao se teinte de nouvelles tonalités, nostalgique d’une part au travers d’un récit de vie, et didactique d’autre part sous les traits d’un discours de propagande, visant à améliorer l’image de la peinture chinoise en Amérique.

Mais le nœud de l’intrigue ne réside pas tant dans l’esquisse d’une famille américaine aisée, ni dans celui d’un artiste pionnier de l’art contemporain chinois et du développement de la liberté d’expression dans un pays encore corrompu mais dans un débat plus intime et personnel, celui de l’identité et des apparences : « une part de nous-mêmes ne demande qu’à être démasquer », nous livre le dissident, à vous lecteurs de partir à la recherche du véritable Yuan Zhao.

En racontant sa propre histoire come s’il s’agissait de celle d’un autre, et en  conversant avec son lecteur comme avec un ami imaginaire, le narrateur et héros éponyme nous plonge au cœur d’un dialogue ultime, celui de deux cultures radicalement opposées, dont la confrontation nous est relatée sous une tendre ironie.

Le Dissident Chinois, Editions de la Table Ronde, 450 pages, 23 euros.

 

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Alienor de Foucaud

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