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La fille à la robe à pois, Beryl Baindbrige

La fille à la robe à pois, Beryl Baindbrige

23 mai 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

Derniers roman de Beryl Baindbridge, publié à titre posthume en 2011 par son éditeur qui a toutefois préparé le texte à la publication à partir de son premier jet, La fille à la robe à pois paraît pour notre plus grand plaisir en France. S’il reste inachevé du fait de la mort de son auteur, le roman, véritable périple américain, un road trip comme on les appelle là-bas, fait preuve de beaucoup de sensibilité et d’intensité. ,

L’aventure débute à l’été 1968, Rose, jeune anglaise quitte sa banlieue de Londres pour se rendre aux Etats-Unis ou elle doit rejoindre un certain Harold Washington. Tous deux poursuivent un même but, celui de retrouver le docteur Wheeler, personnage ambiguë, étrange et mystérieux, à la fois gourou et charlatan mais avant tout guérisseur d’âme. Si Rose lui est reconnaissante et lui voue une admiration sans borne, Harold lui, semble animé par la haine. A travers leur camping-car, ce couple improbable (Rose, jeune fille abimée, peu éduquée, fraiche, fragile et naïve, Harold, bougre nerveux et obsessionnel)  sillonnent une Amérique agitée à la fois par l’assassinat de Martin Luther King et la candidature de Robert Kennedy, suivant la piste de ce personnage invisible, insaisissable et pourtant si présent qu’est le docteur Wheeler.  La quête de ce duo atypique, se termine après avoir fait de nombreuses et parfois invraisemblables rencontres à l’hôtel Ambassador juste avant l’assassinat de Robert Kennedy.

L’inachèvement du roman ne se remarquerait pas sans la précision en postface de l’éditeur. Un article du Los Angeles Times datant du jeudi 6 juin 1968, au lendemain de la mort de Kennedy savamment ajouté à la fin du roman vient finalement achever parfaitement l’histoire, et comble le vide laissé par l’auteur en nous laissant à penser que la fille à la robe à pois dont la journaliste rapporte le témoignage est Rose, l’héroïne du roman. Le lecteur est ainsi laissé à ses interrogations et à ses suppositions quant à l’assassinat de Kennedy. A travers la recherche du Docteur Wheeler, personnage insaisissable, omniprésent et pourtant absent du roman, se joue la quête de soi-même à travers le chaos. Rose, étrangère, découvre tout comme le lecteur une Amérique ébranlée, égarée. L’auteur entretient un flou quant aux circonstances de son aventure, aussi, ajouté au côté inachevé de l’œuvre, surgissent des questions laissées sans réponse. Ainsi, le roman tend à apparaître comme un roman d’apprentissage. En effet, à travers leur propre rencontre, les rencontres liées au docteur Wheeler, leur périple américain, ces deux personnages totalement antinomiques, qui s’irritent mutuellement et ne se comprennent pas, semblent toutefois à la toute fin du roman avoir appris, mûris, changés. Certes le suspense demeure quant au but de leur voyage, quant à la nature du docteur Wheeler, quant à la personnalité tant de Rose que d’Harold, toutefois cet inachèvement loin d’être une faiblesse, participe indubitablement à la beauté et à l’authenticité de l’oeuvre. Aussi drôle et amusant que tragique, La fille avec la robe à pois est un roman d’une extrême intensité, écrit avec énormément d’émotion, de délicatesse et de sensibilité, une lecture fraîche et facile mais néanmoins pleine de sens.

«La Fille avec la robe à pois» de Beryl Bainbridge, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurence Kiéfé, Christian Bourgois, 220 p., 17 €.

 

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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