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La confusion des peines, la lettre au père de Laurence Tardieu

La confusion des peines, la lettre au père de Laurence Tardieu

07 août 2011 | PAR Yaël Hirsch

Auteure entres autres de « Puisque rien ne dure » (Stock, 2006) et « Un temps fou » (Stock, 2009), Laurence Tardieu revient contre l’avis de son père mais avec beaucoup d’amour sur le passé familial de l’année 2000. Un moment douloureux qui marqué également pour l’auteure le passage à l’âge adulte. En libraires le 17 août 2011.

En janvier de l’année 2000, le père de l’auteure est condamné à faire six mois de prison de jours pour une affaire de corruption à l’île de la Réunion. Au même moment, la mère développe un cancer fulgurant. Sa santé décline très vite, et elle s’éteint en octobre de la même année. Pour la narratrice, voir son père « polytechnicien, cultivé, passionné de musique et de littérature, puissant » condamné par la justice est un séisme dans son monde : valeurs et repères s’effondrent tandis que la santé de sa mère décline de jour en jour. Malgré la demande expresse de son père de ne rien écrire sur cet épisode de la vie de la famille avant sa mort à lui, Laurence Tardieu éprouve le besoin impérieux de revenir sur cette rupture dans leur vie, dix ans après les faits. A travers l’écriture, elle comprend alors que ce qui l’a le plus fragilisée était le silence. Pas d’explications, pas de discussions autour de déboire judiciaires de son père, et une mère que la maladie a vite condamnée a perdre l’usage du langage. Le roman se transforme alors en déclaration d’amour pour ce père si important, où la compréhension de sa situation d’être humain et donc faillible se mêle avec une déclaration d’indépendance tendre de la part de l’auteur.

Souvent factuel et pudique dans la description des sentiments, Laurence Tardieu saisit avec simplicité et justesse dans cette lettre adressée à son père leur moment de rupture. Elle rappelle au lecteur une des vertus cardinales de la littérature, qui bien loin de toute exhibition ou déballage de linge sale en public, permet surtout de revenir sur des évènements douloureux pour mieux les comprendre et éclairer le chemin parcouru dans le rapport du sujet à ces évènements. Un livre touchant, et qui parvient à ne pas transmettre la douleur ou le malaise, mais seulement le geste :  l’acte de maîtrise sur une vie rompue.

Laurence Tardieu, « La confusion des peines », Stock, 155 p. , 16 euros. Sortie le 17 août 2011.

« Alors, ce jour-là, lorsque je t’ai vu si mal, le temps d’un souffle, j’ai senti que quelque chose en moi reprenait vie. J’ai senti que ta souffrance nous rapprochait violemment, lumineusement. C’est égoïste, je le sais. Puéril, peut-être. Je devrais avoir honte. Je n’ai pas honte : la lumière de cet instant, la présence fugace de ma mère entre nous, est plus forte que ma honte. Tu sais, le silence emporte tant. Il emporte tant de vie. » p. 67

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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