Livres

Jonny Wilkinson revient sur une vie de perfection dédiée au Rugby

04 novembre 2012 | PAR Jean-Paul Fourmont

En traversant quelques trois décennies et en participant à rien de moins que quatre Coupes du monde de rugby, Jonny Wilkinson a accumulé différents types de records : records de points marqués, d’os brisés et d’actions hors du commun. En publiant ses Mémoires, le demi d’ouverture toulonnais vient de s’illustrer de la plus belle des façons dans un tout autre domaine : la littérature ! Outre-Manche, ce sont quelque 90.000 exemplaires qui ont déjà été vendus du bel et honnête ouvrage de Sir Jonny Wilkinson.

« Dingue de rugby » (p. 17)

Né le 25 mai 1979 à Frimley, dans le Surrey, Jonny Wilkinson raconte avoir très tôt nourri une passion dévorante pour le rugby. Il faut dire que Bilks, son entraîneur de père, a joué un rôle déterminant dans le choix de cette trajectoire. Avec Sparks, son frère aîné, Jonny a fait ses premières armes à l’école de rugby de Farnham, où officiait Bilks. Les deux frères avaient pour habitude de passer le plus clair de leur temps à s’entraîner.

Dès sa prime enfance, Jonny Wilkinson s’était fixé un objectif majeur : devenir le meilleur joueur de rugby au monde. Pour ce faire, il étudia pendant des heures, mieux il scruta scrupuleusement nombre de vidéos de joueurs internationaux, comme par exemple l’international écossais Gavin Hastings, le demi de mêlée néo-zélandais Graeme Bashop, le demi d’ouverture du XV anglais Rob Andrew.

Un perfectionniste

Outre le visionnage des actions de joueurs de classe mondiale, Jonny passa beaucoup de temps à s’exercer au tir. A cet effet, pour éviter d’endurer les frimas, il raconte avoir naguère confectionné un dispositif d’un genre certes un peu particulier, mais tout à fait ingénieux : ainsi, explique-t-il, « à l’intérieur de la maison, nous fabriquions des poteaux avec des rouleaux de papier-toilette que nous collions les uns aux autres avec du ruban adhésif et nous créions des ballons avec les mêmes rouleaux remplis de papier ».

A cet égard, conclut le célèbre numéro 10 anglais, « taper dans un rouleau de toilette n’est pas l’idéal, mais, pour la technique, ce n’est pas mal du tout. Je regarde comment Gavin Hastings s’élance. J’observe ensuite comment ma jambe gauche pivote et j’essaie de copier la gestuelle. Ensuite, je passe de la jambe gauche à la droite, et ainsi de suite. Je peux y consacrer des heures ».

Une autre manie de Jonny consiste à noter et à griffonner dans un cahier tous les objectifs qu’il veut atteindre. Depuis la Coupe du monde de 1987, raconte l’auteur, « j’écris ce que je veux faire (…). Je veux jouer pour l’équipe d’Angleterre, je veux être capitaine de l’équipe d’Angleterre, je veux être le buteur de l’équipe d’Angleterre, je veux participer à la Coupe du monde, je veux gagner la Coupe du monde, je veux jouer pour les Lions britanniques, je veux être le numéro 10 de l’équipe d’Angleterre. Enfin, mon rêve absolu, est de devenir le meilleur joueur du monde » (pp. 23-25).

L’envie d’être le meilleur joueur au monde et l’angoisse de décevoir les espoirs placés en lui guideront toujours le fantastique ouvreur anglais. Jamais l’obsession de s’imposer au plus haut niveau, l’ambition de se perfectionner et de repousser sans cesse ses limites ne quittera Jonny. Pis, elle le suivra tout au long de sa formidable carrière. Ce qui conduira le club des Newcastle Falcons à l’engager dès 1997. A force d’efforts, de ténacité et aussi de talent, Jonny Wilkinson finira par s’y faire une place de choix. Il y restera jusqu’en 2009.

Le meilleur joueur au monde

Dès lors, plus rien ne pourra plus interrompre la progression de Jonny Wilkinson. Dès 1998, il fut en effet appelé en sélection nationale, où sa timidité l’empêcha un temps de savourer pleinement ce premier succès, pourtant annonciateur d’une belle réussite. A Twickenham, contre l’Irlande, il étrenne sa première cape en sélection nationale. La même année, les Anglais enregistrent la pire défaite de leur histoire, en perdant 76-0 contre les Wallabies.

A la tête du XV de la Rose, Jonny Wilkinson gagna la Coupe du monde en 2003, après avoir pris le meilleur sur l’Australie en finale (17-20). Des prolongations avaient cependant été nécessaires. Un drop de Jonny Wilkinson à la 99e minute avait délivré tout un pays. Rappelons pour l’anecdote que les Anglais étaient, au préalable, venus à bout du XV Tricolore lors des demi-finales (7-24).

Célébré à juste titre en héros national, Jonny Wilkinson eut ensuite droit aux honneurs et aux récompenses. Mais l’euphorie ne dura qu’un temps : les blessures se succédèrent les unes aux autres. Cruel, le sort s’acharna sur Jonny : après chaque retour de blessure, le joueur se blessa à nouveau. Il dut donc s’éloigner des terrains pendant de très longs mois.

Il participa néanmoins à la Coupe du monde suivante (2007), qui avait lieu en France et durant laquelle les Anglais déjouèrent les pronostics et parvinrent à arriver en finale. Les Sud-africains prirent toutefois le meilleur sur le XV de la Rose (6-15).

A Toulon, où il s’engagea en 2009, Jonny Wilkinson connut une véritable renaissance. Sa santé s’améliora et le numéro 10 ne tarda pas à retrouver sa sélection nationale. Qui sait, peut-être gagnera-t-il cette année le bouclier de Brennus ? Ainsi pourrait-il clore de la plus belle des manières une carrière déjà légendaire !

Témoignages

Laissons le mot de la fin à l’un de ses anciens coéquipiers toulonnais, le champion du monde néo-zélandais Sonny Bill Williams. Celui-ci ne pensait pas qu’il ait « ce caractère, si timide, si modeste. (…) C’est le genre d’homme qui garde ses distances jusqu’à ce que vous méritiez sa confiance. Je suis heureux de compter parmi les personnes qui ont eu la chance d’être proches de lui. Nous nous sommes bien trouvés et nous sommes presque devenus des frères. Il sait aussi plaisanter, mais c’est un cérébral. Sans Jonny, je n’en serais pas là où je suis aujourd’hui » (pp. 437-438).

Jonny Wilkinson, Mémoires d’un perfectionniste, JC Lattès, 2012, 440 p., 20 euros.

« Les Civilisations de l’Islam » de Luca Mozzati, nouveau Guide des Arts chez les éditions Hazan
Compte-rendu : « Chypre ; entre l’Orient et l’Occident (IVe – XVIe siècles) »
Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *